FAO: la faim dans le monde n’aura pas de fin

Le 28 février 2017 par Marine Jobert
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La déforestation, pour gagner des terres agricoles.
La déforestation, pour gagner des terres agricoles.

Les systèmes alimentaires de notre planète seront-ils en mesure de produire assez de nourriture de manière durable pour 10 milliards de Terriens? Oui, répond l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), tout en démontrant le contraire. Car la planète est dévastée par l’agriculture intensive, et le changement climatique en cours renforcera la pauvreté, la désorganisation des sociétés et les inégalités.

«On ne peut pas continuer sans rien faire.» C’est un rapport dramatique que publie la FAO. Diplomatie oblige, les mots sont pesés, les expressions parfois alambiquées, mais le constat est plus qu’inquiétant. Car dans ce monde à 9,7 milliards d’êtres humains qui se profile pour 2050, il faudrait augmenter de près de 50% les volumes de nourriture produits pour espérer remplir les ventres… et les réservoirs. Or tous les voyants sont au rouge dans le monde de demain, constate la FAO.

Maintes et maintes fois dénoncés, les agrocarburants ont continué leurs ravages: la consommation de céréales, de graines oléagineuses et de canne à sucre s’est accrue pour la production de carburant, tout comme l’utilisation de la biomasse pour remplacer les produits pétrochimiques. «La concurrence accrue entre les utilisations alimentaires et non alimentaires de la biomasse a renforcé l’interdépendance entre les marchés des produits alimentaires, des aliments pour animaux et des sources d’énergie», constate la FAO.

Une planète à l’agonie

Les causes sont multiples. L’agriculture et la croissance économique ont déjà «souvent [coûté] cher à l’environnement naturel», constate pudiquement l’agence onusienne. Presque la moitié des forêts qui couvraient jadis la planète ont maintenant disparu. Les nappes phréatiques sont en voie d’épuisement rapide. La biodiversité a été gravement érodée. L’avenir ne s’annonce pas non plus «radieux», avec une croissance démographique «inégale», des changements climatiques qui intensifieront les catastrophes naturelles, les conflits armés et les flambées de ravageurs et de maladies transfrontaliers. Le tout dans un contexte d’explosion de la demande en viande et en produits laitiers, dont raffole une classe moyenne mondiale en expansion.

Des rendements qui stagnent

Surtout, les rendements agricoles, après 55 ans de folle hausse -production multipliée par 3- stagnent: depuis les années 1990, les augmentations moyennes enregistrées pour les rendements de maïs, de riz et de blé dépassent tout juste les 1%, quand la population croît de 1,2% chaque année. Sans trop s’avancer, et sans pour autant renier une agriculture productiviste qu’elle a indirectement soutenue depuis plusieurs décennies, la FAO vante désormais les mérites de l’agriculture de conservation et de l’agriculture intelligente face au climat, «[qui] contribuent certainement à l’augmentation de la productivité agricole». Du bout des lèvres, l’agence onusienne pointe le fléau de l’accaparement des terres par de «grandes exploitations agricoles commerciales (…) sujettes à controverse car, souvent, elles ne sont pas transparentes [et] donnent des résultats médiocres sur le plan de la création d’emplois et de la génération de revenus pour l’Etat.»

Un échec, l’éradication de la faim dans le monde? Quelque 800 millions de personnes souffrent de la faim en 2017 et plus de deux milliards subissent des carences chroniques en micronutriments ou des formes de suralimentation. «11% de la population du monde s’endort encore le ventre vide», écrit la FAO, alors même que le monde «produit maintenant plus qu’assez de nourriture pour satisfaire les besoins alimentaires de la population mondiale tout entière.» Un tiers des aliments produits dans le monde sont aujourd’hui perdus ou gaspillés.

L’eau, un mirage

Peut-on espérer augmenter les surfaces agricoles pour compenser ce manque de productivité? Las. Cela fait une vingtaine d’années que les superficies de terres agricoles se sont stabilisées, à un niveau d’environ 4,9 milliards d’hectares. Avec en toile de fond les 6 Mha de terres agricoles arrachées aux 7 Mha de forêts rasées dans les zones tropicales et subtropicales. L’irrigation est en passe de devenir un mirage, sur une planète où aquifères et fleuves tirent la langue. «Conjugué à la pénurie en eau, le taux d’expansion des superficies de terres irriguées connaît un considérable ralentissement», constate la FAO, qui prévoit ce taux d’expansion à… 0,24% par an. Et les protéines ne viendront pas de la mer, où la vie est aussi fragilisée, avec des eaux plus chaudes, une salinité modifiée et une acidification accrue. «L’adoption de pratiques de gestion durables des terres, de l’eau, des pêches et des forêts par les petits exploitants sera cruciale.»

Vœux pieux

La FAO dessine 10 pistes -autant de vœux pieux- qui vont de l’amélioration, «de manière durable», de la productivité agricole afin de satisfaire la demande croissante au renforcement de la résilience face aux crises de longue durée, aux catastrophes et aux conflits. «De profonds changements devront intervenir dans les systèmes agricoles, les économies rurales et la gestion des ressources naturelles», conclut l’agence.

 



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