Exclusif: comment la Commission veut reforester l’Europe

Le 10 décembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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400.000 km2 en Europe ne demandent qu'à être reforestés.
400.000 km2 en Europe ne demandent qu'à être reforestés.

Bruxelles met la dernière main à un vaste plan de plantation de forêts. Objectifs: verdir les espaces urbains et périurbains, développer l’agroforesterie et stocker du carbone.

C’est l’un des points de la politique climatique de la nouvelle Commission européenne qui risque de faire jaser. Le 11 décembre, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, rendra publique la dernière version de son Pacte vert, Green Deal ayant pour objectif de placer l’Europe sur la voie de la neutralité carbone d'ici à 2050.

 

Si la baisse des émissions de gaz à effet de serre (atténuation) constitue le volet essentiel de la prochaine stratégie climatique européenne, un autre vise à accroître la capacité d'absoption des puits de carbone. Et, en la matière, le moyen le plus simple pour capter et «enchrister» le CO2 atmosphérique reste de faire pousser des arbres. Beaucoup d’arbres. Même s’il n’y a pas de consensus sur le nombre de chênes, d’érables ou de bouleaux qu’il convient de planter pour stocker une part non négligeable de nos effluents carbonés.

vaste programme

Depuis plusieurs mois, les services de la Commission préparent le lancement d’un vaste programme de reforestation. La première étape a été d’évaluer les surfaces disponibles à l’aide de photos prises par satellites. Selon les premières estimations des analystes, 10% de la superficie de l’Union européenne seraient propices à une replantation de massifs forestiers. Ce qui représente environ 400.000 km2 : plus que la superficie de l’Allemagne !

villes et campagnes

Mais pas question de planter n’importe quoi, n’importe où. Les régions privilégiées par les fonctionnaires de Bruxelles sont les zones urbaines et périurbaines (c'est bon pour leur résilience climatique !) et les régions agricoles. Dans ces dernières, il ne s’agit pas de remplacer des champs ou des prairies, mais de promouvoir efficacement l’agroforesterie. Une élégante façon de conjuguer stockage du carbone — activité possiblement rémunératrice pour les paysans — et développement d’une agriculture plus résiliente aux effets du réchauffement.

évaluation longue et difficile

Combien d’arbres seront nécessaires pour verdir villes et banlieues tout en développant l’agroforesterie? Et sera-ce suffisant pour stocker d’importants volumes de carbone? Questions délicates. Faute d’études, personne ne sait encore quelles espèces il convient de planter. Pas question d’implanter des arbres exotiques. Il faudra, pour chaque site, trouver les espèces qui s’adapteront au climat futur local. Une évaluation longue et difficile en perspective. Certains experts avancent néanmoins le chiffre de 2 milliards d’arbres à planter dans les prochaines années: l’équivalent de 8 années de reforestation, telle qu’elle se pratique naturellement dans les massifs des 28.

Améliorer les écosystèmes terrestres

Comment inciter propriétaires (publics et privés), entreprises et territoires à investir dans l’afforestation? Comme il est peu probable que les gouvernements s’accordent sur des mesures contraignantes, Bruxelles prépare son coup d’après. La Commission finalise un projet de texte qui obligerait, sur le modèle de la directive-cadre sur l’eau, à améliorer la qualité des écosystèmes terrestres. Ce qui permettra, par exemple, de redonner vie à des espaces forestiers dégradés. Cette initiative ne pourra que satisfaire les secteurs d’activités qui devront compenser leurs émissions carbonées. A commencer par l’aviation civile, avec son futur système de compensation Corsia. Pour les autres, des idées de fonds volontaires finançant la reforestation sont également à l’étude.

conjuguer climat et biodiversité

S’il n’est pas encore acquis que le plan reforestation fasse bien partie du Green Deal, il devrait être, en revanche, l’un des points importants de la stratégie communautaire sur la biodiversité 2030 que doit présenter la Commission, en amont de la COP 15 de Kunming (Chine). Une autre façon de conjuguer lutte contre le réchauffement et préservation de la biodiversité. Le sujet qui monte dans les négociations internationales !