ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
imprimer Ajouter à vos favoris envoyer à un ami Ajouter à mes favoris Delicious Partager cet article sur WikioPartager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedinPartager cette page sous TwitterS'abonner au flux RSS du JDLE

Exclusif : Corinne Lepage: «Je veux de la sécurité humaine pour tous»

Le 05 octobre 2011 par Célia Fontaine
L'avocate ne veut pas entrer dans la polémique que sa candidature suscite
L'avocate ne veut pas entrer dans la polémique que sa candidature suscite

Présidente du mouvement Cap21 et avocate spécialisée en droit de l’environnement, Corinne Lepage vient d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de 2012. Elle dévoile son programme en primeur pour le Journal de l’environnement.

Vous vous étiez déjà présentée en 2002 (1,88% de voix au premier tour), qu’est-ce qui a changé depuis en matière environnementale?
 
Je suis une femme qui défend l’écologie depuis près de 30 ans, et beaucoup de choses ont évolué durant cette période. J’ai l’intention de continuer les combats que je mène aujourd’hui au Parlement européen. En matière d’OGM par exemple, en tant que rapporteure sur la proposition de la Commission visant à permettre aux Etats membres d'interdire la culture d'OGM sur leur territoire, je trouve que les choses avancent. Les Etats membres doivent avoir la possibilité de citer des raisons écologiques pour interdire la culture d'OGM approuvés par l'Union. Mais il y a encore beaucoup à faire, notamment en matière d’indépendance.
 
Que pensez-vous de la décision récente du gouvernement d'abroger les trois permis exclusifs de recherche de gaz de schiste dans le sud de la France accordés au printemps 2010?
 
C’est évidemment une bonne nouvelle pour ces trois permis, d’autant que j’avais déposé en février dernier un recours devant le tribunal administratif de Paris pour demander l'annulation du permis de Montélimar dans la Drôme. Mais il y en a une soixantaine d’autres, qui n’ont pas été annulés, il s’agit donc surtout d’une opération de communication. Il faut donc continuer le combat rigoureusement, tout comme en Europe. Comme la présidence de l’Union, polonaise, est fanatique des gaz de schiste, nous avons demandé avec quelques collègues une résolution pour contrecarrer l’offensive.
 
Quels sont les thèmes que vous allez mettre au cœur de votre campagne?
 
Une question essentielle, celle de la politique énergétique. Il faut dire la vérité aux gens. Il est absolument impératif d’aller vers davantage de sobriété énergétique et vers les énergies de substitution, et cela est possible dans le temps. En France, nous avons augmenté les émissions de gaz à effet de serre de presque 5%, et notre consommation électrique est trop importante, on va dans le mauvais sens. C’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas autoriser l’EPR de Flamanville, qui représente trop de frais, et arrêter la construction de toute nouvelle centrale nucléaire civile. Mais il ne faut pas pour autant fermer toutes les centrales existantes, seulement celles qui posent problèmes ou qui sont trop vieillissantes, comme Fessenheim. Il faut investir dans la sécurité des centrales qui vont rester.
En ce qui concerne les renouvelables, nous sommes le seul pays au monde à avoir détruit la filière photovoltaïque! Nous avons ainsi sacrifié 20.000 emplois, alors que certaines entreprises comme General Electric prévoient que, d’ici 5 ans, l'électricité solaire sera moins chère que celle issue des matières fossiles, voire du nucléaire. Il faut donc lier la question énergétique à la question industrielle et de l’entreprise.
 
Votre candidature dérange certains, au centre (Modem) et chez les écologistes (Europe Ecologie Les Verts - EELV) qui vous trouvent trop individualiste. Que leur répondez-vous?
 
Je ne veux surtout pas entrer dans la polémique. J’ai auprès de moi une équipe très structurée et très diversifiée (des juges, des universitaires, un ancien dirigeant de la police, des personnes issues du milieu associatif, etc.), qui va faire la différence. Le Modem doit faire face à son échec évident. Quant à la candidate Eva Joly, nos positions se ressemblent sur certains points mais restent quand même tout à fait différentes. EELV est de plus en plus à gauche, et entre plus en concurrence avec Jean-Luc Mélenchon qu’avec moi. Par exemple, je ne comprends pas la «volée de bois vert» qu’a reçue cet été Laurence Vichnievsky (qui s’est mise en congé, début septembre, de sa fonction de porte-parole EELV, ndlr) après ses propos sur la nécessité de réduire le déficit et l’illusion du retour à la retraite à 60 ans. Il faut regarder la réalité en face!
 
Votre botte secrète pour faire la différence?
 
Je compte beaucoup développer le concept de la «sécurité humaine». Il faut répondre à l’inquiétude des gens sur la multiplicité des risques en tous genre qui les entourent. Pouvoir d’achat, insécurité physique à cause de la violence, mais aussi sécurité alimentaire et sanitaire, sécurité industrielle et nucléaire, sécurité au travail. C’est un tout. Je veux redonner la pêche aux citoyens, en redynamisant leur parcours de vie. Cela consiste dans un premier temps à sortir du déni: il y a du bisphénol dans nos produits de tous les jours, néfaste à notre santé, tout comme il y a des agressions. Il faut ensuite mettre en œuvre des moyens juridiques et matériels: celui qui fait courir un risque encourt la responsabilité, et devra assumer. Il faut donc mettre en place un véritable régime de responsabilité, et pour cela des services publics qui fonctionnent mieux, sans cela le pays ne sera pas compétitif.
 
Quid de la santé environnementale en particulier?
 
Je veux faire des propositions claires en la matière, parce que nous avançons trop lentement par rapport aux progrès des industriels. On dit que l’on applique le principe de précaution, mais ce n’est pas vrai! Il est encore trop difficile de prouver le lien de causalité entre la maladie et le produit. J’aimerais aussi approfondir certains sujets comme les risques de développement, et la protection juridique des lanceurs d’alerte[1]. Les nanotechnologies ne doivent pas être oubliées, j’étais la première à en parler et la manière dont le débat est organisé en France est largement à revoir. Nous n’avons pas encore d’inventaire des produits qui contiennent des nano, il faudrait au moins mettre en place un régime déclaratif, pour que les entreprises puissent informer des produits qui en contiennent. Au niveau européen, on attend une nouvelle proposition à ce sujet.
Mais il y a tellement d’autres sujets environnementaux, biodiversité, eau, transports et qualité de l’air, tous seront présents dans ma campagne.


[1] Ndlr: est ainsi désignée une personne ou un groupe qui découvre des éléments qu'il considère comme menaçants pour l'homme, pour la société ou l'environnement et qui décide de les porter à la connaissance d'instances officielles, d'associations ou de médias, parfois contre l'avis de sa hiérarchie


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus