Eviter les substituts au bisphénol A, en attendant les études des industriels

Le 09 avril 2013 par Marine Jobert
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Certains biberons et de la vaisselle pour enfant contient du bisphénol S.
Certains biberons et de la vaisselle pour enfant contient du bisphénol S.
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«Il n’y a pas de substitut universel au bisphénol A». C’est Dominique Gombert, le directeur des évaluations des risques au sein de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), qui énonce ce que les industriels apprennent peu à peu à leurs dépens, depuis que s’accumulent les preuves que le bisphénol A (BPA) est un perturbateur endocrinien. Car du point de vue industriel, le BPA est un produit aux propriétés multiples et précieuses. On en trouve dans les résines époxy qui gainent les boîtes de conserve, mais aussi comme réactif pour la fabrication des retardateurs de flamme[1], dans l’industrie des peintures, comme co-formulant dans des fongicides ou comme polymères utilisés dans des produits cosmétiques fabriqués hors de l’Union européenne. C’est le domaine de la construction (26%) qui en est le plus utilisateur.

 

Poursuivant un travail démarré en 2011 sur les produits de substitution disponibles, «et, si possible les données relatives à leur innocuité et leur efficacité», l’Anses a identifié 73 familles de substituts. 21 concernent le plastique blanc (polycarbonate), 18 la résine époxy, 34 le papier thermique et 33 sont plus spécifiques aux contenants alimentaires. L’agence s’est concentrée sur les seuls exemples qui ont déjà fait concrètement l’objet d’une substitution par des industriels. En effet, «certaines alternatives sont actuellement utilisées sur les marchés européens ou non européens». Des substances couvertes pour la plupart par le règlement communautaire Reach. Mais, prévient l’agence, «le recensement des données disponibles sur la toxicité des alternatives potentielles au bisphénol A indique que (…) la plupart de ces composés chimiques (…) n’ont pas (…) fait l’objet d’essais complets dans le domaine de la toxicité. C’est particulièrement le cas des effets sur la reproduction et/ou le caractère perturbateur endocrinien.» Une situation qui rend Marc Mortureux, le directeur de l’Anses, enclin à la plus grande prudence: «Nous préconisons d’éviter les substitutions pour lesquelles nous n’avons pas toutes les garanties d’innocuité. Il est de la responsabilité des industriels d’en faire la démonstration».

 

Même prudence extrême concernant les autres composés de la famille des bisphénols, dont l’Anses a évalué 7 membres. A savoir les bisphénols B, M, S, F, AP, AF et BADGE. En passant en revue la littérature et en analysant les études épidémiologiques et expérimentales consacrées à ces bisphénols, l’Anses considère que «la structure chimique commune aux composés de la famille des bisphénols leur confère des propriétés œstrogéniques». Soit la définition même des perturbateurs endocriniens. Trois de ces substances – S, F et AP- sont des substituts potentiels du BPA, qui ont été notamment utilisés en tant que révélateurs dans les papiers thermiques. L’attention est particulièrement attirée sur le cas du BPS [JDLE], que l’Anses a retrouvé dans un quart des tickets de caisse qu’elle a testés. «Les trois tickets qui affichaient une mention ’sans BPA‘ ne contenaient effectivement pas de BPA détectable, et contenaient du BPS», précise l’Anses dans son rapport. La demande de Delphine Batho de proposer «dès les prochains mois à la Commission européenne l'interdiction du bisphénol A dans les tickets thermiques» pourrait donc s’avérer en décalage avec la réalité observée par l’Anses.

 

Une situation dénoncée par le réseau Environnement-santé (RES), qui pointe le fait que «plusieurs marques de biberons[2] ont adopté le polyéthersulfone (PES) qui est à base de BPS. Les consommateurs ne pourront avoir confiance que lorsque l’industrie chimique cessera ce petit jeu cynique où un toxique chasse l’autre et adoptera une vraie approche globale de chimie verte pour concevoir des produits dépourvus de PE», s’inquiète Yannick Vicaire, chargé de mission au RES. De fait, les connaissances scientifiques concernant les substituts sont très lacunaires, «ce qui doit inciter à la plus grande précaution en matière de substitution par ces composés», prévient l’Anses.

 

Enfin, l’Anses a organisé une douzaine d’auditions «pour éclairer les interrogations de la société sur les perturbateurs». Il en ressort que la diversité des définitions des perturbateurs endocriniens – et du coup la diversité des substances concernées, leurs effets, les méthodes retenues- finit par devenir problématique pour la mise en œuvre de la recherche, de l’évaluation du risque sur la santé et l’établissement d’une réglementation. Des interrogations auxquelles les réflexions en cours au plan européen et mondial pourraient répondre d’ici un an ou deux. «Le champ des perturbateurs endocriniens déborde aujourd’hui largement le champ scientifique propre, s’inscrivant dans un positionnement social, idéologique et politique», conclut l’Anses.



[1] Egalement identifiés comme des perturbateurs endocriniens (PE).

[2] Ainsi que des marques de vaisselle pour enfants.

 



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