Fabrice Le Saché: le Medef de la transition écologique

Le 19 mars 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Fabrice Le Saché veut mettre le Medef en mouvement.
Fabrice Le Saché veut mettre le Medef en mouvement.
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Entrepreneur, spécialiste de finance carbone et administrateur du Medef international, Fabrice Le Saché veut ouvrir le syndicat patronal à l’intelligence artificielle, l’international et aux opportunités économiques offertes par les conséquences du réchauffement. Un programme détonnant.

 

A 35 ans, le plus jeune des 8 candidats[1] à la présidence du mouvement des entreprises de France (Medef) fait un peu l’effet d’un Ovni. Par son parcours, tout d’abord. Après des études de droit international, en France et aux Etats-Unis, le Troyen a fait ses armes dans la finance et la compensation carbone. Des sujets qui ne sont pas forcément la tasse de thé des dirigeants du syndicat patronal. «Ne pas sortir d’un écosystème fléché me donne une liberté totale, au service du collectif», lance-t-il, un peu crâne.

Mettre le Medef en mouvement

Pour autant, le co-fondateur d’Aera Group n’est pas déconnecté d’un terrain industriel qu’il laboure depuis son entrée en campagne, il y a quelques jours. «Après avoir visité des entrepreneurs d’une cinquantaine de départements, j’ai acquis la conviction que l’on pouvait mettre le Medef en mouvement», explique-t-il. D’abord, en accompagnant la décentralisation en cours du dialogue social. Ensuite, en redonnant de l’attractivité à son organisation. «En digitalisant le Medef, nous pouvons lui permettre de fournir des services personnalisés à ses membres.» Ce mécène de l’Université de technologie de Troyes (UTT) entend aussi faciliter l’accès aux marchés européens, asiatiques et africains pour les entreprises tricolores. Sans oublier d’aider les collectivités à développer leurs activités et leurs infrastructures: autres gisements de contrats pour les entreprises.

Une transition économique

Plus étonnant, Fabrice Le Saché fait sien un discours que l’on prononce plus fréquemment sur les estrades de certaines associations environnementales. Enjeu du siècle, le changement climatique est aussi une opportunité inédite pour les entreprises. Françaises, en particulier. «La transition énergétique est avant tout une transition économique qui devra être menée durant les 20 prochaines années. Or, de l’énergie aux déchets, de l’eau au BTP, des transports à l’agriculture, tous les secteurs économiques sont impactés par les effets du changement climatique», rappelle-t-il. Une opportunité dont se saisissent nombre de pays émergents, mais où la France, «malgré les grands groupes que sont EDF, Engie, Total, Suez ou Veolia», peine à affirmer son leadership.

Faire la pédagogie des mutations

A charge pour les entreprises d’être, en ce domaine, «force de propositions pour faire la pédagogie des mutations en cours». Et notamment celle du secteur de l’énergie. En bon pragmatique, Fabrice Le Saché n’entend pas ajouter sa voix à la cacophonie nucléaire vs anti-nucléaire: «Si la sortie progressive du nucléaire est bien un objectif poursuivi par les gouvernements, personne n’a d’idée très claire sur les effets de cette sortie.»

Les énergies renouvelables, la panacée? Pas un candidat (il n’y a pas de candidate) à la présidence du Medef n’y répondra. «Nous ne devons plus faire de saupoudrage en donnant un peu à toutes les énergies. Nous devons identifier les filières qui concourent aux objectifs fixés à la France et qui donnent le plus de marges économiques.» L’Aubois ne publie pas son palmarès. Mais à l’écouter, on comprend bien qu’il ne verrait pas d’un mauvais œil un coup de pouce gouvernemental à la méthanisation. Une activité où savoir-faire, équipements et technologies sont encore sous la bannière France.

Rendez-vous le 3 juillet

Admirateur d’Isabelle Kocher, la directrice générale d’Engie, l’homme qui voudrait être le patron des patrons esquisse le futur de l’électricité, où chacun produira des kilowattheures, qu’il pourra vendre grâce à des crypto-monnaies, voire à des plateformes de compensation centralisées, «moins énergivores que le Bitcoin». Pronostique-t-il la fin du modèle électrique centralisé cher à EDF? Il ne le dira certainement pas ainsi: «J’ai confiance en la capacité d’EDF à se transformer totalement». L’élection du patron des patrons français aura lieu le 3 juillet prochain.



[1] Les autres candidats sont Alexandre Saubot (vice-président du Medef), Geoffrey Roux de Bézieux (vice-président du Medef), Jean-Charles Simon (Stacian), Patrick Martin (Medef Auvergne-Rhône-Alpes), Frédéric Motte (Medef Hauts-de-France), Olivier Klotz (Medef Alsace), Pierre Brajeux (Medef Hauts-de-Seine),

 



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