Face au réchauffement, une gestion de l’eau à rénover

Le 25 juin 2018 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
La Garonne, à Bordeaux
La Garonne, à Bordeaux
Bordeaux

La Nouvelle-Aquitaine est l’une des régions qui irrigue le plus son agriculture. Avec le réchauffement en cours, des conflits pourraient survenir sur l’usage de l’or bleu, de plus en plus rare, selon le rapport «Anticiper les changements climatiques en Nouvelle-Aquitaine» publié par le comité scientifique AcclimaTerra.

On n’utilise pas l’eau en Nouvelle-Aquitaine comme ailleurs en France: 46% de l’eau consommée l’est par l’agriculture (contre 10% dans le reste de la France) et 34% y sont consacrés aux besoins en eau potable (contre 18% ailleurs). Et si la région compte de grands aquifères, du moins dans sa partie occidentale, des signes d’épuisement commencent à apparaître: baisse du débit des cours d’eaux, étiages (baisse du niveau des cours d’eau) plus sévères en intensité et en durée.

Le réchauffement climatique influe sur le cycle de l’eau à plusieurs niveaux: baisse des précipitations estivales, hausse de l’évapotranspiration, assèchement des sols. Or c’est justement lorsque l’eau est la plus rare (en été) que la demande est la plus forte, que ce soit par les consommateurs ou par l’agriculture irriguée. Pour l’eau potable, toute hausse de 1°C accroît la demande de 1,6%.

Conflits d’usage en vue

Face au réchauffement en cours, «la pression sur l’eau va s’accroître de tous les côtés», craint Denis Salles, sociologue, directeur de recherche dans l’unité de recherche ETBx de l’Irstea[i] et membre du comité AcclimaTerra. Face à la raréfaction des eaux de surface, es experts craignent un transfert de prélèvement vers les eaux souterraines, «une adaptation spontanée et sauvage au changement climatique, qu’il convient d’éviter par une gouvernance planifiée et organisée et également par une reconfiguration des usages et des techniques», indique le rapport.

Face à ce risque de transfert anarchique, «il faut apprendre à gérer les eaux de surface et les eaux profondes comme une seule ressource: elles sont interconnectées. Les domaines de spécialité sont certes disjoints, mais la gestion doit être conjointe», juge Alain Dupuy, professeur d’hydrogéologie à l’Institut polytechnique de Bordeaux et membre du comité AcclimaTerra.

Instaurer une gestion par territoires

Face aux multiples usages de l’eau, très souvent antagonistes, sa gestion doit désormais être assurée «par territoires» et non plus «par usages», juge Denis Salles, selon qui il faut «éviter une vision en silo». «C’est un sujet transversal, à risque potentiellement conflictuel», craint le chercheur.

Face au changement inéluctable qu’occasionnera le réchauffement, «il faut des changements profonds, aussi bien au niveau des modes de production que de consommation: cela peut-être une opportunité d’explorer de nouvelles voies, notamment par l’agroécologie ou l’agroforesterie», indique Denis Salles.

Pour Alain Dupuy, «l’agriculture irriguée telle que nous la connaissons est condamnée. Il faut penser à une agriculture irriguée plus locale, à forte valeur ajoutée», explique-t-il.



[i] ETBX: Environnement, territoires et infrastructures; Irstea: Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus