Et si les pêcheurs récupéraient filets et chaluts usagés?

Le 26 mars 2019 par Stéphanie Senet
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La fin des filets jetés à la mer ?
La fin des filets jetés à la mer ?

Ciblée par la directive européenne sur les plastiques jetables, une filière de collecte et de traitement des principaux engins de pêche usagés s’esquisse en France.

800 tonnes de filets et 400 t de chaluts usagés. Voici ce que représentent, chaque année, les principaux déchets d’engins de pêche, selon un rapport sur la faisabilité technique et financière d’une filière nationale mis en ligne ce 26 mars. Une estimation sans doute en-deçà de la réalité, compte tenu de leur éparpillement sur le territoire. Dans tous les cas, pas plus de 25% sont collectés et valorisés, la majorité des déchets étant destinée à l’enfouissement.

Du plastique dans les filets

Les activités de pêche produisent aussi d’autres résidus: lignes, bolinches, sennes, casiers, dragues, cordages, flotteurs, bouées, balises, etc. Selon Bruxelles, le matériel de pêche contenant du plastique représente 27% des déchets marins retrouvés sur les plages européennes.

Au niveau mondial, 640.000 tonnes de filets de pêche sont jetés ou abandonnés en mer selon l’Organisation des Nations unies sur l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2009.

60 ports a la loupe

L’étude française résulte de 22 mois d’investigation menée dans 60 ports auprès des fabricants, pêcheurs et responsables portuaires (projet Pechpropre). Cofinancée par l’Ademe, le ministère de la transition écologique et le groupe Paprec, elle a été réalisée par la Coopération maritime[1], qui représente la pêche artisanale française. Soit tout navire de moins de 25 mètres avec armateur embarqué. Ce qui représente plus de 95% de la flotte nationale.

Collecter n’est pas recycler

La mise en place d’une filière à responsabilité élargie du producteur (REP) permettra d’assurer la collecte des filets et chaluts usagés, mais leur valorisation n’est pas encore à l’ordre du jour. L’enchevêtrement des différentes matières plastiques (polyéthylène basse et haute densité, polyamide, polypropylène, et fibres composites) complique techniquement le recyclage des équipements et les faibles gisements impliquent des coûts élevés. «On sait recycler le polyamide d’un filet de pêche mais encore faut-il le débarrasser de son armature en métal ou en polypropylène tissé et récupérer des volumes suffisants», résume Christophe Viant, président de Federec Plastiques. Quelques initiatives existent en Europe. Aux Pays-Bas, les filets de pêche usagés sont transformés en chaussettes par l’entreprise HealthySeas. La société espagnole Sea2Sea les transforme en montures de lunettes. Une filiale allemande du groupe Paprec essaie de valoriser le polyamide issu des filets fins.

Payer pour traiter

Pour mettre en place une filière nationale, les auteurs préconisent logiquement d’associer le plus tôt possible les instances représentatives des pêcheurs au niveau national et les ports au niveau local. Dans l’idéal, chaque marin-pêcheur apportera ses déchets –triés par flux– dans un point de collecte géré par une autorité portuaire, associative, privée ou publique. Celles-ci assureront leur transfert vers une plateforme de regroupement régionale ou nationale puis vers le centre de traitement. Des opérations financées par les metteurs sur le marché par l’intermédiaire d’une éco-contribution, que la filière soit volontaire ou réglementée par le ministère de la transition écologique. La première maille du filet.

 

 

 

 

 



[1] Cette organisation regroupe des coopératives d’avitaillement, armements coopératifs, organisations de producteurs, structures de gestion et cultures marines. Elle diffère de la pêche industrielle et semi-industrielle.



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