Exclusif: comment l’ONU voit l’avenir de l’agriculture

Le 21 mars 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Sécuriser l'approvisionnement alimentaire des plus pauvres.
Sécuriser l'approvisionnement alimentaire des plus pauvres.

Dans une étude à paraître et dont le JDLE s'est procurée la  version initiale, l’ONU dresse un tableau catastrophique des conséquences des changements climatiques sur l’agriculture. Les solutions existent pour sécuriser l’approvisionnement alimentaire. Elles passent par un changement des pratiques culturales et alimentaires.

Ce n’est plus tout à fait un scoop. Les changements climatiques auront de graves conséquences sur l’agriculture, menaçant parfois la sécurité alimentaire de régions entières. La menace a paru suffisamment grave pour que l’ONU se penche sur la question. En octobre 2010, son comité sur la sécurité alimentaire a commandé à son groupe d’experts de haut niveau (HLPE) une étude sur la question. Un rapport dont le Journal de l’Environnement s’est procuré la version initiale.

Dans son cahier des charges, le HLPE préconise «de passer en revue les évaluations existantes et les initiatives concernant les effets du changement climatique sur la sécurité alimentaire et la nutrition, et [de] s’intéresser notamment aux régions et aux populations les plus touchées et les plus vulnérables, y compris les défis et les possibilités que représentent les politiques d’atténuation et d’adaptation, et les mesures de la sécurité alimentaire et de la nutrition». Vaste programme.

L’agriculture est une activité singulière à bien des plans. Première employeure de la planète, elle fait travailler 2,6 milliards de personnes, dans plusieurs millions d’exploitations. Soumise aux caprices des éléments, elle aussi particulièrement fragile. Une fragilité que les changements climatiques renforceront sur bien des points.

D’une façon générale, l’accroissement de la concentration en CO2 dans l’atmosphère n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les agriculteurs. Les végétaux utilisant la photosynthèse de type C3 (blé, orge, tomate, betterave) semblent apprécier les fortes teneurs de gaz carbonique dans l’air, contrairement aux plantes «C4», tels le maïs, la canne à sucre ou le sorgho.

Dans certaines régions, notamment des hautes latitudes, ce sera plutôt positif. L’accroissement des températures moyennes accélèrera le développement et la productivité des cultures. Sous les tropiques, le réchauffement permettra d’accroître la surface occupée par les rizières, grandes émettrices de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

La montée du mercure ne sera pas positive partout. Et cela se voit déjà. Le rendement du maïs, par exemple, décroît lorsque la température diurne dépasse les 30°C. Et les étés commencent à être de plus en plus chauds. Ce qui explique que les revenus des maïsiculteurs chinois, brésiliens mais aussi français aient baissé entre 1980 et 2008. Pareil phénomène s’observe aussi pour les producteurs français, russes et indiens de blé ou les riziculteurs brésiliens, chinois ou paraguayens.
Les étés chauds ne sont pas seulement néfastes aux céréales et à leurs producteurs. De fortes températures accroissent aussi les concentrations, en basse altitude, d’ozone, un gaz particulièrement détesté des pois, de l’avoine, des piments et de certaines variétés de coton.

Les ravageurs des cultures sont parfois de grands amateurs de sécheresse. «Ignames, patates douces, manioc sont bien adaptés à la sécheresse et au stress hydrique, mais il est probable que leurs ravageurs et leur sensibilité aux maladies affecteront sévèrement leur productivité et réduiront leur zone de culture dans l’avenir», s’inquiètent les rapporteurs.

La qualité nutritive des produits agricoles pourrait également décliner. Une étude publiée en 2011 montre, par exemple, que la teneur en protéine du maïs diminue à mesure que la concentration de dioxyde de carbone augmente dans l’air. D’autres travaux montrent que pour une concentration de 550 parties pour million de CO2 (nous en sommes à 393 ppm), les teneurs de certaines cultures en protéines, en fer et en zinc baissent respectivement de 14% et de 15% à 30% par rapport au niveau actuel de CO2.

Les cultures ne seront pas les seules touchées. La plupart des animaux d’élevage se «complaisent» dans une plage de températures allant de 10°C à 30°C. Au-delà, la productivité (en lait, en viande) et la fertilité diminuent.

Attendu dans maintes régions, le changement de pluviométrie aura également de graves conséquences pour les plantations, pour la forêt (et les services qu’elle rend) et la sylviculture.

D’une façon générale, ce seront les populations les plus pauvres et les plus vulnérables qui subiront les effets les plus graves des conséquences des changements climatiques, notamment dans les zones rurales où les échanges sont plus difficiles que dans les régions urbanisées, prédisent les experts onusiens. «Un milliard de personnes, parmi les plus pauvres des pauvres, sont encore tributaires de la récolte de produits sauvages pour leur alimentation et leurs revenus», rappellent-ils. Un seul exemple: le bassin du Congo dont les riverains consomment, chaque année, 4,5 millions de tonnes de viande en provenance de la brousse et de la forêt.

L’insécurité alimentaire, pour les plus pauvres, annonce probablement, du moins dans certaines zones, une insécurité politique. Et dans le monde, annoncent les auteurs, ce sera la porte ouverte à une plus grande volatilité des prix des denrées alimentaires.

Malgré ce sombre tableau, les membres du HLPE ouvrent quelques pistes pour tenter d’inverser ces inquiétantes tendances. Ils recommandent, par exemple, d’améliorer les conditions de transport et de stockage de récoltes. D’ores et déjà, 13% des récoltes sont perdues, faute d’accès à des chambres froides ou à des silos efficients. Or la montée concomitante des températures et de l’humidité risque d’augmenter encore ce taux de perte.

Le bétail consommant 26% des récoltes, les experts onusiens recommandent, comme l’avait déjà fait la FAO il y a quelques années, de réduire notre consommation de viande, «laquelle est nocive pour la santé». Ils estiment aussi nécessaire de recourir moins fréquemment aux produits agro-alimentaires, jugés trop riches en sucres, en graisses et en huiles. A contrario, ils préconisent d’augmenter la consommation de riz, de blé et de maïs, mais aussi de fruits et de légumes.

Les auteurs suggèrent aussi d’informer particulièrement les femmes des pays en développement des périls climatiques. Une étude co-signée par la Banque mondiale et la FAO rappelle que, dans certains pays, les agricultrices produisent 60 à 90% de la production agricole alimentaire. Et elles sont souvent aussi chargées de l’approvisionnement en eau, en bois et de la préparation des repas.

La version définitive de cette étude devrait être rendue publique en octobre prochain. Ses principaux messages devraient perdurer d’ici là. Après tout, ils sont déjà contenus dans mains rapports et études de la FAO, de la Banque mondiale et du Giec[1]. Les politiques peuvent-ils encore dire qu’ils «ne savaient pas»?

 



[1] Giec: Groupement international d’experts sur l’évolution du climat

 



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