Evolution climatique: il faut adapter les forêts

Le 04 mars 2009 par Sonia Pignet
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forest03
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La tempête Klaus, qui a balayé le Sud-ouest français en début d’année, a montré une fois de plus la fragilité des forêts face aux aléas climatiques. D’après les prévisions du GIEC, elles seraient même gravement menacées d’ici une quarantaine d’années. Pour les sauvegarder, la Société forestière dessine dès à présent le visage des futures forêts françaises.

Adieu hêtres et chênes pédonculés, bonjour tilleuls, eucalyptus, châtaigniers et pommiers… «La forêt française en 2100 ne sera pas du tout la même que celle de 1900», indique Laurent Piermont, président-directeur général de la Société forestière (1). D’après les prédictions des experts du GIEC, à partir de 2050, la canicule de l’été 2003 ne sera plus un événement extraordinaire, mais deviendra la norme. Or, si les arbres des forêts françaises peuvent supporter une ou deux canicules dans leur vie, ils ne pourront pas survivre si cela survient tous les trois ans. De plus, si ce n’est évidemment pas la première fois dans l’histoire de la Terre que les forêts ont à s’adapter à d’importants changements climatiques, ce serait la première fois, si les prévisions se révèlent exactes, que de tels changements interviendraient si rapidement. «D’après le GIEC, la vitesse de l’évolution du climat est supérieure à celle d’adaptation des arbres», explique Laurent Piermont. Résultat: certaines essences risquent de disparaître des forêts françaises à la fin du siècle, à l’image du chêne pédonculé (très commun dans les plaines de France) ou du hêtre, avec des conséquences sur la biodiversité, et l’industrie liée à la sylviculture.

Devant la menace d’une telle catastrophe écologique et économique, la Société forestière a décidé en 2003 de prendre en compte l’hypothèse du réchauffement climatique, pour pouvoir anticiper. «Nous pensons que le coût de l’inaction est plus élevé que celui d’une action précoce, malgré les erreurs de stratégie nécessairement liées à une action en amont», explique Laurent Piermont. Lors d’une première phase (2006-2008), la Société forestière a commencé à explorer quelques pistes, en mettant l’accent sur les problèmes liés aux canicules. Elle entre aujourd’hui dans la seconde phase des «nouvelles orientations de gestion des forêts pour trois ans» et, actualité oblige, s’intéresse de plus près aux conséquences des tempêtes, qui pourraient être de plus en plus violentes dans les années à venir. Elle a dévoilé mardi 3 février le menu de ce second plan d’action triennal: maintien des orientations définies lors de la première phase, approfondissement de certains points et réalisation d’une cartographie locale des risques liés au changement climatique.

Parmi les orientations de 2006, il y avait l’accélération des révolutions pour les peuplements arrivant à maturité avant 2050. Grâce à quoi Laurent Piermont estime que 150.000 mètres cubes de bois ont été épargnés lors de la tempête Klaus, puisque collectés avant. Pour les espèces arrivant à maturité au-delà de 2050, la Société forestière avait préféré favoriser le développement d’essences de transition, pouvant supporter le climat actuel, comme le climat à venir. Parmi les espèces qui pourraient constituer les forêts futures, elle a opté pour le chêne sessile, les tilleuls à grandes feuilles, les robiniers et eucalyptus en plantation (car ils ont tendance à proliférer aux dépens d’autres essences), les pommiers, ou encore les pins maritimes, les sapins de Turquie et les Douglas en ce qui concerne les résineux. De quoi changer radicalement l’aspect des forêts françaises! Ces travaux de diversification vont se poursuivre les trois prochaines années. Outre l’identification des risques et opportunités à l’échelle locale (avec in fine la réalisation d’une cartographie des risques liés au changement climatique), le plan 2009-2011 prévoit aussi de travailler à l’amélioration de la rétention de l’eau par les sols et s’intéressera de plus près à l’intégration des risques liés aux tempêtes, notamment en travaillant à l’échelle des paysages régionaux et non plus des forêts.

Si la Société forestière ne gère que 237.000 hectares sur les 15,5 millions d’hectares de forêts françaises, ses travaux permettront de donner des pistes aux forestiers pour affronter au mieux les changements climatiques. «Nous avons travaillé en collaboration avec FNE [France nature environnement] et les grandes collectivités pour ce qui concerne la sauvegarde de la biodiversité, ainsi qu’avec l’Inra [Institut national de la recherche agronomique] et tous les organismes qui s’occupent de la forêt, précise Laurent Piermont. Notre seule originalité: nous être mis en mouvement dès 2003, mais la réponse viendra des grands organismes tels que l’ONF [l’Office national des forêts]». Les acteurs de la recherche, de la formation et du développement se retrouveront d’ailleurs très prochainement, puisqu’un Réseau mixte technologique sur les forêts et le climat sera lancé le 13 mars prochain.

Malgré les problèmes engendrés par les changements climatiques, Laurent Piermont est confiant: «en anticipant, une nouvelle forêt saura prendre la relève», affirme-t-il. D’autant que le réchauffement climatique présente un avantage pour la sylviculture: une productivité plus élevée de 30% environ, grâce à la diminution des gels et à l’augmentation de la teneur en gaz carbonique nécessaire à la photosynthèse.

(1) La Société forestière, créée par la Caisse des dépôts en 1966, est l’une des premières sociétés de gestion de forêts et d’espaces naturels. Elle gère aujourd’hui plus de 1.000 forêts pour le compte de grands groupes institutionnels (banques, assurances), ainsi que pour des groupements forestiers et des propriétaires privés.


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