Facteur 4: affrontement deux ans après son adoption

Le 15 octobre 2007 par Claire Avignon
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Le point de vue du haut fonctionnaire Jean Syrota, qui conclut dans un rapport à l’impossibilité pour la France de respecter le facteur 4 et à l’absence d’obligation dans ce sens, a fait l’objet de nombreuses critiques de la part des ONG, mais aussi de l’Ademe.

Les critiques portent sur deux plans: les modèles à partir desquels Jean Syrota et sa commission énergie ont montré que la France ne pourrait pas aller au-delà d'un facteur 2,6 en termes de réduction d'émissions de gaz à effet de serre (GES) d'ici 2050 (1), mais aussi l'analyse selon laquelle la France n'aurait pas à respecter la réduction de 75% des émissions carboniques d'ici la moitié du siècle, dit facteur 4.

Selon la loi sur l'énergie de 2005 (1), «cette lutte [contre le changement climatique] devant être conduite par l'ensemble des Etats, la France soutient la définition d'un objectif de division par deux des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) d'ici 2050, ce qui nécessite, compte tenu des différences de consommation entre pays, une division par 4 ou 5 de ces émissions pour les pays développés.» Pour Jean Syrota, cette déclaration ne signifie pas que la France doive respecter le facteur 4. «Ce n'est pas ma lecture», déclare le haut fonctionnaire. D'après lui, la France étant dans les bons élèves européens en termes d'émissions de GES par habitant -du fait du parc de production d'électricité d'origine nucléaire-, elle n'a pas à faire autant d'efforts que ses voisins, notamment l'Allemagne. «J'ai eu l'occasion de parler avec des parlementaires qui m'ont dit ne pas avoir eu le sentiment de voter l'obligation du facteur 4» lors du vote de la loi de 2005.

Pour Michèle Pappalardo, présidente de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), la loi «n'est pas forcément écrite de manière très précise», mais l'important est que les hommes politiques, de Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre de 2002 à 2005 à Nicolas Sarkozy, actuel président de la République, se soient «approprié» cet objectif. «La loi n'aura de toute façon aucun sens en 2050, mais donner dès aujourd'hui cet objectif permet de donner de la visibilité.»

En outre, rappelle Michèle Pappalardo, qui a présidé le groupe de travail de la commission Syrota sur les «enseignements du passé», «les modèles, jusqu'à présent, n'ont jamais prévu ce qu'il s'est réellement passé, ni en termes d'émissions, ni en termes de solutions, car ils ne font que prolonger les tendances. Or, aujourd'hui, comme dans les années 1970, nous sommes dans une période de rupture.»

Jean Syrota en est bien conscient, de même qu'il reconnaît les limites des simulations dans lesquelles il n'a «pas trop confiance». Pourtant, il persiste et signe: «Pour aller au-delà du facteur 2 à 2,5, il serait nécessaire d'adopter des mesures qui ne nous paraissent pas plausibles, comme la délocalisation des industries très consommatrices d'énergie, ou le stockage de CO2, qui pose des problèmes d'acceptabilité et qui concerne surtout les pays produisant de l'énergie à partir de charbon.»

Une analyse que ne partage pas l'association Négawatt qui dénonce pêle-mêle «trop peu d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables, aucune politique territoriale décentralisée de l'énergie et le nucléaire, dogme intangible, considéré comme seul moyen sérieux de lutte contre le changement climatique.» Le scénario «tout électrique tout nucléaire» fait également bondir les énergéticiens Benjamin Dessus et Bernard Laponche: ils dénoncent dans une note commune publiée dans le cadre de l'association Global Chance «ce scénario très intense en électricité» qui condamne la France à utiliser du gaz ou du charbon «pour gérer les pointes» auxquelles les centrales nucléaires ne peuvent faire face, et «ceci d'autant plus qu'on a besoin de plus d'électricité».

L'Ademe est, bien entendu, beaucoup moins critique sur le choix nucléaire, mais rappelle par la voix de Michèle Pappalardo que les modèles utilisés pour les scénarios n'ont pas pu tourner très longtemps, et que le stockage de CO2 peut être utilisé en France en dehors de l'application liée au charbon, «pour les industries lourdes type sidérurgie, et même pour la production de biocarburants.»



(1) Voir l'article du JDLE «Polémique sur le facteur 4»




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