Eva Joly: «Pour que les sujets d’environnement soient traités, je dois être pédagogue»

Le 07 février 2012 par Geneviève De Lacour
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Eva Joly présentera son programme samedi 11 février.
Eva Joly présentera son programme samedi 11 février.

A 4 jours de la publication de son programme officiel, la candidate d’Europe-Ecologie-les Verts répondait aujourd’hui 7 février aux questions des membres de l’Association des journalistes de l’environnement (AJE). L’occasion pour l’ancienne magistrate de revenir sur les thèmes évoqués lors du meeting de France Nature Environnement à Montreuil et de développer le sujet de la fiscalité verte ou du rôle des collectivités locales.

Parler d’environnement pour une candidate écologiste devrait être simple. Pas si évident quand on s’appelle Eva Joly et que votre appétence politique va plutôt à la justice, la fiscalité ou la gouvernance. Alors elle se défend. «Je ne peux pas parler seulement de justice et de nouvelles institutions, il faut aussi traiter tout le reste.» Elle évoque la biodiversité et le succès des écologistes dans la défense du grand hamster d’Alsace avant d’évoquer les thèmes de santé publique, d’aménagement du territoire ou d’agriculture. Mais sur ces sujets, la candidate semble moins à l’aise.

Avant de présenter son programme, cette femme de dossiers, comme elle aime à se définir, novice en politique, admet en évoquant l’accord PS-EELV que «la politique, c’est avant tout un rapport de forces».

Elle attaque donc son programme de campagne avec un sujet fort, celui de la santé et de l’environnement. Pour voir réduire le nombre de nouveaux cancers diagnostiqués chaque année, Eva Joly insiste sur l’importance d’une alimentation saine, basée sur une agriculture sans pesticides, sur la qualité des eaux et de l’air. Pour éviter de nouveaux scandales sanitaires, elle veut interdire à ceux qui sont liés aux donneurs d’ordre de jouer un rôle d’expert. Elle souhaite également lier questions sociales et environnementales. Selon elle, les syndicats deviennent très sensibles à l'environnement car ils ont compris que «le non-respect des règles environnementales en Uruguay ou en Malaisie est une menace pour leurs emplois».

Si pour la candidate écologiste, le Grenelle Environnement «a fait du bien à la démocratie», la priorité d’Eva Joly en cas de victoire sera de faire voter une grande loi d’urgence écologique avec un moratoire sur les grands travaux, dont certains ont été décidés depuis déjà 40 ou 50 ans. C’est le cas de l’aéroport de Notre Dame des Landes, projet des socialistes qu’elle souhaite voir gelé avant de rouvrir les discussions. Dans le même sens, la candidate écologiste n’est pas non plus favorable à la construction de nouvelles lignes TGV. Elle prône une réduction drastique des émissions de CO2 en appliquant le principe de non-régression, c’est-à-dire qu’aucune loi aboutissant à une augmentation des rejets de CO2 ne puisse être votée.

Pour lutter contre l’étalement urbain ou l’artificialisation des sols, pour favoriser la rénovation du bâti, Eva Joly souhaite que les permis de construire ne soient plus accordés par le maire mais par l’intercommunalité. Favorable à une grande réforme des collectivités locales, «dans le pays le plus jacobin de la terre», Eva Joly remet au goût du jour la décentralisation. Une proposition connue des socialistes puisqu’il s’agit de la 54e des 110 propositions faites par François Mitterrand en 1981. Dans un audacieux rapprochement, Eva Joly lie centralisme et centrales nucléaires.

Et celle-ci de continuer sur le thème des énergies renouvelables qu’elle souhaite voir poussées par la volonté des territoires. «Il faut arrêter de chauffer sa maison à 25°C quand il fait -30°C dehors, quand on sait par ailleurs que les centrales nucléaires vont nous exploser à la figure dans moins de 15 ans

Moquant la proposition de François Bayrou sur le «Made in France», idée du passé selon elle, Eva Joly préfère relocaliser la production, permettant de revitaliser les territoires en favorisant les circuits courts. Principal défi de cette proposition: la densification de l’espace communal pour éviter l’étalement urbain et le grignotage des terres arables.

En matière de fiscalité, la candidate EELV propose une révolution fiscale verte qui s’appuiera sur un impôt plancher de 17% des bénéfices des grandes multinationales. Lesquelles paient en moyenne l’équivalent de 8% de leurs bénéfices. «Notre fiscalité est totalement injuste puisqu’elle repose essentiellement sur la classe moyenne.» Avant d’annoncer la fin des mesures qui favorisent les pollutions, les pesticides et la taxation de la production d’électricité nucléaire. Elle propose également de taxer les émissions de CO2 et de redistribuer ces prélèvements aux plus précaires à travers des chèques verts.

En conclusion, Eva Joly rappelle la petitesse de ses moyens: un budget de campagne de 2 millions d'euros, «la moitié de ce qu'avait Noël Mamère en 2002 sans tenir compte de l'augmentation du coût de la vie» et une équipe réduite à 9 personnes.

«Je dois être pédagogue pour que les sujets environnementaux soient traités», précise-t-elle. «J’aime parler à l’intelligence et à la sensibilité des citoyens en essayant de porter le message dans sa complexité». Une politique «anti-simplisme» bien différente de celle de ses opposants puisque «les autres candidats n’ont que des postures», ajoute Eva Joly. Pour l’instant, cette stratégie ne lui semble pas favorable. Le sondage Ipsos Logica business, daté du 7 février, la crédite d’un score inférieur à 2% des intentions de vote: trois fois moins que Noël Mamère, en 2002.

 



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