Excès de leucémies de l’enfant autour des centrales nucléaires françaises

Le 11 janvier 2012 par Geneviève De Lacour
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Existe-il une relation entre les réacteurs nucléaires et le risque de leucémie chez l’enfant? La question restait en suspens depuis qu’une étude allemande -la KiKK study- a décrit en 2007 un excès de leucémies chez les enfants de 0 à 4 ans autour des centrales nucléaires allemandes. Aujourd’hui, l’Inserm publie ses propres résultats qui concernent à la fois les centrales nucléaires. Résultat: l’excès de risque n’est pas négligeable.

470 nouveaux cas de leucémies chez l’enfant de 0 à 14 ans sont déclarés chaque année en France. 1% de ces cas seraient liés à des anomalies génétiques. Si des agrégats de leucémies ont été mis en évidence à proximité de certaines installations nucléaires, ces cas demeurent inexpliqués. Depuis les années 1980, l’existence ou non d’un risque accru de leucémie infantile à proximité d’installations nucléaires est donc une question récurrente.

En France, un groupe de travail a été constitué en 2008 suite à la publication l’année précédente d’une étude allemande qui a fait grand bruit (JDLE). La KiKK study faisait en effet état d’un excès de risques de leucémie chez les enfants de la naissance à 4 ans dans un périmètre de 5 kilomètres autour des centrales nucléaires allemandes. Mais les résultats de cette étude, considérés comme «étonnants» par les spécialistes français, demeurent isolés puisqu’ils n’ont été retrouvés ni en France ni en Grande-Bretagne (JDLE).

La communauté scientifique critique la méthodologie allemande et notamment un questionnaire réalisé uniquement par téléphone.

Jusqu’à ce que l’étude Geocap soit rendue publique. L’étudefrançaise intitulée «Childhood leukemia around french nuclear power plants – the Geocap study, 2002-2007», publiée le 5 janvier dernier dans la revue International Journal of Cancer montre en effet un excès de cas de leucémie chez des enfants de moins de 15 ans autour de 19 centrales nucléaires françaises et cela sur une période de 6 ans. Ce travail dirigé par Jacqueline Clavel de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), révèle une augmentation d’un facteur de 1,9 des cas de leucémie chez les enfants habitant dans les 5 km autour des centrales nucléaires françaises. Mais cet excès n'a pas été retrouvé sur une période plus longue de 18 ans.
 
L’enquête Geocap est une enquête cas-témoins qui inclut 2.753 enfants souffrant de leucémies et 30.000 témoins de la population générale –c’est-à-dire des enfants de moins de 15 ans en bonne santé. Les études cas-témoins sont particulièrement bien adaptées aux pathologies rares comme la leucémie. Les seules informations prises en compte par les scientifiques concernent l’âge, le sexe, et l’adresse géocodée. Aucune autre information individuelle n’est fournie. Les cas ont été obtenus grâce au registre national des tumeurs solides de l’enfant (RNTSE) tenu par le CHU de Nancy; tous ces cas ayant été diagnostiqués dans la période 2002-2007, dans toute la France métropolitaine.
 
L’exposition est évaluée en considérant uniquement la distance entre le lieu d’habitation et les sources d’exposition. Les niveaux d’exposition sont alors estimés par modélisation semi-quantitative.
 
Dans son étude Jacqueline Clavel, responsable du département d’épidémiologie environnementale des cancers à l'Inserm, relève 14 cas de leucémie d'enfants dans un rayon de moins de 5 kilomètres autour des 19 sites nucléaires sur la période de 2002-2007 alors que les taux d'incidence nationaux prédisaient la survenue de 7,4 cas en moyenne.
 
Mais lorsque l'on considère globalement la période 1990-2007, «cet excès de risque n'est pas retrouvé», souligne l’épidémiologiste, qui estime que le lien avec les très faibles radiations ionisantes émises par les centrales en fonctionnement normal ne peut pas être établi.
 
Globalement «cette étude suggère un excès de risque pour la période 2002-2007 dû à des facteurs inconnus dont l’un pourrait être la proximité aux centrales nucléaires», conclut le rapport de l’Inserm. Ces résultats nécessitent donc des investigations complémentaires afin de déterminer les différents facteurs à l’origine de ce risque.
 
Corinne Lepage a été la première à réagir à l’étude de l’Inserm. La candidate à l’élection présidentielle 2012 demande au ministre de la santé de mettre en place un suivi épidémiologique autour des centrales et des centres de recherches et de s’engager à en assurer l’entière transparence. «Il est par ailleurs indispensable que les coûts engagés par les incidences sanitaires qui seraient relevées soient prise en compte dans l’évaluation globale du coût du nucléaire», précise-t-elle dans un communiqué publié mardi 10 janvier.
 
 


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