Exclusif: un remorqueur de moins pour la France!

Le 15 septembre 2011 par Geneviève De Lacour
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En annonçant la mise hors service de ses 4 remorqueurs de haute mer, le Royaume-Uni abandonne sa première ligne de défense contre la pollution maritime. Une décision économique aux effets boule de neige pour la France puisqu’elle perd ainsi un remorqueur que l’Etat affrétait en commun avec les Britanniques.

En 1993, le tanker Braer s’échoue sur les côtes des Shetland. Les conséquences écologiques sont désastreuses. Déterminés, après cette énième pollution qui touche leurs côtes, les Britanniques mettent en place un système de prévention et affrètent, deux ans après, 4 remorqueurs pour surveiller leur littoral et venir en aide aux navires en difficulté.

Aujourd’hui, Londres souhaite réduire les dépenses publiques. Le couperet comptable est tombé: plus de financement pour les «bergers des mers». La décision a été prise par le ministère britannique des transports contre l’avis des spécialistes et notamment de Lord Donaldson qui avait mis en place, en 1995, le système de surveillance. En Ecosse, terre pétrolière, les parlementaires et les élus locaux ne décolèrent pas. Malgré l’agitation qui règne au nord du mur d’Hadrien, le ministre des transports, Mike Penning, n’en démord pas: les contrats d’affrètement des navires expireront à la fin du mois.

Cette décision n’est pas sans conséquence pour la France. En effet, parmi les 5 remorqueurs d’intervention, d’assistance et de sauvetage (Rias) de haute mer que possède notre pays, l’un, positionné en Pas-de-Calais, est affrété en commun avec les Britanniques. Interrogé par le JDLE, le secrétariat général de la mer a confirmé, ce matin 15 septembre, que le contrat de l’Anglian Monarch s’arrêtait le 30 septembre prochain puisque ce sont les Britanniques qui sont les titulaires du contrat.

Un remorqueur de moins pour la France donc, et c’est une partie du littoral qui est laissée sans surveillance. Au nom de la lutte contre les pollutions en mer, les préfets maritimes peuvent ordonner à un remorqueur d’assister un navire en péril. Ce qui, bien souvent, contribue à éviter le pire. Or la position de l’Anglian Monarch était stratégique puisque le navire intervenait dans le détroit du Pas-de-Calais, où 90.000 navires se croisent tous les ans. Chaque année, ce sont 430 millions de tonnes de matières dangereuses (hydrocarbures, produits chimiques, explosifs...) qui passent dans les eaux du Channel. A cela s'ajoute le trafic des ferries reliant le continent à la Grande-Bretagne. Il faut aussi compter sur la présence de nombreux pêcheurs et de plaisanciers.

Ne pouvant pas laisser le détroit sans dispositif de secours, la France a donc décidé de transférer l’Abeille Languedoc, un autre Rias, dans le Pas-de-Calais. Une décision saluée dans un premier temps par Mor Glaz, une association française de remorquage, avant qu’elle ne découvre que ce remorqueur ne sera finalement pas remplacé. Il faut dire que, depuis 2005, l'Abeille Languedoc surveillait toute la façade atlantique de La Pallice à La Rochelle. Avec 37 sorties en mer à son actif, dont 17 remorquages et escortes de bateaux en difficulté, l’efficacité du remorqueur n’est plus à démontrer.

Mais le secrétariat général de la mer souhaite que la surveillance du golfe de Gascogne soit dorénavant assurée par le remorqueur brestois Abeille Bourbon et les remorqueurs espagnols. L’association Mor Glaz craint que la zone du golfe de Gascogne soit désertée. «L’Etat français est en train de brader la protection de son littoral alors que nous étions un modèle jusqu’à présent», tempête Jean-Paul Hellequin, son président. «En ne remplaçant pas le remorqueur, élus et hauts fonctionnaires auront la responsabilité des accidents ou des drames maritimes qui pourraient survenir cet hiver. Je demande aux élus de prendre leurs responsabilités», poursuit-il.

Pour le syndicaliste CGT, il faut remplacer l’Abeille Languedoc par un «supply», un remorqueur polyvalent mais tout aussi puissant, dont le financement est déjà tout trouvé puisque l’affrètement de l’Anglian Monarch, qui était de 9.500 euros par jour, avait déjà été budgété.

Selon Jean-Paul Hellequin, l’Etat français, tout comme le gouvernement britannique, souhaite se désengager de la protection des côtes. Ce spécialiste du remorquage rappelle que, depuis 1978, année du naufrage de l’Amoco Cadiz, l’Abeille Flandres a permis d’éviter 21 catastrophes majeures. Autant d’économie pour la collectivité nationale. Et le Brestois de rappeler que 50% du brut récupéré sur un navire naufragé est reversé à l’Etat. Les sauvetages ne sont donc pas forcément des opérations très onéreuses.

L'Abeille Languedoc a quitté il y a quelques jours le port de La Rochelle. Il doit rejoindre la Manche début octobre. En attendant, il est en carénage dans les chantiers Piriou à Concarneau.

 


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