Farines animales: François Hollande n’en veut pas

Le 27 février 2013 par Romain Loury
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3 kg de poissons sauvages sont nécessaires pour nourrir 1 kg de poissons d'élevage.
3 kg de poissons sauvages sont nécessaires pour nourrir 1 kg de poissons d'élevage.

Le président de la République, François Hollande, s’est dit opposé au retour des farines animales en France, notamment dans l’aquaculture, lors de sa visite samedi 23 février au 50e Salon international de l’agriculture (SIA).

Déjà polémique en soi, le sujet du retour des farines animales (ou protéines animales transformées, selon le terme en vogue) ne pouvait tomber au pire moment. C’est pourtant en plein scandale de la viande de cheval que la Commission européenne a décidé de l’annoncer pour le 1er juin, du moins dans l’aquaculture (voir le JDLE).

Un premier pas qui en annonce d’autres, notamment l’extension de ces farines dans les élevages de volaille et de porc. Lors d’un déplacement samedi au SIA, François Hollande a assuré qu’elles ne reviendraient pas en France, laissant ainsi présager une nouvelle décision à contresens européen. «La France s'oppose aux protéines animales. La France a voté contre et la France n'introduira pas ces protéines animales pour ce qui la concerne», a-t-il déclaré, cité par l’Agence France Presse, lors d'une conférence de presse en marge du Salon de l'agriculture. «Et donc, nous pourrons continuer à nourrir les poissons de manière traditionnelle», a poursuivi le président, ajoutant de manière plus sibylline: «Il y a des poissons qui sont carnivores».

L’annonce a de quoi plaire aux associations de consommateurs, opposées au retour des farines animales. Ce n’est pas le cas de toutes les associations: interrogé par le JDSA, le conseiller politique de l’ONG Ocean2012, Stéphane Beaucher, regrette la position française. «Tout le monde se fiche de la mer: les gens ne se sentent concernés que jusqu’à ce qu’ils n’y aient plus pied», déplore-t-il. «Pour nourrir 1 kg de poisson d’élevage, il faut 3 kg de poisson sauvage», recueillis par la pêche dite «minotière», rappelle Stéphane Beaucher.

Selon les chiffres de l’Organisation internationale des farines et huiles de poisson (IFFO), l’indice Fifo («Fish In-Fish Out», rapport entre la quantité de poisson engendrée et celle de poisson utilisée) dépend fortement des espèces. Il est en effet de 2,9 pour l’anguille, mais de 2,2 pour le saumon et de 1,9 pour la truite, espèces les plus courantes en pisciculture [1]. Du côté des professionnels, qui craignent pour leur image, le Comité interprofessionnel des produits de l’aquaculture (Cipa) s’est montré très prudent sur les farines animales. Quant au groupe français Aqualande, leader européen de la production de truite, il affirme haut et fort qu’il ne recourra pas aux «produits d’animaux terrestres», dans un communiqué un rien outragé. «Nos consommateurs ne veulent pas de farines animales, ils veulent une alimentation sûre et saine. Nous aussi!», déclare Aqualande.

[1] Au-delà de la pêche minotière, une autre voie consisterait à valoriser les poissons non désirés par les pêcheurs, que ceux-ci rejettent en mer alors qu’ils sont déjà morts. Mercredi 20 janvier, la commission de la pêche du Parlement européen s’est prononcé pour l’interdiction de ces rejets dans le Skagerrak -détroit qui sépare la mer du Nord de la Baltique-, une première dans l’UE.



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