Essais nucléaires: des victimes au «petit bonheur la chance»

Le 19 janvier 2015 par Romain Loury
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En 1966, premier essai à Mururoa
En 1966, premier essai à Mururoa

Mardi 13 janvier, la cour d’appel de Bordeaux a reconnu le droit à l’indemnisation pour 9 victimes d’essais nucléaires, sur 17 demandeurs. Pour le président de l’Association des vétérans des essais nucléaires (Aven), Jean-Luc Sans, ce nouvel épisode confirme que le dossier continue à se gérer «au petit bonheur la chance».

C’est en janvier 2010 que la «loi Morin» fixait un cadre pour l’indemnisation des victimes des 210 essais nucléaires, dont 50 atmosphériques, ayant eu lieu entre 1960 et 1996 dans le Sahara et en Polynésie française. Près de 4 ans plus tard, force est d’admettre que le dispositif peine à fonctionner.

Sur les 931 dossiers de demande d’indemnisation reçus par le Civen au 31 décembre 2014, 906 ont été examinés, et seuls 17 ont abouti positivement. Pour nombre d’entre eux, la procédure se poursuit en justice: «il est tout à fait malheureux que malgré la loi de 2010, on soit encore obligé de passer par la voie judiciaire: cela prouve que la loi ne sert à rien», s’insurge Jean-Luc Sans, contacté par le JDLE.

Problème majeur pour les demandeurs: «les cancers radio-induits ne laissent pas de trace», explique le président de l’Aven. Contrairement à ceux liés à l’amiante, des mésothéliomes aisément imputables à la fibre cancérigène.

Quant à la présence de la personne sur un essai, elle ne suffit pas, loin de là, à prouver un lien pour les autorités. Pourtant, «toutes les personnes victimes de l’usine AZF [en septembre 2011, à Toulouse, ndlr] ont été indemnisées», ajoute Jean-Luc Sans.

Des conseillers formés à l’école nucléaire

Selon lui, c’est là le signe d’un blocage politique: «quand ils sont députés, beaucoup d’hommes politiques font preuve de bonne volonté avec nous. Mais dès qu’ils arrivent au pouvoir, les vieux conseillers sont toujours là». Une génération formée à l’âge d’or des essais nucléaires: «ce sont toujours les mêmes avec lesquels on se bat», soupire Jean-Luc Sans.

Si la loi semble pour l’instant peu efficace, l’Aven a quelque espoir du côté d’un décret publié en septembre 2014. Grâce à ce texte, le comité d’indemnisation des victimes d’essais nucléaires (Civen), prévu par la loi Morin et jusqu’alors sous tutelle du ministère de la défense, va passer sous celle de Matignon. Quant à la commission de suivi des conséquences des essais nucléaires, elle sera présidée par le ministère de la santé.

Autre avancée, la possibilité d’un débat contradictoire à la Civen: informé à toutes les étapes du processus, le demandeur pourra «s’exprimer lui-même devant le comité pour défendre son dossier, ou désigner un représentant pour le faire en son nom», indique le décret de septembre 2014.



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