Etiquetage: le poisson en eaux troubles

Le 24 décembre 2014 par Romain Loury
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C'est grand l'Atlantique du nord-est.
C'est grand l'Atlantique du nord-est.
Ifremer

Objet de fraudes nombreuses, le poisson continue à faire l’objet du plus grand flou en matière d’étiquetage, révèle une étude menée mi-décembre par l’association CLCV. La réglementation est pourtant claire, mais demeure peu appliquée.

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) le rappelait début décembre: les filets de poisson font souvent l’objet de pratiques illégales, tels que trempage et additifs visant à gonfler leur poids. La CLCV (Consommation, logement, cadre de vie) vient d’enfoncer le clou, avec une étude confirmant que l’étiquetage laisse aussi largement à désirer.

Menée du 13 au 16 décembre dans 111 points de vente (grandes surfaces, poissonneries, marchés, stands de ports) répartis dans 21 départements, elle a porté sur 280 poissons, dont des cabillauds, des lottes, des merlans et des soles pêchés en mer, ainsi que des saumons d’élevage. Ses conclusions: «les nouvelles mentions destinées à informer les consommateurs sont très peu présentes sur les étals».

Zones de capture

Obligatoire depuis le 13 décembre [1], la zone de capture précise n’est présente que dans 8% des cas. Les consommateurs devront ainsi continuer à se contenter d’appellations aussi floues qu’«Atlantique nord-est» et «Méditerranée», au lieu de «golfe de Gascogne» ou d’«ouest Méditerranée». Idem pour la mention de l’engin de pêche, présente sur seulement 5% des poissons.

Quant au nom scientifique, obligatoire depuis le 1er janvier 2012, seuls 54% des poissons pêchés en mer sont étiquetés. Les saumons d’élevage font à peine mieux, avec seulement 61% portant mention du nom scientifique, et 82% du pays d’élevage –indication pourtant obligatoire depuis 2002.

Les grandes surfaces aussi à la traîne

Les grandes surfaces sont-elles plus au fait des nouvelles règles? Pas vraiment, révèle la CLCV. La zone de capture précise n’y est indiquée que sur 7% du poisson, l’engin de pêche sur 6% et le nom scientifique sur 57%.

En l’absence du nom scientifique, «le consommateur pouvait auparavant acheter, par exemple, sous la même dénomination ‘sole’, de la sole commune ‘Solea solea’ ou de la sole tropicale ‘Bothus mancu’, la mention tropicale ayant tendance à disparaître en période de promotion», explique l’association.

Si le manque d’information est la règle pour les poissons entiers, que dire de ceux utilisés comme ingrédients, pour lesquels il n’existe aucune règle de mention d’origine ou d’espèce? Le cas rappelle celui de la viande transformée, où il n’existe toujours pas d’obligation de mention d’origine. Si la France s’y est dit favorable, dans la foulée du «horsegate» de 2013, la Commission européenne s’y montre peu disposée.

[1] En application du règlement européen n°1379/2013 portant organisation commune des marchés dans le secteur des produits de la pêche et de l'aquaculture (règlement «OCM»). Ce texte est entré en vigueur le 1er janvier, à l’exception des mesures relatives à l’étiquetage: celles-ci sont obligatoires depuis le 13 décembre, en même temps que le règlement n°1169/2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires (règlement «Inco»).



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