Exagère-t-on l’érosion de la biodiversité ?

Le 20 mai 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Comment évaluer l'érosion de la biodiversité. That's the question !
Comment évaluer l'érosion de la biodiversité. That's the question !

Deux chercheurs l’affirment, beaucoup moins d’espèces que prévu disparaissent effectivement. Ce qui ne change pas radicalement les données du problème, rétorquent les biologistes.

Voilà une étude dont les résultats vont faire jaser, 7 mois seulement après le succès de la conférence de Nagoya sur la biodiversité [JDLE].
 
Dans un article publié mercredi 18 mai dans Nature, deux biologistes, américain et chinois, remettent en cause les évaluations de la perte de biodiversité.
 
Jusqu’à présent, les tendances étaient claires. Publiée en 2005, l’évaluation des écosystèmes pour le Millénaire indique qu’«au cours des 100 dernières années, les êtres humains ont multiplié le rythme d’extinction par au moins 100 par rapport au rythme d’extinction naturel».
 
Sur cette base, le 4e rapport d’évaluation du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), publié en 2007, affirme que 20 à 30% des espèces présenteront un plus grand risque d’extinction si la température moyenne globale s’accroît de plus de 1,5°C.
 
L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui publie la liste rouge des espèces menacées), estime juste que «chaque jour, nous perdons de la biodiversité à un rythme pratiquement 1.000 fois plus rapide que le rythme naturel».
Tout faux, estiment Stephen Hubbell et Fangliang He qui considèrent que les taux d’érosion des espèces animales et végétales avancés par leurs collègues, jusqu’à présent, sont jusqu’à deux fois supérieurs à la réalité.
 
«Les estimations antérieures devraient être globalement divisées par 2,5», affirme Stephen Hubbell, professeur d'écologie et de biologie évolutionniste à l'université de Californie (Los Angeles), en se fondant sur des «preuves mathématiques et des données empiriques».
 
Pour expliquer le résultat de leur calcul, les deux chercheurs rappellent que les biologistes chargés d’évaluer l’état de la biodiversité ne passent pas leur temps dans la jungle ou sous la mer à compter les individus. A partir du nombre d'espèces trouvées dans une surface donnée, les scientifiques estiment comment le nombre d'espèces va augmenter à mesure que la surface s'accroît. Pour estimer combien d'espèces resteront lorsque décroît la surface disponible, les chercheurs ont simplement fait les calculs en sens inverse depuis près de 30 ans.
 
Or, montre l'étude, la surface à prendre en considération pour s'assurer de la disparition du dernier individu d'une espèce est plus grande -généralement beaucoup plus grande- que celle qu'il faut étudier pour découvrir l'existence d'une nouvelle espèce.
«On ne peut pas simplement inverser le raisonnement pour calculer combien d'espèces devraient rester lorsque la surface se réduit», résume Stephen Hubbell qui trouve «choquant» que personne n'ait vu l'erreur plus tôt.
 
D'après des prévisions faites au début des années 1980, jusqu'à la moitié des espèces auraient disparu de la surface de la Terre en 2000. «Il est clair que cela n'a pas été le cas», relève le chercheur américain.
 «C'est une bonne nouvelle dans la mesure où cela donne un peu plus de temps pour sauver les espèces. Mais c'est une nouvelle malvenue parce que nous devons refaire une bonne partie des recherches qui n'ont pas été faites correctement», déclare-t-il.
Des estimations que la nouvelle étude remet en question. «Cela ne veut pas dire que la biodiversité n'est pas gravement menacée», soulignent les deux auteurs, invitant à revoir la méthode de calcul.
 
 On s’en doute, l’article n’a pas reçu partout un accueil chaleureux. Interrogé par la BBC, Jean-François Vié se montre assez critique. «Nous savons que les espèces ne sont pas uniformément réparties dans un écosystème. Nous savons aussi que la perte d’un écosystème n’est pas la seule menace», rappelle le directeur adjoint des programmes de l’UICN. Le vétérinaire craint aussi les usages que pourraient faire des résultats d’une telle étude des personnes ou des institutions mal intentionnées à l’égard de la protection de la nature.
 
Pour Janet Ranganathan, l’article de Nature ne change pas radicalement les données du problème. «Les deux tiers des grands écosystèmes ont été dégradés au cours des 50 dernières années. Et la trouvaille de Stephen Hubbell et de Fangliang He ne change rien au fait, estime la vice-présidente du World Resource Institute, qu’il faut urgemment les protéger si l’on veut préserver la biodiversité.»
 
Selon l’UICN, le nombre d’espèces varie de 5 à 30 millions, avec une estimation plus communément citée allant de 8 à 14 millions. Parmi celles-ci, environ 1,8 million seulement ont été décrites.


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