Et si le parc de Camargue fermait?

Le 26 octobre 2004 par Christine Sévillano
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Le parc de Camargue risque de fermer car les collectivités locales ne s'entendent pas sur l'organisation de gestion à mettre en place. Les 37 salariés devraient être fixés sur leur sort cette semaine. La disparition du parc aurait un impact direct sur les activités agricoles et la préservation de la biodiversité.

Cette semaine est décisive pour le parc national régional (PNR) de Camargue. Le préfet de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA) a donné jusqu'à la fin du mois pour qu'une convention soit signée entre les collectivités locales et la fondation, ancienne gestionnaire du PNR. La signature de ce document est la condition imposée par le maire des Saintes-Maries-de-la-Mer (Bouches-du-Rhône), soutien indéfectible de la fondation, pour se rallier au syndicat mixte, seule solution pour sauver le parc de la fermeture. Ce syndicat sera composé des collectivités locales de la Camargue. La fondation, représentant les propriétaires fonciers, a du mal à accepter de se faire subtiliser l'administration du parc par ce syndicat mixte. La commune d'Arles, le Conseil général des Bouches-du-Rhône et le Conseil régional ont déjà voté en faveur de cette organisation de gestion, utilisée par les 43 autres PNR. Ils savent que l'avenir de la région en dépend. Le parc est le garant du maintien des équilibres entre différentes activités, notamment entre les cultures de céréales, l'élevage des chevaux et des taureaux, la protection de la nature, la chasse et la pêche. «La Camargue ne serait pas ce qu'elle est sans le parc. S'il fermait, l'harmonie entre les secteurs serait rompu. Nous assisterions à une perte progressive de la biodiversité», affirme Didier Olivry, le directeur du PNR de Camargue. «Le blé et le riz, par exemple, pourraient ainsi être cultivés, comme dans la Beauce, de manière spéculative, au détriment des éleveurs», explique-t-il.

Le parc génère environ 3 millions d'euros de chiffre d'affaires par an et salarie 37 personnes. Son impact sur les emplois indirects est difficile à évaluer entre les diverses activités agricoles et touristiques. 1,5 à 2 millions de visiteurs se déplacent chaque année pour admirer la nature préservée. Le parc est aussi le protecteur de 60 kilomètres de côtes littorales de La Grande Motte à Fos-sur-Mer, empêchant une explosion de l'urbanisme. «Au-delà de nos limites géographiques, les constructions d'habitations ont été assez sauvages», constate le directeur du parc. Si le parc disparaissait, la préservation des paysages pourrait être remise en cause, tout comme la gestion hydraulique assurée par les bureaux du PNR. La loi littorale protège la Camargue mais pas le nord de la région. «C'est une protection juridique cohérente mais insuffisante. L'État déploiera-t-il le financement nécessaire pour poursuivre la construction des équipements pour lutter contre la montée de la mer? Et la loi littorale empêchera-t-elle vraiment aux propriétaires fonciers de vendre leurs terrains aux plus offrants des investisseurs?», s'interroge Alain Othnin-Girard, rédacteur en chef du journal municipal "La ville d'Arles". Une dissolution du parc peut également entraîner une dénaturation de l'écosystème par le développement du commerce et des infrastructures. «Jusqu'à maintenant, nous avons pu interdire le transit de camions citernes entre Marseille et Montpellier, mais sans le parc que se passera-t-il?», se demande Didier Olivry. A cet égard, Alain Othnin-Girard prévient: «Nous assistons à une intensification des échanges entre l'Espagne et l'Italie. Sans le label PNR, ils pourraient s'étendre sur le delta de la Camargue». A long terme, les espèces végétales et animales sont également menacées. 150.000 oiseaux nichent en cette saison automnale dans le paysage camarguais et un million, soit 360 espèces différentes, y transitent lors de migrations tout au long de l'année.

L'avenir de la région repose sur un problème politique. Le président du Conseil régional de PACA, Michel Vauzelle (PS), s'oppose à Roland Chassain, député-maire UMP des Saintes-Maries-de-la-Mer. Ils sont en désaccord surtout sur la place à accorder à la fondation. Le syndicat mixte lui octroierait uniquement une voix consultative et non décisionnelle comme le permettait le Groupement d'intérêt public (GIP) qui a été le mode de gestion du parc pendant seulement quelques mois. La fondation elle-même avait remis en cause ce GIP en espérant être de nouveau l'unique gestionnaire du PNR. Mais en tant qu'organisation privée, il n'était pas bienvenu qu'elle gère des fonds à 95% publics. Le gouvernement a préféré ne pas prendre position. «Les autorités nationales n'ont pas mesuré l'urgence de notre situation. Si les parties ne s'entendent pas sur la convention, je devrais bientôt licencier le personnel, ce qui sera comme un point de non-retour», affirme Didier Olivry. Il faut au moins dix ans entre la transmission d'un dossier de création d'un PNR et son ouverture.




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