Eviter, réduire, compenser: comment rétablir l’équilibre?

Le 16 septembre 2016 par Romain Loury
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Les enjeux écologiques souvent au second plan
Les enjeux écologiques souvent au second plan

Lors des travaux d’aménagement, la séquence «éviter, réduire, compenser» (ERC) est souvent réduite à sa dernière composante. La loi biodiversité, promulguée en août, pourrait toutefois ouvrir de nouvelles perspectives. Le sujet est revenu sur la table lors des 6èmes Assises nationales de la biodiversité, qui se sont tenues du mercredi 14 au vendredi 16 septembre à Clermont-Ferrand.

Face aux enjeux économiques, c’est souvent la compensation qui emporte la part du lion lors des travaux d’aménagement, au détriment de l’évitement et de la réduction. Pourra-t-on rétablir l’équilibre? Auteur en 2013 d’une thèse au MNHN[i] sur la compensation -la première sur le sujet en France-, Baptiste Regnery, chargé de mission sur le patrimoine naturel à l’Observatoire régional de l’environnementde Poitou-Charentes, répond au JDLE.

JDLE: La loi biodiversité vous semble-t-elle un bon outil pour remettre l’évitement à sa juste place?

Baptiste Regnery: Cette loi constitue une avancée majeure en matière d’ERC. Elle nous fait passer d’une logique d’objectifs de moyens à une logique d’objectifs de résultats: celle d’une absence de perte nette de biodiversité. Cela nous amène à conduire une réflexion sur la performance globale de la séquence ERC, depuis ses premières étapes. Elle nous oblige à réfléchir sur la manière dont on peut éviter au mieux. La compensation joue certes un rôle important, mais elle est souvent limitée dans sa capacité à contrebalancer des impacts d’aménagement.

JDLE: Dans les faits, quelles sont les actuelles stratégies d’évitement? La loi biodiversité apporte-t-elle de nouveaux éléments en la matière ?

Baptiste Regnery: Il nous manque actuellement un cadrage de l’étape d’évitement. Dans les premières étapes de réflexion des projets, les enjeux écologiques sont encore souvent relayés au second plan, rognés au profit de la compensation. Les maîtres d’ouvrage disposent d’une grande liberté dans la façon d’apprécier l’évitement, et les écologues auxquels ils font appel manquent parfois d’outils et de retours d’expérience en la matière. Il nous faut apporter des éléments de méthode sur cette étape, mais pour l’instant nous manquons d’exemples concrets. La loi biodiversité n’apporte pas de cadre spécifique à l’évitement, même si elle y contribue de manière indirecte à travers l’objectif d’absence de perte nette.

JDLE: Sans stratégie bien définie d’évitement, comment s’y prend-on dans les faits?

Baptiste Regnery: L’appréciation s’effectue au cas par cas. Bien souvent en pratiquant un évitement de type géographique, celui des espaces les plus préoccupants, ce qui constitue en fait un contournement. De ce fait, il y a une part de nature qu’on accepte de ne pas éviter, et donc une part de biodiversité qui n’est pas prise en compte. Or éviter, ce n’est pas seulement contourner un secteur écologique c’est aussi parfois renoncer ou faire autrement. A ce jour, cette dimension de l’évitement demeure très marginale. Or il existe de nombreuses pistes, notamment sur les plans techniques, organisationnels ou en matière de choix de développement. C’est d’ailleurs tout le sens du débat que l’on a eu aux Assises nationales de la biodiversité: nous devons apporter de nouvelles idées pour les prochaines années.



[i] Muséum national d’histoire naturelle

 



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