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Faire le ménage, une activité à haut risque pour la santé?

Le 14 novembre 2013 par Marine Jobert
Le ménage, une activité à risque?
Le ménage, une activité à risque?
DR

Cet article ne constitue pas une incitation à ne plus faire le ménage. Et pourtant... les produits d’entretien sont composés de quantité de substances qui constituent –et parfois exhalent, quand elles se combinent- des composés toxiques pour la santé. Une chimie complexe, qui pourrait trouver une traduction sanitaire sous forme d’étiquetage dans les années à venir. Pour l’instant, il s’agit d’établir une méthodologie et d’accumuler les données sur les émissions et les produits secondaires formés par les détergents et autres nettoyants.

Les 19 et 20 novembre se tiendra à La Rochelle un colloque sur la qualité de l’air à l’intérieur des bâtiments; l’occasion d’exposer les fruits de 9 études, menées dans le cadre de Primequal[1]: un programme de recherche qui «vise à fournir les bases scientifiques et les outils nécessaires aux décideurs et aux gestionnaires de l’environnement pour surveiller et améliorer la qualité de l’air intérieur et extérieur afin de réduire les risques pour la santé et l’environnement». Lancé en 1995, il a déjà mobilisé 20 millions d’euros, pour mener plus de 275 actions de recherche. Pour mémoire, il existe en tout et pour tout 8 substances pour lesquelles l’Anses a défini des valeurs-guides de qualité d’air intérieur.

 

Un étiquetage des polluants volatils

L’une de ces études, menées sous l’égide du ministère de l’écologie et de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), porte sur les produits ménagers. Car leur étiquetage en fonction de leurs émissions en polluants volatils est au programme, dans le cadre du plan national sur la qualité de l’air intérieur présenté il y a quelques semaines. A quel horizon un tel étiquetage est-il envisageable? «Une action sera proposée dans le cadre du plan national Santé Environnement 3, qui sera adopté l’été 2014 (…) Ce travail se fera en cohérence avec les réflexions et expérimentations en cours sur l’étiquetage environnemental aux niveaux français et européen.» En attendant la mise en musique de cette mesure par l’Etat et les industriels, le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) et l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) ont travaillé à fournir une méthodologie et des données sur les conséquences chimiques de substances-cibles utilisées pendant le ménage, quand il est pratiqué à domicile (les émissions en milieu professionnel n’ont pas été investiguées). Nom de code: ADOQ, pour activités domestiques et qualité de l’air intérieur, Objectifs: identifier les composés volatils (composés organiques volatils[2] et aldéhydes) et les particules émis et formés par des activités domestiques liées à l’emploi de produits ménagers et d’entretien; évaluer l’influence des paramètres environnementaux (température, humidité relative, taux de renouvellement de l’air); différencier la part des émissions primaires des formations secondaires, en particulier dans le cas du formaldéhyde.

 

54 produits testés

Le CSTB et l’Ineris sont d’abord allés main dans la main faire des courses au rayon entretien. Dans leur panier, un peu de tout: du détergent multi-usages au liquide pour nettoyer les vitres; en lingettes, en poudre ou à diluer; étiquetés «1er prix», marque distributeurs, vendus par de grandes marques ou estampillés «écologiques». Au final, 54 produits, représentatifs du panier de la ménagère. Comme il n’existe pas de méthodologie dédiée à l’évaluation des émissions chimiques des produits ménagers, ce sont les normes ISO d’évaluation des produits de construction qui ont été suivies. En laboratoire, puis dans une maison expérimentale, les chercheurs ont mimé des phases de ménage, en situations hivernales et estivales, puisque les conditions d’aération diffèrent d’une saison à l’autre. Seuls ou combinés, les produits ont été testés dans des conditions d’emploi conformes aux recommandations du fabricant.

 

Formaldéhyde, numéro un des polluants

Premier enseignement: sans surprise, puisque les logements en sont pleins et que les produits d’entretien en contiennent, les concentrations de COV ont fortement augmenté après le ménage. Un COV s’impose: le formaldéhyde, retrouvé dans 91% des produits testés, suivi du d-limonène (43% des produits). Il s’agit d’un composé de la famille des terpènes, utilisé pour ajouter une note naturelle (mais 100% artificielle!), qui semble toutefois ne rien apporter à l’efficacité du produit. Autre caractéristique: c’est un COV particulièrement retors, puisqu’il a «de fortes capacités de réaction avec d’autres composés», détaille Mélanie Nicolas, du CSTB.

 

Formation de particules fines

Une propriété d’importance puisque, c’est le deuxième enseignement, après les phases de ménage, les chercheurs ont constaté la présence d’un certain nombre de nouveaux composés. C’est le cas des aérosols organiques secondaires –en clair, les particules fines- dont les concentrations sont certes relativement peu importantes en masse (environ 20% de la masse totale de particules à laquelle les personnes utilisant ces produits sont exposées), mais qui présentent un grand nombre de particules de petites tailles, inférieures à 100 nanomètres. Un constat «qui pourrait représenter un véritable enjeu sanitaire», d’autant que certains toxiques (comme le DPGME, un éther de glycol) semblent avoir de l’appétence pour ces particules, qui représenteraient alors une nouvelle voie d’exposition à ces composés.

 

Autre formation secondaire: «des composés dont les effets sur la santé sont suspectés» (comme le péthyl glyoxal et le 4-oxopentanal), ou des composés «dont les effets sur la santé sont encore méconnus» (comme les diacides carboxyliques). Enfin, l’étude a mis en évidence la formation de produits secondaires tels le dioxyde d’azote, «composé aux effets sanitaires avérés et susceptibles d’induire des phénomènes de réactivité de surface avec possible production d’acide nitreux», à l’origine d’un des principaux oxydants atmosphériques.

 

Les détergents «verts» aussi émissifs

Troisième enseignement: ne pas se fier aux produits labellisés «verts» pour espérer de moindres émissions. «Ce ne sont pas forcément les moins émissifs, cela dépend des marques», constate Mélanie Nicolas, puisque le cahier des charges de ces produits est fonction de l’impact des ingrédients sur l’environnement et ne porte pas sur leurs émissions et encore moins sur leurs interactions entre eux et l’environnement. Le vinaigre blanc, le bicarbonate de soude et le savon noir, seuls ou combinés, n’ont pas été testés.

 

Des étiquettes très lacunaires

Quatrième enseignement: la lecture de la liste des ingrédients renseigne très peu. «L’analyse de la seule composition du produit ne suffit pas à savoir à quelles émissions va être soumis l’utilisateur», regrette Mélanie Nicolas. Pour preuve, pour 10 familles de produits répertoriées sur un flacon, jusque 300 substances ont été repérées après analyse, «sans pour autant qu’on sache de quoi il s’agit à chaque fois». Un constat déjà réalisé lors d’une étude sur la composition des ingrédients entrant dans la composition de fournitures scolaires. Les données toxicologiques sont en outre lacunaires sur un grand nombre de substances, sans compter l’absence de connaissances sur leurs effets combinés…

 

Un vrai sujet?

«On sait bien que c’est la foire aux polluants», commente Sévérine Kirchner, présidente du conseil scientifique de Primequal et directrice adjointe à la recherche à l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI). «Les questions qui se posent pour un futur étiquetage, ce sont donc: quels polluants va-t-on prendre comme traceurs? Quels niveaux de concentration retenir? Comment traduire la complexité scientifique et méthodologique?», détaille-t-elle. «Ce programme ne vise pas à fournir un travail encyclopédique sur les produits ménagers, pour lequel nous n’aurions pas le budget, précise Claire Hubert, chef du service de la recherche à la Direction de la recherche et de l'innovation du ministère de l’écologie. Il ne s’agit pas non plus de fournir un pré-normatif d’étiquetage. Là, il s’agit de vérifier qu’il y a vraiment un sujet.»

 

 


[1] Primequal: programme de recherche inter-organisme pour une meilleure qualité de l’air.

[2] Il s’agit de différentes familles chimiques, dont certaines sont considérées comme dangereuses pour l’homme –benzène, perchloroéthylène, éthers de glycol- qui ont pour point commun de s’évaporer assez rapidement et de se retrouver ainsi dans l’air.

 

 



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