Espèces menacées: un élevage au goût de discorde

Le 15 décembre 2016 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Un perroquet gris du Gabon, espèce menacée
Un perroquet gris du Gabon, espèce menacée

Dans les Landes, un projet de station zoologique d’élevage et de reproduction d’espèces menacées d’extinction pourrait voir le jour en 2017. Ce «Biome» fait grincer quelques dents du côté des associations, qui doutent de l’intérêt et de la viabilité de ce projet… pour le moins ambitieux.

«A ce jour, c’est la plus grosse opération de conservation animale jamais engagée!», estime le principal porteur du projet, Jérôme Pensu. Imaginé en 2008 par cet ancien directeur d’Alca Torda, centre de soins pour la faune sauvage près de Mont-de-Marsan, le Biome, d’un coût de 15 millions d’euros et d’une surface de 23 hectares, est d’une ambition qui laisse songeur.

Située à Pouydesseaux, à une quinzaine de km de Mont-de-Marsan, cette station d’élevage pour animaux menacés d’extinction accueillera en particulier ceux saisis dans le cadre de la lutte contre le trafic d’espèces sauvages. Très souvent des psittacidés (perroquets, perruches) et des rapaces, que Jérôme Pensu recueille souvent à Alca Torda.

Afin de financer le projet, une partie (10 hectares sur 23) sera ouverte au public. «Pas question de créer un jardin zoologique», prévient Jérôme Pensu: ni grilles, ni panneaux explicatifs. S’élevant dans la canopée des arbres grâce à des passerelles, le public partira «à la découverte des animaux» immergés dans des zones végétalisées.

Cryobanque, mémorial et baleine bleue

Toujours à des fins de conservation, le Biome sera équipé d’une cryobanque, qui stockera à très basse température les gamètes d’espèces menacées, en vue de leur éventuelle réintroduction in situ. Jérôme Pensu espère d’ailleurs, grâce aux sommes engrangées à l’entrée du parc, pouvoir financer des projets de conservation dans les pays concernés.

Et ce n’est pas tout: le site contiendra un amphithéâtre de verdure pour des conférences scientifiques (notamment des «entretiens», tous les deux ans, faisant le point sur les projets de conservationau Biome ou dans les pays touchés), ainsi qu’un «mémorial de la biodiversité», qui rendra hommage à des personnalités telles que l’éthologue Diane Fossey ou le seringuero brésilien Chico Mendes.

Clou du spectacle: une baleine bleue grandeur réelle (33,6 mètres de long), celle en résine exposée sur le port parisien du Gros Caillou pendant la COP21, en décembre 2015. «Porte-étendard de la biodiversité», elle «s’accompagnera d’une animation permettant de faire découvrir le milieu marin», prévoit Jérôme Pensu. Actuellement en pièces détachées dans un hangar landais, elle aura son double, gonflable, pour des expositions itinérantes.

Des financements privés et publics

Ce plantureux projet aurait déjà obtenu environ 880.000 euros d’engagement de divers partenaires privés (entreprises locales, mais aussi MMA, Colas, Cotrelec, etc.), ainsi qu’un prêt de La Nef-Crédit Coopératif (à peu près du même montant), et des subventions du Conseil régional de l’Aquitaine et de la communauté d’agglomération du Marsan.

En avril dernier, cette dernière a en effet voté une subvention de 200.000 euros, ainsi que 270.000 euros de garantie de l’emprunt bancaire. Avec trois millions d’euros obtenus à ce jour -selon Jérôme Pensu-, on est pour l’instant bien loin des 15 millions nécessaires au projet final. Le promoteur du Biome espère que d’autres partenaires se joindront à l’aventure, et compte aussi sur le financement participatif –il est d’ailleurs possible de faire une donation sur le site le-biome.com.

Hébergé sur un terrain appartenant à la Fédération des chasseurs des Landes (FDC40), le site devrait ouvrir en juin 2017 avec un «pavillon témoin» –dont les entrées devraient aussi contribuer à financer le reste du projet, espère Jérôme Pensu. Les travaux vont commencer en janvier, avance-t-il.

Un projet controversé

Le projet a déjà connu quelques déconvenues et retards: le Biome devait initialement s’implanter à Soustons (Landes), mais son maire, épaulé par des associations dont la Sepanso[i], s’est opposé au projet, invoquant la loi littoral. Quant au Conseil départemental des Landes, il a refusé de financer le projet -pour des raisons de désaccord politique avec la communauté d’agglomération du Marsan, estime Jérôme Pensu. «La complexité administrative nous a fait perdre un temps considérable», déplore-t-il.

Le projet suscite par ailleurs beaucoup de scepticisme. Pour Georges Cingal, président de la Sepanso dans les Landes, «c’est comme pas mal de choses: en soi, l’idée est bonne. Mais cette histoire des financements est critiquable, notamment s’il s’agit de faire venir une baleine dans les Landes sur des fonds publics [son acquisition a en effet coûté 20.000 euros, ndlr]».

Décrivant Jérôme Pensu comme «quelqu’un de très enthousiaste, volontaire, passionné et qui a beaucoup de compétences», Georges Cingal s’étonne de l’implantation d’un projet dédié à la biodiversité sur un site couvert de «vieux chênes, de capricornes, de grands lucanes et d’oiseaux de type pic».

Militante des Amis de la Terre et porte-parole d’EELV dans les Landes, Marie-Claire Dupouy est plus critique. «Nous ne voyons pas l’intérêt du projet: en termes de biodiversité, on peut faire mieux, et surtout mieux implanté dans les Landes. Il y a beaucoup de choses à faire sur la biodiversité locale. Nous nous posons des questions sur le financement, la viabilité du projet et sur son intérêt touristique, qui à mon avis n’existe pas».

«Des esprits chagrins»

«Il y a toujours des esprits chagrins, ces gens sont plus des commentateurs que des experts», rétorque Jérôme Pensu, interrogé sur les réticences des associations. «Je suis un écologiste, mais je n’en fais ni un dogme ni une religion. Si ces personnes ont envie de bloquer des projets pour se donner de l’importance, il faudrait qu’elles constatent que la nature n’a jamais été aussi mal protégée», ajoute-t-il.

Autre point d’interrogation, l’encadrement scientifique du projet. Interrogé sur d’éventuelles collaborations avec des organismes de recherche, Jérôme Pensu reconnaît que «c’est un peu compliqué: nous travaillons avec des scientifiques indépendants. Nous avons établi des contacts avec des chercheurs, mais les institutions leur ont mis la pression pour qu’ils ne travaillent pas avec nous. Mais nous faisons appel aux gens qui veulent nous aider».



[i]Société pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le sud-ouest 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus