Exploitations agricoles: les riverains surexposés aux pesticides

Le 01 mars 2016 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Jusqu'à 30 pesticides dans le foyer
Jusqu'à 30 pesticides dans le foyer
DR

Jusqu’à 30 pesticides, dont certains interdits depuis plusieurs années: c’est ce que confirme une nouvelle étude, présentée mardi 1er mars, de l’association Générations futures, menée sur des poussières prélevées dans des foyers de riverains de champs agricoles.

Impossible d’échapper aux pesticides lorsqu’on habite à côté d’un champ traité: menée en juillet 2015 dans 22 foyers près d’exploitations agricoles, l’étude Exppert 6 de Générations futures révèle une forte imprégnation du domicile. Sur les 61 substances recherchées dans les poussières prélevées dans ces foyers, entre 8 et 30 ont été retrouvées par habitation. Soit une moyenne de près de 20 substances, dont environ 12 sont des perturbateurs endocriniens suspectés.

C’est en bordure des vignes que le chiffre est le plus élevé (26 pesticides en moyenne), suivi des vergers (23,8 pesticides) et des grandes cultures (14,37 pesticides en moyenne). Trois de ces produits sont présents dans 100% des maisons: il s’agit de l’insecticide perméthrine, des fongicides tébuconazole et diméthomorphe.

Essentiellement des perturbateurs endocriniens

En moyenne, la quantité est de 17,6 milligrammes de pesticides par kilo de poussière, avec un maximum à 112,6 mg/kg. En masse, les perturbateurs endocriniens suspectés constituent 98,2% des pesticides.

Une surprise, plusieurs des substances retrouvées sont interdites depuis plusieurs années: c’est le cas de l’herbicide diuron, banni depuis 2008, mais retrouvé dans 20 foyers sur 22.

Alors que l’examen du projet de loi Biodiversité reprend, mardi 1er mars, en deuxième lecture à la Commission du développement durable de l’Assemblée nationale, les députés socialistes Delphine Batho et Gérard Bapt ont annoncé le dépôt d’un amendement d’interdiction de tous les néonicotinoïdes, y compris les semences traitées, à partir de janvier 2017. Un même amendement, pour une interdiction dès janvier 2016, avait été adopté en première lecture à l’Assemblée, mesure écartée par le Sénat.

Contacté par le JDLE, le porte-parole de Générations futures, François Veillerette, estime «possible qu’il reste dans les champs [du fait d’utilisations passées] et qu’il soit amené sous forme de poussières, mais s’il est interdit depuis 2008, cela fait quand même beaucoup». Y a-t-il encore une utilisation illégale? «C’est une hypothèse à creuser», ajoute-t-il.

L’été, saison à risque

L’association a par ailleurs mené une analyse similaire 6 mois plus tard dans 5 de ces foyers, soit en janvier dernier: par rapport à l’été, la quantité de pesticides, en masse, a diminué de 30% à 95%. «La période estivale (période des traitements) est donc clairement une période qui expose les riverains des zones de culture à des doses de pesticides plus importantes qu’en hiver à l’intérieur de leurs logements», commente l’association.

«Néanmoins, il est clair que les riverains des zones cultivées restent exposés à des cocktails de pesticides importants, et ce toute l’année, les pulvérisations reprenant en mars, soit moins de deux mois après les prélèvements d’hiver réalisés pour notre enquête», ajoute-t-elle.

La question des riverains de champs agricoles ne cesse de prendre de l’ampleur, comme en témoigne la médiatisation de plusieurs affaires récentes: en mai 2014, des écoliers de Villeneuve-de-Blaye (Gironde) étaient intoxiqués en raison de l’épandage d’un fongicide sur des vignes voisines. Toujours dans le même département, de fortes suspicions existent quant à un éventuel foyer de cancers pédiatriques à Preignac, concernant là aussi les enfants d’une école proche des vignes.

Une faible protection légale

D’un point de vue réglementaire, les obligations de protection des riverains demeurent assez maigres. Promulguée en octobre 2014, la loi d’avenir pour l’agriculture prévoit «la mise en place de mesures de protection adaptées telles que des haies, des équipements pour le traitement, ou des dates et horaires de traitement» à proximité des écoles ou des hôpitaux, voire une «distance minimale» en l’absence de ces dispositifs.

«C’est mieux que rien, mais c’est largement insuffisant», estime François Veillerette. Générations futures «en appelle à la responsabilité de nos dirigeants et à l’application du principe de précaution, avec la mise en place de zones non traitées à moins de 100 mètres de tous les lieux de vie, le recours obligatoire à l’agriculture biologique le long de ces zones et l’interdiction de l’utilisation de toutes substances dangereuses (CMR 1 à 3 ainsi que les perturbateurs endocriniens et les neurotoxiques) à proximité des zones de vie».

Après cette 6e étude Exppert, Génération futures prévoit d’en publier une 7e à l’automne prochain, dont l’objet n’est pas encore connu. La dernière en date, Exppert 5, avait porté sur les salades, révélant que deux sur trois contenaient des perturbateurs endocriniens. Auparavant, l’association s’était penchée, en mars 2015, sur les femmes en âge de procréer.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus