Etablissements scolaires, refuges de l’amiante?

Le 12 octobre 2018 par Romain Loury
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L'amiante, isolant star des années 1960-1970
L'amiante, isolant star des années 1960-1970
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L’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva) manifeste ce vendredi 12 octobre après-midi, à Paris, pour soulever la question de l’amiante dans les établissements scolaires. Des lieux où l’isolant cancérogène jouirait d’un étrange droit à l’oubli, dénonce l’association.

Interdit en France en 1997, l’amiante n’en a pas fini de compter ses victimes, d’autant qu’il est encore bien présent dans le parc immobilier construit avant cette date. Notamment dans les établissements scolaires, comme le dénonce vendredi après-midi l’Andeva, lors d’une manifestation parisienne partie à 14h de la gare Montparnasse.

Contacté par le JDLE, son président, Alain Bobbio, indique que l’Andeva reçoit «de plus en plus de sollicitations, aussi bien de parents d’élèves que de professeurs». D’autant que le risque amiante demeure étonnamment mal connu dans les établissements scolaires.

30% des écoles sans DTA

C’est ce qui ressort d’une enquête menée en 2016 par l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement (ONS) auprès de 63.568 écoles, collèges et lycées français (public ou privé) –enquête à laquelle, fait évocateur, seuls un tiers de ces établissements ont répondu.

Les résultats sont accablants: alors que 85% des établissements, ceux construits avant 1997, sont concernés par le risque amiante, seules 70% des écoles publiques disposent d’un document technique amiante (DTA), pourtant obligatoire, contre 96% des collèges publics et 99% des lycées publics.

Une «méconnaissance inquiétante»

Pour l’ONS, «la situation du premier degré public est la plus problématique. L’enquête révèle une méconnaissance inquiétante des acteurs sur leurs devoirs et responsabilités. Dans les petites collectivités, le mot ‘amiante’ semble bien souvent tabou, le maire est rarement un expert de ces questions et ne dispose pas de moyens immédiats pour y faire face».

Pour rappel, les écoles sont gérées par les mairies, les collèges par les conseils départementaux et les lycées par les conseils régionaux. Cette gradation pourrait en partie expliquer des différences de prise en compte du risque amiante, plus difficilement géré aux échelons inférieurs.

Parmi les établissements disposant d’un DTA, 38% des écoles publiques contiennent de l’amiante, contre 73% des collèges et 77% des lycées! La situation est inversée dans l’enseignement privé: les établissements sont moins nombreux à disposer d’un DTA, mais contiennent, du fait d’une plus grande ancienneté des bâtiments, moins souvent de l’amiante –dont l’âge d’or se situe dans les années 1960-1970.

A Georges-Brassens, les enseignants à bout

Fer de lance de cette mobilisation contre l’amiante, le lycée Georges-Brassens de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne), établissement dont la vie semble rythmée par les effondrements de sol et de plafond. Un morceau de flocage y est d’ailleurs analysé fin 2017, à l’occasion de la chute d’un pan de faux plafond.

Verdict: il y a bien de l’amiante dans les flocages du lycée, soit sur 3.000 mètres carrés de plafond. Pas de panique, ce flocage est en bon état, indique le DTA. Or un précédent DTA disait exactement l’inverse: pas d’amiante, mais état dégradé.

Menée dans la salle touchée, une mesure de l’air révèle la présence d’amiante à hauteur de 11 fibres par litre d’air, deux fois plus que la valeur réglementaire (5 fibres par litre). Dans la foulée, les enseignants exercent leur droit de retrait pendant huit semaines, et les cours sont délocalisés.

Un nouveau droit de retrait qui passe mal

Les professeurs regagnent finalement leur lycée, tout en continuant à exercer leur droit de retrait sur certaines salles. Et ce avec la perspective de nouveaux bâtiments construits  pendant l’année 2018-2019, les cours étant assurés dans des préfabriqués pendant les travaux -à compter de la rentrée des vacances de la Toussaint, le 7 novembre.

Patatras: dans la nuit du samedi 29 septembre, un incendie se déclare dans le lycée, avec inondation à la clé. Si les tests de qualité de l’air ne montrent pas, cette fois-ci, de présence excessive d’amiante, et que des tests au sol avec prélèvement par lingettes se sont avérés négatifs, les professeurs exercent, depuis jeudi 4 octobre, leur droit au retrait, toujours effectif.

Mais contrairement au précédent droit de retrait, le rectorat s’apprête cette fois-ci à refuser de valider celui-ci –ce qui entraînerait une retenue sur salaire pour les enseignants. Une décision jugée sévèrement par Cyril Verlingue, professeur de lettres au lycée Georges-Brassens, qui estime cette injonction «particulièrement contestable», alors que «le doute n’a jamais été réellement levé».

«Nous sommes satisfaits que cette question éclate enfin», se réjouit Alain Bobbio, qui salue «le courage des enseignants». L’Andeva compte demander des rendez-vous aux ministères concernés (éducation nationale, santé, logement), ainsi qu’à l’Association des maires de France. Sa revendication: le désamiantage de tous les établissements scolaires.



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