Facteur 4, c'est possible estime l'Ademe

Le 06 novembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Pour François Loos, l'important sera d'inventer les obligations et de les mettre en oeuvre.
Pour François Loos, l'important sera d'inventer les obligations et de les mettre en oeuvre.

Sans grand soir énergétique, ni fuite de carbone, la division par 4 de nos émissions de gaz à effet de serre est possible en 40 ans. C’est du moins la conclusion d’un exercice de prospective publié, aujourd’hui 6 novembre, par l’Ademe.

A quelques jours de l’ouverture officielle du débat national sur la transition énergétique, l’Ademe dévoile enfin sa vision énergétique. Il était temps.

Voilà des mois que les lobbies des énergéticiens (l’Union française de l’électricité, notamment) et des écologistes (Negawatt, en particulier) nourrissent parlementaires, journalistes et autres «faiseurs d’opinion» de notes et de scénarios énergétiques.

Les premiers furent les experts réunis par Thierry Salomon, président de l’association Negawatt. En septembre 2011, ces militants publient un scénario à 2050 montrant comment, en partant de la demande, abattre de 65% la demande d’énergie primaire et diviser par 16 les émissions de CO2.

Quelques semaines plus tard, période électorale oblige, c’est l’Union française de l’électricité (UFE) qui entre dans le débat. Soucieuse de faire réagir les candidats à l’élection présidentielle, l’association professionnelle du secteur de l’électricité évalue le coût de trois stratégies énergétiques: la prolongation de la programmation pluriannuelle des investissements (PPI) de 2009, la réduction à 50% de la part de l’atome, le dernier imaginant de fermer tous les réacteurs de plus de 40 ans. Le résultat est sans surprise [JDLE].

Le bras séculier du ministère de l’écologie est dans une autre démarche. Dans son exercice de prospective, l’agence présidée par François Loos évalue les effets d’une politique ambitieuse mais réaliste de maîtrise de la demande d’énergie et d’énergie renouvelable. «Nous sommes partis de la demande, explique François Loos, pas de la composition du mix électrique.» «Avec cet exercice de prospective, nous avons voulu voir quel était le potentiel réel des économies d’énergie et des renouvelables», poursuit Virginie Schwartz, directrice exécutive des programmes. Un potentiel considérable, à condition de procéder dans l’ordre décrit par les experts de l’agence.

A commencer, sans surprise, par le bâtiment. Dans la droite ligne du Grenelle et de la conférence environnementale, l’Ademe suggère de mettre le paquet sur la rénovation du parc immobilier: 500.000 logements par an d’ici à 2030. Auxquels il faut ajouter de 310.000 à 350.000 constructions de logements sobres chaque année.

Exclusivement dotés d’équipements performants (pompes à chaleur réversibles, chauffe-eau thermodynamiques, chauffe-eau solaires), «ces millions de logements fournissent un niveau de confort au moins équivalent à ce que nous connaissons», poursuit Benjamin Topper, chargé de mission prospective énergétique. Résultat: une baisse d’un tiers de la consommation d’énergie dans le résidentiel d’ici 2030 (soit 32,4 millions de tonnes équivalent pétrole, Mtep).

Les marges étant moindres, les bénéfices attendus de cette politique sont plus minces dans le tertiaire: -20% seulement (soit 17 Mtep en 2030).

Côté transport, un peu de nouveau. La population se déplace autant mais différemment, imagine l’Ademe. On fait plus appel à des services de mobilité (autopartage, co-voiturage) que dans le passé. On utilise aussi davantage de voitures électriques ou hybrides. En ville, le vélo fait plus que doubler sa part dans le flux de trafic urbain (10% en 2030, contre 4% en 2010). Résultat: une baisse d’environ 17% de la consommation totale des transports, qui tombe, en 2030, à 35,5 Mtep.

En réduisant son utilisation d’intrants, en améliorant ses pratiques culturales et en surveillant ses consommations, l’agriculture réduit d’un quart sa consommation d’énergie finale, laquelle atteint 3 Mtep par an vers 2030. A poids égal qu’aujourd’hui dans le PIB (soit 13%), l’industrie réduira peu sa consommation. «Ce qui est normal, car le secteur a déjà beaucoup optimisé ses consommations et reste le seul, pour le moment, à devoir maîtriser ses émissions de gaz à effet de serre et donc ses consommations d’énergie», explique Virginie Schwartz.

Toutefois, en développant le recyclage et en améliorant certains procédés de fabrication, des gains d’environ 10% sont envisageables, soit 33,4 Mtep en 2030.

Côté production d’énergie, l’Ademe reprend à son compte l’objectif fixé par le président de la République, lors de la Conférence environnementale: la part du nucléaire réduite à 50% de la production d’électricité en 2025, soit 32 gigawatts. Le solde est produit par l’éolien (46 GW en 2030), l’hydraulique (stable), le photovoltaïque (33 GWc en 2030) et la production thermique classique: 14 GW de centrales au gaz et de turbines à combustion. Au total, en 2030, la France pourrait donc ne plus consommer que 121,9 Mtep: -20% par rapport à 2010.

A l’horizon 2050, les possibilités sont nettement plus importantes. Sous le triple effet du progrès technique, du vieillissement de la population et du développement du télétravail, les besoins en mobilité diminuent de 20% (et le parc de véhicules de 37%). Et l’offre de véhicules peu émetteurs s’accroit. Hybrides, électriques, bien sûr. Mais aussi des poids lourds avides d’agrocarburants de deuxième génération, devenus plus accessibles grâce à la réduction de la consommation énergétique du bâtiment.

Entre 2010 et 2050, tout le parc existant (27 millions de logements) a été rénové, et ne consomme plus que 130 kilowattheures au mètre carré par an, tous usages confondus (chauffage, éclairage, cuisson, appareils électroniques divers). Soit 30 kWh/m2/an de plus que les 9 millions de logements neufs qui auront été construits en moins de 40 ans.

La lutte contre le changement climatique et les athéromes se rejoignant, les menus des Français évoluent. Ils délaissent la viande, le vin et les laitages pour les fruits et les céréales. Conséquences: une moindre consommation d’énergie, d’intrants et d’espace par l’agriculture.

Faute de choc particulier (forte taxe carbone, diminution de ressources), l’industrie poursuit son bonhomme de chemin.

Mis bout à bout, ces évolutions permettre pourtant de diviser pratiquement par deux la consommation d’énergie finale: 79,8 Mtep en 2050, contre 152,5 Mtep en 2010. Côté climatique, le bilan est plus impressionnant encore. En 2050, la France pourrait ne plus émettre que 150 millions de tonnes de gaz à effet de serre, contre 563 MtCO2éq en 1990. Le Facteur 4 est bien à notre portée. «La difficulté sera d’inventer les obligations et de les mettre en place», conclut François Loos.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus