Européennes: des listes en (dés)ordre de bataille

Le 22 mai 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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2686 candidats français pour 79 sièges au parlement européen.
2686 candidats français pour 79 sièges au parlement européen.

Sur les 34 listes françaises en lice pour les élections européennes, une demi-douzaine ont une chance d’envoyer des députés à Bruxelles et à Strasbourg. Voici leurs programmes.

 

Plusieurs records risquent d’être battus à l’occasion des élections européennes, dont le scrutin français se déroule le 26 mai. Le plus attendu est le taux d’abstention. En début de semaine, plusieurs études tablaient sur un taux de participation des électeurs français inférieur à 40%. Datant de 2009, le record de 59,4% de taux d’abstention pourrait être battu. Autre performance, validée cette fois, le nombre de listes est inédit. En 1999, dernier scrutin avec une circonscription unique, les Français avaient dû choisir entre 20 listes de 87 candidats. Dimanche, ils auront peut-être à sélectionner l’une des 34 écuries en lice. Peut-être, car certaines listes (comme les royalistes ou le parti pirate) n’ont pas les ressources nécessaires pour faire imprimer les bulletins à jeter dans l’urne. Leurs partisans sont invités à le faire eux-mêmes sur leur imprimante.

Jamais non plus dans l’histoire de l’élection des eurodéputés, les candidats n’avaient autant parlé d’environnement, d’écologie, de changement climatique et de biodiversité. Cette évocation doit être confrontée aux programmes. Or il y a souvent loin de la coupe aux lèvres.

Les manques du RN

Dans son manifeste, le Rassemblement national (RN) propose de «faire de l’Europe la première civilisation écologique du monde». Rien de moins. A la lecture de ce document de 76 pages, on ne trouve trace ni d’énergie, ni de climat, ni d’eau, ni de déchets, ni d’économie circulaire, ni d’animaux, ni d’océan. Au détour de la page 70, on apprend enfin que la formation de Marine Le Pen souhaite que les Etats qui le voudront bénéficient de «financements collaboratifs pour tout projet à impact écologique assuré, notamment dans les domaines de l’énergie, de la biodiversité, des productions locales, de l’accès libre aux semences et aux variétés endémiques». Ambitieux.

6 programmes au crible

Face au nombre impressionnant de listes en compétition, Le JDLE a manqué, lui aussi, d’ambition. Et n’a pris la peine de détailler les propositions environnementales que des mouvements ayant une chance d’envoyer des élus à Bruxelles et Strasbourg. Soit Renaissance (dirigée par Nathalie Loiseau), l’alliance Place Publique-parti socialiste-Nouvelle Donne (Raphaël Glucksmann), Les Républicains (François-Xavier Bellamy), Génération.s (Benoît Hamon), EELV (Yannick Jadot), la France Insoumise (Manon Aubry), Debout la France (Nicolas Dupont-Aignan).

500 ou 1.000 milliards?

Seuls les programmes environnementaux de Renaissance, Place publique, Génération.s, EELV et la France Insoumise ont été véritablement pensés. Renaissance et EELV reprennent l’idée lancée par Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne) de créer une banque du climat chargée de coordonner une importante politique d’investissements bas carbone.

Sans que l’on sache forcément à quoi sera utilisée cette manne, Renaissance, Place Publique, Génération.s, EELV, France Insoumise indiquent vouloir consacrer, en général, 500 milliards d’euros à la décarbonation de l’énergie, voire 1.000 milliards (Renaissance).

Les écolos se sont envolés. EELV n’a plus le monopole du vert. Car nombre de ses militants professent désormais l’écologie dans d’autres partis. Pascal Canfin et Pascal Durand s’alignent dans la liste Renaissance. L’ancien député Sergio Coronado est parti à la France Insoumise. Florie Marie anime le minuscule parti pirate. Plus étonnant, le pourfendeur de la corruption Jean-Luc Touly est passé au mouvement d’extrême droite Les Patriotes.

Imaginée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la taxe carbone aux frontières est plébiscitée par toutes les formations ‘éligibles’, à l’exception des Républicains. Ces derniers soutiennent l’objectif (consensuel) de neutralité carbone à 2050. Pour ce faire, le parti de Laurent Wauquiez milite pour la mise en œuvre d’un plan, piloté par un haut commissaire au climat et à la biodiversité. Seuls la France Insoumise et Debout la France prônent une liquidation de la législation communautaire encadrant l’énergie.

Pour le parti de Jean-Luc Mélenchon, il s’agit surtout de rehausser les objectifs climatiques communautaires et d’empêcher que les centrales hydroélectriques nationales soient exploitées par des compagnies étrangères. Les fans de Nicolas Dupont-Aignan imaginent qu’un démantèlement du paquet hivernal (qui encadre la politique Energie Climat jusqu’en 2040) favorisera la recherche sur les réacteurs nucléaires au thorium.

Quelle PAC?

L’agriculture et la pêche ont généré beaucoup d’idées. La plupart des partis veulent réformer la politique agricole commune (PAC). Ça tombe bien: ce sera l’une des priorités de la prochaine mandature. Renaissance veut interdire les OGM, le glyphosate (en 2021) et diviser par deux l’utilisation des pesticides d’ici 2025. Place Publique va plus loin encore. A ces propositions, l’alliance des partis montée par Raphaël Glucksmann veut développer l’agro-écologie, baisser la TVA sur les produits bio, interdire l’artificialisation des sols, l’élevage en cage et les perturbateurs endocriniens. Génération.s propose en outre de taxer les importations de produits non bio.

A ces propositions, la France Insoumise ajoute des mesures en faveur du bien-être animal. EELV veut une agriculture totalement bio. Ce qui implique d’interdire en quelques années les pesticides et les OGM. A droite, la réforme de la PAC motive peu. Debout la France veut que cette politique permette de remplacer le glyphosate et de fournir un revenu décent aux agriculteurs. Le Rassemblement national et Les Républicains veulent mettre les bouchées doubles sur le développement des circuits courts.

La biodiversité à la trappe

Sujet majeur et d’actualité, la protection de la biodiversité est passée en grande partie à la trappe. Place Publique essaie un timide renforcement du dispositif Natura 2000 et une extension des aires marines protégées. La France Insoumises veut un plan de sauvegarde et l’interdiction de la brevetabilité du vivant. EELV sauve l’honneur en proposant d’intégrer «la protection et la restauration de la nature et de la biodiversité en amont de toutes les politiques publiques», en adoptant des objectifs de préservation et de restauration des sols. Les ex-Verts proposent aussi de reconnaître les droits de la nature.

 

Haro sur les fossiles. Nombre de listes veulent la peau des énergies fossiles. Renaissance veut en sortir d’ici 2050. Place Publique veut taxer le kérosène des avions intra-européens. L’alliance dirigée par Raphaël Glucksmann veut aussi bannir l’exploitation des hydrocarbures en Europe. EELV milite pour la fin des subventions aux énergies fossiles.

L’économie circulaire ne fait pas le plein des propositions. Prudente, Renaissance souhaite une définition la plus précise possible de l’obsolescence programmée. EELV et Génération.s insistent sur l’importance des sanctions associées au non-respect des engagements pris en la matière. La formation de Benoît Hamon Génération.s entend faire de la durabilité une priorité avant le recyclage. Place Publique veut interdire les emballages en plastiques et en polystyrène en 2025. Le RN précise qu’en cas d’échec des négociations européennes sur l’interdiction de l’obsolescence programmée, la France doit empêcher les produits victimes d’obsolescence de pénétrer sur le marché national. La France Insoumise et EELV proposent de renforcer les normes de qualité des produits pour allonger leur durée de vie. Un principe qui doit aussi s’appliquer aux logiciels, estime le parti de Yannick Jadot.

Taxe ou tribunal

Difficile ensuite de trouver une cohérence, tant les propositions sont disparates. A droite, on taxe beaucoup. Les Républicains et le RN veulent taxer les produits issus des pays ne respectant pas les normes environnementales européennes. EELV n’est pas contre. A gauche pourtant, on préfère souvent aux outils économiques l’action juridique. France Insoumise et Génération.s militent pour la création de tribunaux (européen ou international) de l’environnement.



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