Ethers de glycol: évaluer le passé?

Le 09 décembre 2004 par Loïc Chauveau
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Selon une étude de l’Institut national de veille sanitaire (INVS), les salariés touchés par les effets reprotoxiques, c'est-à-dire sur la fonction de reproduction, des éthers de glycol sont ceux qui ont été en contact avec les produits les plus dangereux avant 1995. L’interdiction de sept éthers de glycol aurait donc été efficace.

Les éthers de glycol sont des solvants présents dans les peintures et les produits de nettoyage. Très volatils, ils sont facilement absorbés par les voies aériennes. En milieu de travail, leur usage est autorisé à condition de respecter des règles strictes de sécurité. La ville de Paris et la RATP ont voulu connaître plus précisément l'impact des éthers de glycole sur la santé des salariés. La RATP est d'autant plus sensibilisée que l'un de ses agents atteint de nécrozoospermie, dysfonctionnement grave de la fonction de reproduction, a engagé une procédure civile contre son employeur.

L'étude porte sur 111 agents de la ville de Paris et 129 salariés de la Régie autonome des transports parisiens (RATP) entre 1999 et 2004. Tous volontaires, les salariés ont été interrogés de manière précise sur leur mode de vie, leur carrière professionnelle et la durée d'exposition au produits. L'échantillon est principalement composé de mécaniciens et d'agents de nettoyage et d'entretien. Les chercheurs ont ensuite obtenu des deux entreprises la liste des nettoyants utilisés dans les ateliers. Entre 1990 et 2004, la ville de Paris a ainsi utilisé 700 produits d'entretien différents. La RATP est, elle, remontée dans ses archives jusqu'en 1970 pour atteindre le chiffre de 3.700 marques différentes. Pour chaque produit, il a fallu reconstituer la composition en éthers de glycol et la fréquence d'utilisation.

Les salariés ont ensuite effectué deux dons de spermes à un intervalle compris entre deux et cinq semaines. Des analyses de sang et d'urine ont également été pratiquées. L'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a enfin analysé les caractéristiques séminales de chaque salarié. «Nous avons trouvé une corrélation très forte entre l'utilisation des sept éthers de glycol considérés comme les plus dangereux et les faibles concentrations de spermatozoïdes», vient de révéler Luc Multigner de l'unité de recherche 625 de l'Inserm lors des journées scientifiques de l'INVS le 7 décembre dernier.

L'utilisation des éthers de glycol s'est généralisée au début des années 1980. En 1989, 65% des produits d'entretien en contenaient. Puis, la réglementation européenne a pris en compte les études montrant leur dangerosité pour le système reproducteur. Leur usage a diminué jusqu'à l'interdiction totale en 1995 des éthers de glycol de la série E considérés comme les plus dangereux. Aujourd'hui, les éthers de la série P considérés comme moins toxiques, sont encore présents dans 20% des préparations.

Les chercheurs ont constaté que ce sont les salariés les plus âgés ayant été exposés avant 1995 aux éthers de glycol de série E qui présentaient le désordre séminal le plus marqué. Pour les travailleurs les plus jeunes, la qualité du sperme n'est pas affectée. L'interdiction d'usage des éthers aurait donc eu un effet immédiat sur le fonctionnement du système reproducteur des travailleurs exposés.


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