Etiquetage : réactions mitigées au nouveau règlement européen

Le 13 juillet 2011 par Romain Loury
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Le nouveau règlement européen sur l’étiquetage des denrées alimentaires, adopté le 6 juillet par le Parlement européen, est plutôt bien accueilli par les industriels et les consommateurs, mais suscite quelques grincements de dents.

Dans un communiqué, le Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc) se félicite de l’obligation d’une déclaration nutritionnelle, d’une meilleure lisibilité de la présence d’allergènes ou encore de la spécification d’ingrédients issus des nanotechnologies.
 
Seul hic, la déclaration nutritionnelle ne sera obligatoire que sur la face arrière du produit, alors que le projet initial proposait qu’elle figure à l’avant de l’emballage. Et ce n’est que de manière volontaire que les fabricants pourront afficher sur l’avant la teneur en graisses, sel et sucre.
 
«Une occasion manquée» pour le Beuc, également pointée par le commissaire européen à la santé, John Dalli. «Les consommateurs seront en mesure de faire des choix mieux informés sur les produits alimentaires, mais le règlement ne les aidera pas à choisir le produit le plus sain en un coup d’œil», regrette la directrice générale du Beuc, Monique Goyens.
Tout en saluant l’adoption du règlement, FoodDrinkEurope, qui représente les industries agro-alimentaires européennes, juge qu’ «il est difficile de savoir dès aujourd’hui ce qu’il va apporter en termes d’information claire et compréhensive du consommateur, ou même quel impact ces mesures auront sur la compétitivité de l’industrie européenne».
Les industriels européens du sel, regroupés dans l’organisation EuSalt, se montrent très remontés. Le règlement, qui remplace la teneur en sodium par celle en sel, va entraîner «une dé-éducation des consommateurs», disent-ils craindre dans un communiqué.
«Le sodium est naturellement présent dans certains aliments et ingrédients qui ne contiennent pas de sel ajouté, pourtant ils auront aussi l’obligation de porter une mention sur leur teneur en sel. Ce qui va conduire le consommateur à penser que du sel a été ajouté au produit, alors que ce n’est pas le cas», s’indigne EuSalt.
Du côté des adversaires de l’aspartame, la désillusion est encore plus forte. A la dernière minute, les députés européens se sont prononcés pour une mention assez neutre vis-à-vis de cet édulcorant très controversé (voir le JDLE). Sans retenir la mention «pourrait ne pas convenir aux femmes enceintes», proposé en avril par la commission Envi [1] du parlement.
A l’origine de cet amendement finalement abandonné, l’eurodéputée libérale-démocrate Corinne Lepage (France), qui se dit «déçue», s’est abstenue de voter. Les députés «auraient pu appliquer le principe de précaution», déplore-t-elle, jugeant qu’il y a «sûrement eu du lobbying».
L’abandon de la mention sur les femmes enceintes «signifie que les députés européens n’ont pas suffisamment conscience du problème de l’aspartame, il y a de la pédagogie à faire», renchérit Soléane Duplan, coordinatrice du Réseau environnement santé (RES).
Un dépit qui fait aussitôt place à «une excellente nouvelle» : l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) devrait avancer la publication de son rapport de réévaluation de l’aspartame, en septembre au lieu de juillet 2012 comme prévu, aurait assuré la Commission européenne au RES.
Cette réévaluation de l’Efsa, qui ne devait pas avoir lieu avant 2020, a été demandée en mai par la commission. Motif : deux nouvelles études, l’une italienne sur un éventuel risque cancéreux, l’autre danoise sur des accouchements prématurés. Des travaux dont l’Efsa avait d’abord jugé qu’ils «ne justifiaient pas une révision des évaluations précédentes de l’aspartame».
[1] Environnement, santé publique et sécurité alimentaire.



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