Exploitation des fonds marins: dégâts des eaux en vue

Le 23 juin 2014 par Romain Loury
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Un nodule polymétallique
Un nodule polymétallique
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Destruction de l’habitat et des espèces, rejets de composés toxiques… l’exploitation de ressources minérales marines, dont les nodules polymétalliques, laisse entrevoir un bien sombre avenir aux écosystèmes sous-marins, comme le révèle un rapport du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

«L’exploitation minière aura indéniablement des impacts sur l’environnement»: tel est le constat dressé par le rapport présenté jeudi 19 lors d’un colloque sur les ressources minérales marines profondes organisé par les ministères de l’écologie et de la recherche. Fruit d’une analyse de la littérature, il révèle l’ampleur des dégâts que pourrait entraîner sur les fonds marins ce nouveau type d’exploitation minière.

Parmi ces ressources, les encroûtements cobaltifères, les sulfures hydrothermaux, et surtout les nodules polymétalliques. Situés entre 3.000 et 5.000 mètres de profondeur, ces derniers, qui abondent dans le Pacifique nord (dans une zone appelée «Clarion-Clipperton»), consistent en des boules de 5 à 10 cm de diamètre à la surface des sédiments. Riches en cuivre, nickel et cobalt, ils contiennent aussi de nombreux métaux rares.

Si ces ressources attisent autant l’intérêt de l’industrie minière, c’est parce que « la raréfaction des ressources continentales, concentrées sur les territoires d’un nombre réduit de pays, engendre des tensions sur l’approvisionnement amenées à s’accentuer et susceptibles de compromettre la compétitivité et l’emploi en Europe», expliquent les experts du CNRS et de l’Ifremer.

Destructions mécaniques et chimiques

L’expertise du CNRS et de l’Ifremer ne formule certes «ni avis, ni recommandation», mais le panorama qu’elle dresse peut aisément s’en passer. Rien que pour la collecte, l’exploitation de ces matériaux pourrait entraîner «une destruction permanente de l’habitat et de la faune associée», «la formation d’un nuage de particules fines pouvant impacter une zone plus large que la zone d’extraction après resédimentation», «une perturbation dans la colonne d’eau».

A ces destructions d’ordre mécanique pourraient s’en ajouter de nature chimique: le rejet des déchets miniers, en modifiant le pH, la température et l’apport en nutriments, pourrait altérer l’organisation des écosystèmes. Sans oublier une concentration accrue en métaux lourds, du fait du broyage du minerai avant remontée.

En surface, la présence de bateaux d’exploitation pourrait elle-même perturber le système, par l’émission de vibrations, par le rejet à la mer de saumure due à la production d’eau potable, par un risque d’introduction d’espèces invasives –ou tout simplement par de possibles accidents. Au-delà des dégâts écologiques, une telle industrie aurait ses contrecoups économiques: perte de services écosystémiques, mais aussi impacts sur la pêche et le tourisme.

A ce jour, aucune exploitation industrielle n’est en cours, mais plusieurs permis d’exploration ont déjà été délivrés, en particulier pour les nodules polymétalliques et les sulfures hydrothermaux. La France, qui possède le deuxième espace maritime mondial après les Etats-Unis, pourrait en être richement dotée, grâce à la Polynésie française, à la Nouvelle-Calédonie et aux îles Wallis et Futuna.

Elle dispose déjà d’un permis d’exploration des nodules polymétalliques sur un secteur de 75.000 km2 dans la zone «Clarion-Clipperton», pour la période 2001-2016. En juillet 2012, l’Autorité internationale des fonds marins l’a autorisé à explorer une zone de la faille médio-atlantique, pour les sulfures.



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