Evaluer les écosystèmes pour mieux les protéger

Le 27 août 2012 par Stéphanie Senet
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L'évaluation économique des écosystèmes va-t-elle se développer ?
L'évaluation économique des écosystèmes va-t-elle se développer ?

A l’occasion de la Semaine mondiale de l’eau, qui se déroule du 26 au 31 août 2012, le WWF publie un rapport sur l’évaluation économique des écosystèmes d’eau douce. L’occasion de rappeler que leur protection présente aussi un intérêt économique.

Des réserves de biodiversité, des espaces d’activités, des ressources en eau… Les services rendus par les milieux naturels sont nombreux. Certains experts se sont déjà penchés sur leur valeur, distinguant 5 catégories différentes: la valeur directe (bois, élevage, culture, plantes médicinales), la valeur d’existence ou l’héritage à préserver (biodiversité, paysages, sites touristiques), la valeur de legs (patrimoine naturel transmis aux prochaines générations), la valeur indirecte (qui cible les installations dont la disparition serait néfaste aux écosystèmes comme les barrages de retenue ou les stations de traitement des eaux usées), enfin la valeur d’option (qui révèle le potentiel encore ignoré des écosystèmes comme les vertus de certaines plantes).

Bien sûr, certaines de ces données sont extrêmement difficiles à chiffrer. Comment évaluer, par exemple, les effets sur la santé du bon état des réseaux d’eau potable? Au contraire, les valeurs d’usage (directe et indirecte) forment les statistiques les plus fiables.

Dans son rapport, l’association répertorie 5 méthodes de calcul, leurs avantages et leurs inconvénients. La première d’entre elles, l’évaluation par les prix du marché, consiste à chiffrer la production annuelle de biens marchands permise par l’écosystème. Ensuite, la méthode des coûts de remplacement évalue l’équipement remplaçant l’écosystème si celui-ci disparaissait (par exemple le montant d’une usine de traitement des eaux si la fonction naturelle d’épuration devait s’arrêter). La troisième méthode, dite des dommages évités, a un champ d’application plus réduit. Elle peut notamment évaluer une zone humide, dans la mesure où celle-ci évite des dommages en cas de crue. Enfin, la méthode du «consentement à payer», plus difficile à appliquer, révèle le prix que les usagers et les non-usagers d’un site sont prêts à payer pour son maintien en bon état.

A toutes ces valeurs, le WWF préconise de ne pas appliquer le traditionnel taux d’actualisation cher aux économistes. Celui-ci donne une valeur actuelle à une valeur future en partant de l’hypothèse que les bénéfices futurs seront moindres compte tenu des progrès technologiques. Au contraire, la rareté croissante des écosystèmes risque d’accroître chaque année leur valeur, pointe l’étude, qui préfère un taux d’actualisation nul, voire négatif. Cette recommandation était d’ailleurs déjà inscrite dans l’étude Teeb, réalisée par l’économiste indien Pavan Sukhdev et publiée en mai 2008. Une étude qui estimait à 7% du PIB mondial l’inaction en matière de protection de la biodiversité pour 2050 (voir JDLE).

Si l’évaluation économique des écosystèmes peut être contestée (en donnant une valeur monétaire à la nature, on faciliterait les dommages), le WWF semble conclure à leur nécessaire utilisation, afin d’accroître les chances d’être entendu par les décideurs. Tout en précisant qu’il s’agit de valeurs a minima, qui ne prennent pas en compte toute la complexité de la nature.

Pour illustrer cette démarche, l’association a intégré dans son rapport deux études de cas, réalisées à Lons-le-Saunier (Jura) et à Paris avec la méthode des coûts de remplacement. Ainsi, pour traiter les polluants d’origine anthropique présents dans l’eau (nitrates et pesticides), la capitale a investi 17 millions d’euros dans deux usines de traitement. Des chiffres qui devraient inciter à réduire l’utilisation de ces produits chimiques et préférer la prévention aux solutions curatives. En effet, le WWF a calculé que si la qualité des eaux se dégradait, la généralisation des traitements des nitrates coûterait entre 53 et 69 M€ par an alors que des mesures de prévention, comme la hausse des conversions en bio, ne s’élèverait qu’à 21 M€ par an pour le bassin Parisien.



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