Etats-Unis: des enfants victimes du cannabis médical

Le 05 juin 2013 par Romain Loury
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Une pratique qui n'est pas sans risque.
Une pratique qui n'est pas sans risque.

Au Colorado, la libéralisation en 2009 de l’usage du cannabis médical, notamment sous forme de bonbons et de biscuits, s’est accompagné de plusieurs cas d’intoxication chez de jeunes enfants, révèle une équipe américaine dans la revue JAMA Pediatrics.

Utilisé pour soulager la douleur de plusieurs maladies, dont le cancer et la sclérose en plaques, les médicaments à base de delta-9-tétrahydrocannabinol (THC, principe actif du cannabis) sont très strictement encadrés. En France, seul le Marinol est autorisé dans un cadre très restreint, celui d’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) délivrée au cas par cas par l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) [1]. Un sujet sensible, écartelé entre nécessité d’une meilleure prise en charge de la douleur et crainte d’une dépénalisation rampante.

Comme plusieurs pays européens, les Etats-Unis sont bien plus en pointe que la France en la matière: après la Californie en 1996, 17 Etats, plus Washington DC, ont promulgué des lois autorisant le cannabis thérapeutique. Après une décennie de flou administratif entre ces Etats et les autorités fédérales, le département de la justice a décidé, en octobre 2009, de ne plus poursuivre les citoyens y recourant, du moment qu’ils se conforment aux règles de leur Etat de résidence.

Pionnier en la matière, le Colorado autorise même depuis fin 2012 l’usage récréatif du cannabis. Sa capitale, Denver, compterait désormais plus de 200 lieux de dispensation de cannabis médical, et pas uniquement sous forme de médicament: on le trouve aussi vendu sous des formes plus agréables, telles que bonbons, cookies, brownies et boissons. Ce qui peut porter à confusion chez les enfants en contact avec ces produits, pris pour de simples sucreries.

Depuis la clarification fédérale d’octobre 2009, ce sont 14 cas d’intoxication au THC que George Sam Wang, du centre antipoison Rocky Mountain de Denver, et ses collègues ont recensés dans le Colorado, soit 2,3% des cas d’intoxication survenus sur cette période -derrière le paracétamol et les antihistaminiques, au même niveau que les antidépresseurs. Allant de la simple léthargie à l’insuffisance respiratoire, 8 de ces 14 cas étaient liés à du cannabis médical, dont 7 par voie alimentaire.

Pour William Hurley et Suzan Mazor, du centre antipoison de Washington DC, l’une des solutions à ce nouveau problème consisterait à mieux informer les acheteurs de ces produits, aussi bien sur leur lieu de vente que par étiquetage. Leur emballage devrait aussi être renforcé, avec un système de fermeture empêchant de jeunes enfants d’y accéder, ajoutent-ils dans un éditorial.

Selon Sharon Levy, pédiatre au Boston Children’s Hospital, le cannabis médical pourrait faire bien d’autres victimes collatérales, volontaires celles-ci: «Il est simplement impensable qu’une loi ouvrant l’accès des adultes à un tel produit soit sans conséquence sur son usage récréatif chez les adolescents», craint-elle. Selon l’association américaine Partnership at DrugFree, le nombre d’adolescents déclarant avoir déjà consommé du cannabis a augmenté de 21% entre 2008 et 2011.

[1] Fin février, la ministre de la santé Marisol Touraine a demandé à l’ANSM d’évaluer le dossier Sativex, médicament considéré comme plus puissant que le Marinol et déjà autorisé dans plusieurs pays européens, pour les patients atteints de sclérose en plaques.



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