Essais nucléaires: la position de l'armée mise à mal

Le 03 août 2006 par Claire Avignon
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Les essais nucléaires qui ont eu lieu en Polynésie, il y a 40 ans, seraient responsables d’une dizaine de cas de cancers de la thyroïde. Pour le moment, le ministère français en charge de la défense refuse de prendre en compte ces résultats.

De 10 à 20 cas de cancers de la thyroïde en Polynésie seraient dus aux essais nucléaires aériens conduits par la France de 1966 à 1974. «Cela concerne surtout les femmes qui ont été exposées aux radiations lorsqu'elles étaient enfants», précise Florent de Vathaire, directeur de l'unité 605 de l'Inserm. Comme les travaux portent sur les cancers développés entre 1984 et 2002, le chercheur s'attend à ce que de nouveaux cas soient apparus depuis 2002.

Le chercheur a transmis ses conclusions au gouvernement polynésien ainsi qu'à Marcel Jurien de la Gravière (1), qui pilote le comité de liaison pour la coordination du suivi sanitaire des essais nucléaires. Ces résultats, prochainement publiés dans une revue scientifique, devraient changer la manière dont le ministère chargé de la défense aborde le dossier. Jusqu'ici, aucune preuve n'avait été donnée de l'impact sanitaire des essais nucléaires. Et même si le gouvernement a fait quelques efforts de transparence en créant le comité de liaison, le compte n'y est pas pour Florent de Vathaire: «La communication de l'armée insistait sur le fait que nos études n'avaient rien mis en évidence. C'était vrai pour les précédentes études, plus descriptives et beaucoup moins puissantes, mais pas pour celle-là, explique le scientifique. J'ai donc écrit à Marcel Jurien de la Gravière pour demander à l'armée d'arrêter de communiquer de cette façon.»

Cette option n'a pas été suivie par le ministère chargé de la défense qui reste prudent. Dans un communiqué, il a indiqué qu'il ne se prononcerait qu'après que «la contribution scientifique de M. de Vathaire sera publiée», et après «avoir recueilli l'avis du comité interministériel de liaison pour la coordination du suivi sanitaire des essais nucléaires français.»

Une manière de «noyer le poisson», selon le directeur d'unité de l'Inserm qui attend toujours d'avoir accès à un certain nombre de documents que l'armée refuse de déclasser. Les rapports des services de radioprotection du Centre d'expérimentation du Pacifique permettraient ainsi de quantifier avec plus de précision les conséquences des essais nucléaires. Le chercheur demande par ailleurs que le ministère finance une partie des travaux qu'il lui reste à mener: une étude de cohorte sur les travailleurs qui ont participé aux essais, et un approfondissement des résultats actuels. «Il semble que les habitants de l'île aient une susceptibilité génétique aux cancers de la thyroïde plus forte que les Européens, indique Florent de Vathaire. Nous voudrions mieux comprendre ce phénomène.»

Du côté de l'armée, on s'en tient au calendrier. A la fin de l'année, Marcel Jurien de la Gravière doit rendre ses recommandations, notamment en matière de santé. «Les travaux de Florent de Vathaire ne seront qu'une pièce additionnelle au rapport», explique-t-on au ministère.



(1) Marcel Jurien de la Gravière est aussi délégué à la sûreté et à la radioprotection pour les activités et installations nucléaires intéressant la défense.




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