Exclusif: le programme écolo du prochain gouvernement autrichien

Le 03 janvier 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'agriculture biologique représente 20% de la SAU autrichienne.
L'agriculture biologique représente 20% de la SAU autrichienne.

Présenté dans la soirée du 2 décembre, l’accord de gouvernement conclu entre les conservateurs et les Verts laisse une large part aux questions environnementales. Le JDLE vous en détaille les (nombreux) points principaux.

C’est un peu le mariage de la carpe et du lapin. L’alliance conclue, ce mercredi, entre le parti conservateur (ÖVP) et les Verts rassemble deux formations que tout semble opposer.

Formation dirigée par le premier ministre de 33 ans, Sebastian Kurz, l’ÖVP est surtout réputée pour son libéralisme économique et la lutte musclée contre l’immigration. Ce qui l’avait rapproché de l’extrême droite autrichienne avec laquelle elle a gouverné 18 mois durant. Ecologistes, antinucléaires, promoteurs des droits de l’Homme, les Grünen ont fait de la lutte contre la corruption et le réchauffement climatique leurs chevaux de bataille lors des élections législatives de septembre 2019. Un scrutin, dont les deux partis sont sortis vainqueurs: plus de 37% pour l’ÖVP et près de 14 % pour les écologistes.

trois mois de tractations

Il aura fallu plus de trois mois de discussions ardues aux écologistes et aux conservateurs pour s’accorder sur un programme de gouvernement. Pesant plus 300 pages, le document publié dans la soirée du 2 janvier touche à tout : gouvernance, transparence, finances, Europe, retraites ou économie numérique. Dans le lot, les questions chères aux Verts représentent un bon tiers de la pagination. Avec au sommaire: climat, infrastructures, environnement, énergie ou agriculture.

Titulaires de 4 des 14 ministères du prochain gouvernement Kurz, les membres de l’équipe de Werner Kogler (nommé vice-chancelier) prendront notamment en charge un super ministère, coiffant environnement, énergie et transports.

Devant être installée dans les prochains jours (si le conseil extraordinaire des verts de samedi valide l’accord), la nouvelle administration autrichienne devra suivre une ambitieuse feuille de route.

Neutralité carbone en 2040

Le premier des objectifs est l’atteinte de la neutralité carbone dès 2040, avec 10 années d’avance sur le Green Deal européen (ou la France !). Pour ce faire, législateur et gouvernement devront s’assurer que les futures lois ne contredisent pas les les objectifs fixés par l’Accord de Paris.

Un plan national «énergie et climat» fixera les conditions de la sortie des énergies fossiles. Dès 2027, la vente de voitures neuves à moteur à combustion interne sera interdite, sauf pour certains services publics (secours, police, armée). Trois ans plus tard, toute l’électricité produite dans le pays devra l’être à partir d’énergies renouvelables. L’effort à produire ne sera pas insurmontable : 83 % du courant autrichien est déjà issus de centrales hydroélectriques, éoliennes et photovoltaïques. En 10 ans, l’accord prévoit l’accroissement de la production éolienne (+10 TWh/an), hydraulique (+5 TWh/an) et solaire (+11 TWh/an). Le gouvernement complètera les programmes déjà engagés par des facilités de raccordement aux réseaux accordés aux petites installations photovoltaïques, de puissance inférieure à 10 kWc. Les centrales hydroélectriques devront par ailleurs être modernisées.

L’énergie nécessaire au chauffage et à la climatisation devra être d’origine renouvelable en 2040. Dès 2021, les chaudières de plus de 25 ans d’âge devront être remplacées. En 2025, l’installation de chaudières à gaz dans les constructions neuves sera proscrite. En 2035, les chaudières «fossiles» seront interdites.

un million de toitures solaires

Pour réduire la demande, un important programme de rénovation des bâtiments (publics et privés) est également prévu. Toute construction neuve (si possible en bois) devra désormais respecter des normes thermiques comparables à la BBC française. Les promoteurs devront prouver que l’installation d’une toiture photovoltaïque est économiquement déraisonnable pour déroger à l’obligation d’en équiper toutes les constructions neuves. D’ici à 2030, un million de toitures solaires devraient être installées.

Le nouveau gouvernement autrichien soutient les projets européens d’instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’UE, ainsi que l’extension à d’autres secteurs (transport aérien et maritime, par exemple) du système communautaire d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre. Dans l’esprit viennois, l’ETS devrait être doté d’un prix plancher, non encore fixé. Vienne est aussi favorable à la fin des aides publiques à la production et à la consommation d’énergies fossiles.

obligations vertes

Des plafonds contraignants d’émission de gaz à effet de serre vont être fixés pour chaque secteur industriel. Ces contraintes iront de pair avec l’accroissement du budget de fonds et de programmes publics d’aides à la décarbonation de l’industrie. Cette hausse des budgets sera financée par le produit du revenu de la mise aux enchères des quotas de l’ETS. Le Trésor (ÖBFA) devra aussi mettre sur le marché des obligations vertes (green bonds) pour financer les prochains investissements bas carbone. A commencer par les prochains réseaux de chaleur urbains, les centrales à géothermie et les systèmes de production de gaz vert. En 2030, 5 TWh de biométhane, d’hydrogène ou de gaz synthétique devront être injectés dans les réseaux.

L’Autriche entend aussi devenir fervente partisane de l’économie circulaire. Promotion du recyclage, de la réparabilité sont au programme. Ainsi que des subventions accordées aux industriels et aux start-up qui feront de l’économie des ressources naturelles l’un des points forts de leur stratégie. En une décennie, le tonnage des emballages en plastique devra avoir diminué de 20 %. Les pouvoirs publics ne pourront plus acheter de produits en plastique non recyclables. Vienne s’apprête aussi à lancer un plan de lutte contre les microplastiques: renforcement de la collecte sélective, interdiction des particules de plastique dans les cosmétiques et les détergents, remplacement des filtres en plastique des lave-linge et des séchoirs, modernisation des stations d’épuration.

des murs antibruit solaires

Doté de l’un des réseaux routiers les plus denses d’Europe, l’Autriche veut décarboner ses transports. Un plan «mobilité 2030» devra esquisser la stratégie permettant d’accroître les parts modales du fluvial et du rail. Environ 90 % du réseau ferré devra être électrifié en 2030. De part et d’autre des voies, les murs antibruit devront être équipés de panneaux photovoltaïques.

Pour les transports individuels, l’Autriche prévoit la création d’une carte permettant d’emprunter tous les transports collectifs publics (tram, métro, bus, train) pour trois euros par jour. Pour les marchandises, les prix du fret ferroviaire seront gelés pour trois ans.

Parallèlement, un vaste plan vélo sera mis en route : développement des pistes cyclables urbaines et rurales, installation de parkings dédiés, amélioration de la signalétique, soutiens au développement du «vélo d’affaires». C’est à ce prix que la part modale du vélo devrait passer de 7% à 13% entre 2020 et 2025. Les aficionados de la voiture individuelle ne seront pourtant pas oubliés.

L’achat de voitures électriques, hybrides ou à hydrogène continuera d’être subventionné. Le montant de la prime d’Etat devra néanmoins être revu à la baisse à mesure que baisseront les prix de vente constructeur des véhicules. Même chose pour l’achat de bus électriques ou à hydrogène, ainsi que de leurs systèmes de recharge.

bio et agroforesterie

Au total, le montant des investissements en faveur des transports «bas carbone» doit progresser de 5% par an, entre 2020 et 2030.

Principalement tournée vers le développement rural et le bio (20% de sa SAU), l’agriculture autrichienne sera très attentive à la réforme en cours de la politique agricole commune et à la mise en œuvre du cadre financier pluriannuel 2021-2027. Car ses contraintes devraient se multiplier.

L’accord de gouvernement prévoit le renforcement de la lutte contre les pollutions azotées et phosphorées. Il prévoit aussi d’augmenter les surfaces forestières pour stocker toujours plus de carbone. Nécessité fera donc loi de développer l’agroforesterie. Les écologistes accordent aussi une très grande attention à l’amélioration de la situation sociale des agriculteurs, notamment la détection des maladies professionnelles. Un certain nombre de pratiques sont vouées à l’extinction: transport de jeunes bovins sur de longue distance, broyage de poussins vivants, abattage dans des pays tiers. Sans oublier la taxe sur le vin mousseux.

Le gouvernement devrait améliorer l’étiquetage des produits agro-alimentaires pour stimuler les ventes de bio et de productions locales et sans-OGM. Un plan de sélection de semences «résistantes» est également dans les cartons du ministère de l’agriculture. Une autre facette de l’adaptation aux effets du changement climatique.