Face au réchauffement, les salamandres se font toutes petites

Le 26 mars 2014 par Romain Loury
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Chéri, j'ai rétréci la salamandre.
Chéri, j'ai rétréci la salamandre.
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Aux Etats-Unis, les salamandres, animaux à sang froid, réagissent au changement climatique comme la théorie l’avait prévu, par une réduction de la taille. Un effet d’une telle ampleur qu’il fait même craindre pour leur survie, comme le suggère une étude publiée dans la revue Global Change Biology.

«Face au changement climatique, les espèces végétales et animales devront s’adapter, s’acclimater, migrer ou courir le risque d’extinction», rappelle l’équipe de Karen Lips, biologiste à l’université du Maryland. Exemple: les animaux à sang froid, dits ectothermes, dont la vitesse du métabolisme dépend de la température extérieure. Selon plusieurs experts, les amphibiens pourraient ainsi y perdre en taille.

Bien vu, comme le démontre une étude menée sur des salamandres vivant dans la chaîne des Appalaches (au nord-est des Etats-Unis), la première à prouver l’existence de ce phénomène en milieu naturel. Pour cela, les chercheurs se sont penchés sur une large collection d’individus adultes capturés depuis 1957, stockés dans des bocaux du musée de la Smithsonian Institution à Suitland (Maryland).

-1% par génération

En comparant ces salamandres à celles prélevées en 2011-2012 sur les mêmes 78 sites, les chercheurs montrent un rétrécissement moyen de 8% en 55 ans, et jusqu’à 18% pour l’espèce Plethodon yonahlossee! Soit une baisse d’environ 1% par génération, ce qui en fait «l’une des réponses les plus rapides jamais observées face à une perturbation environnementale», indiquent les chercheurs. Un effet «bien plus rapide et extrême que ceux observés dans un contexte naturel [sans influence humaine, ndlr] ou sur de plus grandes périodes de temps».

Selon une comparaison avec les registres météorologiques, c’est dans le sud des Appalaches, là où la température a le plus augmenté et où les précipitations se sont le plus raréfiées, que la réduction de taille est la plus marquée.

Deuxième étape de leur travail, les chercheurs ont élaboré une «salamandre virtuelle» par ordinateur, soumise aux mêmes changements climatiques que ses cousins naturels. Résultat: pour conserver un même niveau d’activité, il lui faut désormais dépenser 7% à 8% d’énergie en plus qu’en 1957, ce qui se traduit par une baisse de taille.

Sélection génétique ou plasticité?

Reste à savoir comment un changement si rapide s’est opéré: «nous ignorons encore s’il s’agit d’un changement génétique [par sélection naturelle], ou d’un signe que les salamandres sont assez flexibles pour s’adapter à ces nouvelles conditions», explique Karen Lips. Sur une aussi courte période, la chercheuse semble pencher pour l’hypothèse de la plasticité, ce qui lui donne «l’espoir que certaines espèces seront capables de tenir tête au changement climatique». Peut-être, mais jusqu’à quand?

Car pour résister à de telles dépenses énergétiques, les salamandres devront peut-être passer plus de temps au repos dans des endroits frais, au détriment de la chasse. Peut-être consacreront-elles moins d’énergie à la recherche de l’âme-sœur, au risque d’une baisse du taux de reproduction. Sans compter que les adultes, de plus petite taille, pourraient constituer des proies plus faciles.

«La prochaine étape pour l’équipe consistera à comparer ces espèces de salamandres qui rétrécissent à celles que l’on voit disparaître ailleurs dans le monde [un sort observé avec bien d’autres espèces d’amphibiens, notamment les grenouilles]. S’il existe des points de convergence, il sera un peu plus facile de comprendre pourquoi les salamandres déclinent autant dans une région où elles ont longtemps prospéré», indique l’université du Maryland.



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