Evaluation des risques de l'épandage des boues

Le 20 décembre 2005 par Christine Sévillano
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epandage
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Deux guides viennent désormais faciliter la mise en œuvre de la réglementation sur les autorisations d'épandage des boues de station d'épuration.

Des experts de divers organismes ont présenté 2 guides sur l'épandage des boues de station d'épuration lors d'un colloque organisé par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) le 16 décembre. Le premier, rédigé par l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) (1), propose une méthode d'évaluation quantitative des risques chimiques et d'évaluation qualitative des risques microbiologiques liés à l'épandage des boues. Le second, élaboré par l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) et l'Ecole nationale des ingénieurs en travaux agricoles (Enita) (2), se concentre davantage sur la demande de dérogation à l'interdiction d'épandage des boues dans le cas de sols présentant des teneurs naturelles élevées en éléments traces métalliques (ETM).

Guillaume Gay de la direction des risques chroniques de l'Ineris a ainsi rendu compte de l'application de la méthodologie sur les substances chimiques à une filière de boues urbaines dans l'Oise. «Nous n'avons fait aucune mesure sur le terrain, nous nous sommes fondés sur le contenu du dossier», souligne-t-il. Quinze parcelles sont amendées, réparties sur 6 communes pour 15,7 à 20,3 tonnes de matières fraîches à l'hectare. Des teneurs en ETM ont été relevées sur 6 parcelles et les paramètres physico-chimiques, connus pour 10 parcelles, révèlent des sols majoritairement limoneux (68%). Les concentrations d'ETM et de composés traces organiques (CTO) dans les boues sont conformes à la réglementation française et même aux teneurs plus sévères contenues dans le projet de directive européenne prévue pour une application en 2025.

Sur la base de seuils d'organismes étrangers (américains ou hollandais) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'analyse du cas de l'Oise montre que les risques sont acceptables, c'est-à-dire infimes pour les consommateurs, puisqu'un adulte sur 100 millions a le risque de développer une pathologie. Les risques les plus élevés sont pour les agriculteurs dans une situation d'exposition directe, et c'est surtout l'exposition au nickel qui fait monter les statistiques. Une méthode qui a cependant ses limites puisque les experts n'ont pas pris en compte le phénomène de bioaccumulation, en raison d'un manque de connaissance scientifique. «On ne sait pas quelles sont les substances que le corps va conserver», souligne Guillaume Gay. Pour le plomb, l'analyse n'a pas pris en compte des éventuels effets cancérigènes. Elle a également négligé la dégradation des PCB dans le temps. Autant de variables qui pourraient modifier le résultat dans un sens ou dans l'autre. De même, les résultats ne prennent pas en compte la présence de produits phytosanitaires dans les sols agricoles.

«Même si nous l'avons testée avec des paramètres majorants, cette méthodologie, qui tend à être une référence pour renseigner le volet sanitaire des études d'impact dans les dossiers d'autorisation, a besoin d'être éprouvée grâce à des retours d'expérience», assure l'expert de l'Ineris. Un problème demeure: le guide sur l'évaluation des risques est destiné aux professionnels et la version vulgarisée manque. Pour Denis Wirbel du Syprea, ces résultats sont plutôt encourageants: «Il nous faut maintenant communiquer cet outil aux prescripteurs qui influent sur les cahiers des charges imposés aux agriculteurs au nom du principe de précaution, mais aussi aux acteurs européens qui révisent la directive pour une baisse des seuils. Ils doivent donner des justifications», argumente-t-il. En outre, le représentant du Syprea demande la poursuite du travail sur l'évaluation des risques et l'amélioration de l'hygiénisation des produits de station d'épuration.

Pour autant, ce travail va-t-il suffire à dissiper les craintes? Frédéric Dor de l'Institut de veille sanitaire (INVS) propose de parler ouvertement des lacunes des recherches scientifiques en matières de risques sanitaires: «Il existe peut-être des substances qu'on n'a pas prises en compte aujourd'hui par méconnaissance, et qu'on réintègrera plus tard dans nos analyses. De plus, les populations, focalisées sur leur qualité de vie, demandent à savoir», conclut-il.



(1) Et en pilotage avec l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), le Syndicat professionnel du recyclage en agriculture (Syprea) et le Syndicat professionnel des distributeurs d'eau (SPDE).

(2) Avec l'Ademe et des ingénieurs de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (Apca).




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