Europa City: le débat public est ouvert

Le 09 mars 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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EuropaCity : une vision d'artiste.
EuropaCity : une vision d'artiste.
EuropaCity

Durant deux mois et demi, les Franciliens sont invités à s’exprimer sur l’opportunité de construire un gigantesque complexe touristique et commercial sur des terres agricoles, situées à une dizaine de kilomètres au nord de la capitale.

«Une nouvelle destination touristique et de loisirs», dit la plaquette publicitaire. Un palace flottant aux Seychelles? Une thalasso à l’Ile-de-Ré? Une station de sports d’hiver des 4 saisons? Vous n’y êtes pas.

Ce qui se cache derrière le sibyllin slogan, c’est Europa City, méga-projet de la société Alliages et Territoires. Sur 80 hectares de terres agricoles coincées entre Paris et l’aéroport de Roissy, la filiale du groupe Auchan entend bâtir un nouveau quartier comportant 150.000 mètres carrés de parcs de loisirs (piscine et piste de ski), 50.000 m2 de salles de spectacle (dont un cirque!), 270.000 m2 d’espaces commerciaux (boutiques, restaurants, salles de congrès).

31 millions de visiteurs

Pour accueillir les 31 millions de visiteurs attendus chaque année (trois fois la fréquentation du musée du Louvre), Europa City disposera de 2.700 chambres d’hôtel, d’un parc arboré de 10 hectares. Sans oublier la «ferme urbaine» s’étalant sur 7 ha. Voilà pour le cahier des charges confié à l’architecte Bjarke Ingels (agence BIG), auteur, entre autres, du pavillon danois à l’exposition universelle de Shanghai. Ouverture prévue en 2024.

Malgré son gigantisme[1], le projet reste inconnu de ses futurs riverains. Un récent sondage, commandité à l’Ifop par Alliage et Territoires, est formel: 90% des habitants de Seine-Saint-Denis et du Val-d’Oise n’en ont jamais entendu parler. Ce qui n’empêche pas la contestation. Regroupant 17 associations locales, le collectif pour le triangle de Gonesse milite, depuis 2011, pour la préservation des terres agricoles promises au bétonnage par Auchan.

Gigantisme, méconnaissance du public, contestation aguerrie, faible disponibilité des Franciliens: autant de facteurs qui ne vont pas faciliter l’organisation d’un débat public, voulu par le maître d’ouvrage. «Nous avons un gros travail de pédagogie à faire», reconnaît Christophe Dalstein, directeur du projet.

Aller au-devant des habitants

Saisie le 13 septembre 2013, la commission nationale du débat public (CNDP) a classé Europa City d’intérêt national nécessitant l’organisation d’un débat public, mené par une commission particulière (CPDP). Lancée le 15 mars, cette concertation sortira de l’ordinaire. Certes, 15 réunions publiques devront se tenir avant le 28 juin dans les deux départements concernés.

Composée de 6 personnes, la CPDP est censée être représentative de la population générale. Dans le cas présent, 4 des 6 postes ont été confiés à d’anciens fonctionnaires. «Ce n’est pas du tout représentatif, reconnaît Christian Leyrit, président de la CNDP. Mais EuropaCity est un projet extrêmement complexe, qui nécessite des personnes connaissant les questions d’aménagement, de financement et de protection de l’environnement. D’autre part, les dédommagements accordés aux membres de la CPDP sont tellement modestes que nous n’avions aucune chance d’attirer des professionnels en activité.»

Mais les organisateurs sont conscients de la complexité du projet et du désintérêt des habitants. «Après les débats sur le Grand Paris, la ZAC du triangle de Gonesse, il y a un vrai risque d’incompréhension et de désaffection pour ce débat», s’inquiète Claude Brevan. Aussi, en complément de sa présence sur les réseaux sociaux (site internet, pages Facebook et compte Twitter), la CPDP va aller au plus près des citoyens. A 10 reprises, un bus à impériale va s’installer au cœur des villes riveraines du projet. «Ce sera l’occasion de passer une demi-journée avec les habitants pour les informer et recueillir leurs points de vue», explique la présidente de la CPDP. En complément de ce «DP-Bus», le dialogue 3-D. «Il s’agit-là de constituer trois groupes de 100 personnes, issues du territoire local, des deux départements et de la région pour réfléchir sur les enjeux du projet», poursuit l’ancienne déléguée interministérielle à la ville.

Le jeu en vaut-il la chandelle? Peu d’habitants semblent le croire: 18% seulement des personnes sondées par l’Ifop envisagent de participer à l’exercice de concertation. Ce qui ne tranquillise pas Auchan pour autant. «Nous nous attendons à devoir faire évoluer le projet après le débat», concède Christophe Dalstein. Raison de plus pour y participer.

 

 



[1] Le montant actuel du devis est estimé à 3 milliards d’euros, dont 2,6 milliards à la charge du maître d’ouvrage.

 



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