Eva Joly: tout un programme

Le 20 décembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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100 pages pour changer la vie.
100 pages pour changer la vie.

Pesant une centaine de pages, le programme électoral de la candidate d’EELV vise à réconcilier l’homme et la nature, l’industrie et les territoires, la France et l’Europe. Ce qui n’exclut pas, bien au contraire, de s’intéresser fortement à l’environnement. Morceaux choisis.

En 1981, François Mitterrand voulait changer le monde avec ses 110 propositions, dont 3 seulement concernaient l’environnement. Trente ans plus tard, Eva Joly veut engager la France «vers la société écologique», grâce à un méga-programme s’étalant sur 102 pages.
 
Adopté en début de semaine, «Vivre mieux, vers la société écologique», n’est pas un catalogue de mesures ni une brochette de bonnes idées. N’en déplaisent aux pourfendeurs des «Khmers verts», il s’agit là d’un programme souvent ambitieux, qu’un Jacques Chaban-Delmas aurait pu cataloguer dans ses projets de Nouvelle société.
 
 
Plus sérieusement, le programme d’Europe-Ecologie-les Verts (EELV) touche véritablement à tout. Il prône la réduction de l’empreinte écologique de notre société, un environnement plus sain, une économie écologique au service des populations, une nouvelle organisation de l’éducation et de la recherche, une société plus ouverte. Le tout devant aboutir à une «6e République dans une Europe fédérale.»
 
Sur la centaine de pages que pèse le document, les chapitres touchant à la protection de l’environnement s’étendent sur une trentaine. Ce qui est inédit, pour le moment: tous les candidats n’ont pas encore publié leur profession de foi.
 
Le titre du chapitre consacré à l’énergie annonce la couleur: «Se libérer de la dépendance aux énergies fossiles et au nucléaire». Sans surprise. Mais pour se libérer tout à la fois de l’atome et du charbon, EELV fait montre d’imagination: réforme des marchés carbone, taxation carbone des transports internationaux, taxe carbone aux frontières de l’Europe, contribution Climat-énergie, tarification de l’énergie progressive en fonction des kilowattheures consommés, réforme du mécanisme des certificats d’économie d’énergie. Autant de propositions (sortie du nucléaire en 2031 mise à part) auxquelles pourraient souscrire des politiques de tout bord.
 
Les énergies renouvelables devant assurer 40% de la production d’électricité en 2020 (contre 11,7% aujourd’hui), les Verts et leurs alliés entendent simplifier les tarifs, les procédures et le cadre règlementaire. Les citoyens pourront directement investir dans les fermes éoliennes ou solaires, en devenant coopérateurs ou actionnaires de projets. Déjà en déficit à cause du blocage gouvernemental et de l’explosion des énergies solaires et éoliennes, la Contribution au service public de l’électricité (que paient tous les consommateurs d’électricité) sera réformée. Sans que l’on sache comment.
 
Pour assurer sans doute une plus grande efficacité des marchés de l’énergie, les groupes EDF et GDF Suez seront atomisés, si l’on peut dire. Les écologistes souhaitent notamment séparer, plus que comptablement (ce qui est le cas aujourd’hui) les activités de production, de transport et de distribution. Cela n’est jamais que le souhait exprimé depuis des années par la Commission européenne.
 
Rappelant, fort à propos, que le bâtiment consomme 43% de l’énergie primaire, EELV milite «pour des investissements forts dans la réhabilitation». «En 2017, 500.000 logements par an devront être rénovés», avancent les rédacteurs. Une ambition pas si éloignée de celle de la loi Grenelle I qui fixe un rythme de 400.000 logements à rénover par an à compter de 2013. Problème, ni du côté de EELV, ni sous les ors de l’hôtel de Roquelaure, on n’a encore trouvé de moyens pérennes de financer un si beau projet.
 
Pour réduire l’empreinte carbone des transports, les partisans d’Eva Joly ne prétendent pas mettre, comme les cyclistes européens [JDLE], tout le monde sur un petit vélo. Ils privilégient plutôt le développement des trains régionaux (les régions devenant pour l’occasion autorités organisatrices de mobilité durable) et les transports publics de proximité. Les tarifs de péages autoroutiers sont modulés en fonction des émissions de chaque véhicule. Sur tous les axes, la limite de vitesse sera abaissée, de même qu’en ville où fleuriront les zones 30. Ou comment développer les Zapa[1] plus vite que prévu?
 
Afin de «protéger et restaurer la nature et respecter l’animal», les écolos entendent lancer «un moratoire sur les OGM et les gaz de schiste» (quels rapports entre les deux?). Les trames vertes et bleues seront opposables à tout projet d’aménagement. Les biotechnologies et les phytosanitaires seront «mis à l’écart». Les nitrates, les pesticides et le recours à l’irrigation seront fortement taxés. Les aides publiques à l’agriculture seront «bio-conditionnées». En taxant l’urbanisation des terres agricoles, le gouvernement Vert financera l’acquisition de champs destinés à être convertis à la culture bio. Les aides aux cultures «énergétiques» seront interdites. A contrario, la production d’agro-matériaux (chanvre, pailles) sera aidée.
 
Une loi donnera le statut «d’être vivant» à l’animal. L’organisation de la chasse sera revue de fond en comble, notamment pour réformer le fonctionnement des associations de chasse, l’octroi du permis et interdire certaines chasses «particulièrement cruelles».
 
La gestion de l’eau apparaît comme l’un des projets les plus ambitieux, pour ne pas dire utopique, de la candidate écologiste. Reconnue comme un patrimoine de l’humanité (au même titre que la gastronomie française?), l’eau «doit être protégée des prévarications et pollutions». Raison pour laquelle EELV veut la fin de l’accord général sur le commerce et les services. Pour succéder à cet accord, instituant tout de même l’Organisation mondiale du commerce, Eva Joly préconise la création d’un autorité mondiale de l’eau (en remplacement du Conseil mondial, très lié aux multinationales françaises du secteur), laquelle garantirait le respect d’un contrat mondial de l’eau.
 
Parce qu’il faut aussi réduire la consommation d’or bleu, les écolos proposent d’appliquer les lois existantes, de généraliser les programmes d’économie et de doubler les réseaux, histoire de ne pas arroser les trottoirs avec de l’eau potable. Les tarifs dégressifs accordés à certains industriels seront supprimés. Et les agriculteurs devront payer leur prélèvement.


[1]Zones d'actions prioritaires pour l'air


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