Ethers de glycol: toujours des incertitudes sur leur toxicité

Le 31 octobre 2008 par Sabine Casalonga
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Dans un avis publié en septembre, l’Afsset souligne que des incertitudes demeurent sur les risques liés à certains éthers de glycol et émet des recommandations visant à protéger les professionnels et les consommateurs.

Existe-t-il un risque lié à l’exposition aux éthers de glycol pour les travailleurs et la population générale? La question n’est pas nouvelle puisqu’elle a été soulevée dès les années 90 par les scientifiques et le monde associatif. La toxicité de certains éthers de glycol, révélée dans les années 80, avait conduit à l’élaboration d’une directive européenne (1) imposant une restriction d’usage pour 10 molécules classées reprotoxiques, et transposée en France en 1997 (2).

En 2003, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) a été saisie par les ministères de la santé et de l’environnement afin d’améliorer les connaissances sur l’exposition de la population aux éthers de glycol. Première étape, l’expertise collective de l’Inserm de 2006 a permis de recenser et d’actualiser les données toxicologiques (3). Puis, en février 2008, un rapport sur l’exposition des professionnels et de la population en France a été rendu public par l’Afsset. En croisant ces deux sources d’information, le dernier avis de l’Afsset fait le point sur les connaissances de 47 éthers de glycol. «Nous avons pu mettre en exergue les quelques éthers de glycol associés à des dangers potentiels pour les travailleurs et la population», souligne Christophe Rousselle, chef de l’unité de toxicologie à l’Afsset.

De fait, ces substances, utilisées dans de nombreux produits industriels et domestiques à base de solvants (peintures, vernis, circuits d’imprimerie, détergents) constituent une large famille de molécules à la toxicité variable. «Il est nécessaire de bien différencier les éthers de glycol dangereux des autres», insiste Christophe Rousselle. L’Afsset rappelle en outre les progrès réalisés depuis 20 ans: «Les actions menées par les pouvoirs publics et les professionnels ont permis de limiter l’utilisation des éthers de glycol les plus toxiques». De fait, si l’utilisation des éthers de glycol -4% de l’ensemble des solvants- est relativement constante depuis plusieurs années, les substances classées reprotoxiques représentent seulement 0,4% soit 130 tonnes par an, réservées à des usages professionnels.

Cependant, l’Afsset pointe du doigt trois éthers de glycol très utilisés en France pour lesquels des incertitudes demeurent. Premier suspect, le propylène glycol monométhyl éther (PGME) qui contient une impureté de synthèse classée reprotoxique de catégorie 2 (4). «Présentes en quantité faible dans le produit final, ces impuretés sont difficilement séparables en raison d’une structure très proche de la substance active», précise Christophe Rousselle. L’Afsset estime que les données d’exposition concernant ces impuretés sont insuffisantes et recommande de mettre en place une surveillance des niveaux d’impuretés dans les produits de consommation. Par ailleurs, une étude en cours à l’Afsset vise à évaluer dans des conditions réalistes d’emploi et au regard du risque pour la santé, la pertinence du seuil de 0,5% d’impuretés contenues dans l’éther de glycol, imposé par la législation actuelle.

Les deux autres éthers de glycol ciblés par l’Afsset sont associés à une incertitude quant à leur caractère reprotoxique, une lacune que l’agence appelle à surmonter par des travaux de recherche complémentaires. Il s’agit de l’impureté de synthèse du PGEE, un des éthers de glycol les plus utilisés dans l’industrie française et de l’éthylène glycol phényléther (EGPhE) un conservateur présent dans 50% des produits cosmétiques. «Les études de toxicologie incombant aux industriels dans le cadre de la directive Biocides ou du règlement Reach, devraient apporter de nouvelles informations», indique l’expert de l’Afsset.

L’exposition de la population générale et des travailleurs à deux de ces substances suspectes (EGPhE et l’impureté du PGME) a été démontrée à partir de dosages urinaires, sans qu’il soit toutefois possible de conclure à un risque sanitaire en raison de l’absence de valeur de référence. Les valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP) et les indices biologiques d’exposition (IBE) ne sont en effet disponibles que pour un très faible nombre d’éthers de glycol. La mise en place de tels seuils exigera des études toxicologiques chez l’animal mais aussi épidémiologiques chez l’homme.

L’Afsset soulève également la problématique de l’exposition à des mélanges d’éthers de glycol et de leurs impuretés (5). «Dans le cas où deux impuretés classées reprotoxiques sont présentes dans un même produit à un taux inférieur à 0,5%, le cumul de leurs taux pourrait excéder le seuil de sécurité», explique Christophe Rousselle. L’Afsset recommande donc de faire évoluer les concentrations maximales autorisées de certaines substances.

Pour deux éthers de glycol dont la toxicité est déjà reconnue et l’usage restreint à certains secteurs industriels, l’Afsset préconise de renforcer la prévention professionnelle. Les substances concernées sont l’éthylène glycol éthyléther (EGEE) classé reprotoxique de catégorie 2 et le DEGME, classé reprotoxique de catégorie 3.

Concernant les données toxicologiques et l’étiquetage des produits, l’Afsset insiste sur la nécessité de disposer d'une information transparente, car «l’absence d’information est souvent interprétée à tort comme une absence de danger». Un constat que confirme Laetitia Rollin du service des pathologies professionnelles du CHU de Rouen, «les éthers de glycol regroupent tellement de produits différents et d’impuretés, qu’il s’avère difficile de connaître la composition exacte d’un produit, d’autant que les fiches de données de sécurité ne sont pas toujours très précises». Cet avis de l’Afsset devrait permettre de contribuer à la réflexion des autorités publiques sur les actions prioritaires à mettre en place.

(1) Directive 76/769/CEE

(2) Arrêté du 7 août 1997 relatif aux limitations de mise sur le marché et d'emploi de certains produits contenant des substances dangereuses

(3) Voir article du JDLE «L’expertise sur les éthers de glycol avance doucement»

(4) Les molécules reprotoxiques ont des effets sur le développement ou la fertilité. Pour celles de catégorie 2, le risque est suspecté chez l’homme mais non avéré (contrairement à la catégorie 1) alors que pour celles de catégorie 3, les données expérimentales contradictoires ne permettent pas de conclure chez l’homme.

(5) Voir article du JDLE «Ethers de glycol: la réglementation doit être renforcée»



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