ExxonMobil voit le début du déclin du pétrole

Le 06 février 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pas de stabilisation du réchauffement à 2°C sans séquestration du carbone, estime Exxon.
Pas de stabilisation du réchauffement à 2°C sans séquestration du carbone, estime Exxon.
Alstom

 

Le premier groupe pétrolier privé mondial estime que la demande de pétrole pourrait baisser d’un quart en 25 ans. Insuffisant pour stabiliser le réchauffement à 2°C.

C’est une étude qui devrait faire enrager Donald Trump. En début de semaine, ExxonMobil, le plus important groupe pétrolier privé du monde, a publié sa vision du monde énergétique à moyen terme. L’exercice n’a rien de nouveau. Et d’autres Major, comme BP, s’y livrent aussi.

La nouveauté vient du fait que, pour la première fois, le groupe précédemment dirigé par Rex Tillerson, l’actuel secrétaire d’état américain, reconnaît que la consommation mondiale de pétrole pourrait prochainement diminuer. Un comble alors que l’exploitation effrénée des huiles et gaz de schiste maintient les Etats-Unis au rang de premier producteur mondial d’hydrocarbures, devant l’Arabie saoudite. Mais surtout le résultat de fortes pressions exercées depuis des années par les principaux actionnaires du groupe, dont le fonds… pétrolier norvégien.

Doublement du PIB mondial

Les fondamentaux de l’étude de la maison-mère d’Esso restent globalement comparables à ceux des autres exercices de prospective énergétique: la population mondiale dépassera les 9 milliards en 2040, la richesse mondiale va doubler d’ici à 2040.

Dans un entretien accordé au Monde, Patrick Pouyanné, le patron de Total, estime possible une baisse de la demande de pétrole: "Il est possible que la consommation de pétrole décroisse. En 2040, je pense qu’elle sera inférieure à celle de 2018."

 

Grâce aux politiques de soutien à l’efficacité énergétique (+30%), la demande globale d’énergie ne progressera que de 25% en 25 ans. Sous l’effet de la décarbonation du mix électrique (éolien et solaire produiront 4 fois plus d’électricité qu’aujourd’hui), la consommation de charbon devrait stagner vers 2020. Mais l’électrification à grande vitesse des transports terrestres (plus de 160 millions de voitures électriques et hybrides rechargeables en 2040[1]), conjuguée aux progrès de l’industrie et des moteurs thermiques classiques, devrait réduire la demande en pétrole.

78 millions de barils par jour

Selon la firme préférée des Rockfeller, la consommation de brut pourrait diminuer de 0,4% par an. Celle-ci pourrait tomber à 78 millions de barils par jour (Mbj) en 2040: un quart de moins qu’aujourd’hui! L’an passé, BP estimait que l’appétit planétaire pour l’or noir ne cesserait de grandir, allant jusqu’à engloutir 110 Mbj dès 2035.

10% de CO2 en plus

A supposer que le groupe texan ait raison, l’effet sur le climat ne pourrait que s’en ressentir. Certes, mais pas celui espéré. Malgré une amélioration indéniable du facteur carbone de l’économie, l’accroissement de la demande de kilowattheures (kWh) alourdit quand même notre empreinte climatique. Dans le meilleur des cas, estiment les analystes d’Exxon, nous pourrions limiter nos émissions de CO2 à 36 milliards de tonnes par an, en 2040: 10% de plus qu’en 2015, mais deux fois plus qu’en 1980.

Que faire pour rester 2°C compatible? Sans surprise, le pétrolier propose d’utiliser toutes les technologies bas carbone disponibles: nucléaire, renouvelables, gaz naturel, stockage de l’électricité, mais aussi la séquestration géologique du dioxyde de carbone. Exxon propose aussi de renforcer les normes énergétiques des produits (voitures) et services (construction) et d’électrifier un maximum d’usages. Pas un mot, en revanche, sur la tarification des émissions carbonées. Une demande pourtant formulée par un certain Rex Tillerson en 2009.

 



[1] Contre 2 millions aujourd’hui.

 



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