‘Espèces nuisibles’: changement de mot, pas de pratiques

Le 14 juin 2019 par Romain Loury
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Le renard, épargné dans cinq départements
Le renard, épargné dans cinq départements
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La liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts pour la période 2019-2022 est soumise à consultation jusqu’au 27 juin. Prévu pour entrer en vigueur à partir de juillet, l’arrêté n’introduit aucun changement majeur, à l’exaspération de plusieurs associations.

Si le terme d’’espèces nuisibles’ a été remplacée par celui d’’espèces susceptibles d’occasionner des dégâts’, par vertu de la loi biodiversité d’août 2016, l’esprit est le même.

Quels que soient les mots, il s’agit de permettre le tir ou le piégeage de certaines espèces répondant à l’un des deux critères suivants: au moins 10.000 euros de dégâts causés chaque année par l’espèce sur le département, ou abondance de l’espèce (plus de 500 individus capturés chaque année) et risque d’atteinte à des intérêts protégés -dont l’agriculture, l’élevage ou les dégâts aux infrastructures.

Une fois de plus, les 10 heureux gagnants sont le renard, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, l’étourneau sansonnet, le geai des chênes, la fouine, la martre, la belette et le putois, dont l’arrêté fixe un classement département par département. Par rapport au précédent arrêté de 2015, la nouvelle liste, valide jusqu’en 2022, ne présente pas de changement majeur.

Le renard classé dans 91 départements sur 96

Le renard demeure classé dans tous les départements, sauf dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, ainsi que dans les deux départements qui, une fois de plus, n’ont demandé aucun classement cette année : la Corse-du-Sud et Paris. Partout ailleurs, l’animal est considéré comme ‘susceptible d’occasionner des dégâts’, y compris en Savoie, qui l’avait précédemment déclassé.

D’autres espèces voient leur sort légèrement s’améliorer: c’est le cas de la fouine, désormais classée dans 68 départements, contre 79 départements auparavant. Parmi les autres mustélidés, la martre demeure ‘nuisible’ dans 29 départements. Quant à la belette, elle ne demeure classée que dans le Pas-de-Calais. Idem pour le putois, classé dans le Pas-de-Calais et en Loire-Atlantique.

Côté oiseaux, la situation du corbeau freux et de la corneille noire s’améliore légèrement, avec deux départements de moins pour chacune, ce qui les laisse classés dans respectivement 56 et 82 départements. L’étourneau sansonnet peut désormais souffler dans 8 nouveaux départements, mais demeure classé dans 36, tandis que la pie passe à 61 départements, contre 56 auparavant.

Quant au geai des chênes, qui n’était alors classé que dans quatre départements (Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Ariège, Tarn-et-Garonne), il l’est désormais dans sept, avec l’arrivée de la Corrèze, de la Dordogne et du Lot-et-Garonne.

Une vision éculée de la biodiversité

Dans un communiqué commun, plusieurs associations, dont France nature environnement (FNE), la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) dénoncent l’esprit qui prévaut dans cet arrêté, selon elles peu compatible avec les enjeux de protection de la biodiversité. D’autant que plusieurs de ces espèces sont d’une grande utilité, en particulier le renard, grand amateur de rongeurs, et donc protecteur des cultures. Idem pour la belette.

Quant au putois, ajoutent les associations, son classement est «une hérésie: le putois est une espèce qui a connu un fort déclin de ses populations ces dernières années, en raison de la régression de son habitat naturel, les zones humides. Cette situation a conduit l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) à classer cette espèce sur la liste rouge des mammifères menacés en France».

Derrière certaines décisions, les associations entrevoient l’influence du monde de la chasse, toujours très écouté par les politiques: «le département du Pas-de-Calais, dont le président de la Fédération départementale des chasseurs n’est autre que celui de la Fédération nationale des chasseurs [Willy Schraen, ndlr], a obtenu le maintien du classement de la belette et du putois sur son territoire. Cela en dit long sur les lobbies cynégétiques toujours à l’œuvre en France, et sur la volonté de leurs dirigeants de faire perdurer un système archaïque».

Les associations dénoncent par ailleurs l’évaluation des dégâts, à l’origine du classement des espèces: «la réalité des dégâts n’est pas avérée dans bien des cas, faute de remontée d’informations, d’harmonisation des procédures et modèles et, principalement, de vérification par l’administration. On est en droit de s’interroger sur la véracité de l’identification de l’espèce ayant commis des dégâts dans bien des cas. Qui fait la différence entre les dégâts causés par une fouine et ceux commis par une martre? Entre une corneille noire et un corbeau freux?».



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