Espèces invasives: un ver plat découvre l’Amérique

Le 24 juin 2015 par Romain Loury
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Le plathelminthe de Nouvelle-Guinée
Le plathelminthe de Nouvelle-Guinée
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Après la France en 2013, le plathelminthe de Nouvelle-Guinée, espèce exotique envahissante, a pour la première fois été observé sur le sol américain, en Floride, révèle une étude du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) publiée dans la revue PeerJ. Y bénéficiant de températures propices, il pourrait se révéler redoutable pour les escargots dont il se nourrit.

Originaire de Nouvelle-Guinée, le ver plat Platydemus manokwari a principalement été observé dans la zone Indo-Pacifique, des Maldives à la Polynésie française en passant par l’Australie. Se propageant notamment par les plantes en pot, il a même parfois été sciemment introduit, par exemple aux Philippines comme agent biologique contre l’escargot géant africain (Achatina fulida), autre espèce invasive, qui ravage l’agriculture.

«Très plat, le plathelminthe de Nouvelle-Guinée mesure 5 cm de long et 5 mm de large. Son dos est sombre (couleur olive noire) avec une bande centrale claire, son ventre plus clair. La tête est allongée, avec deux yeux noirs bien visibles. La bouche n’est pas sur la tête, mais sous le corps, en son milieu», explique le MNHN.

En 2014, l’équipe de Jean-Lou Justine, professeur à l’Institut de systématique, évolution et biodiversité (Isyeb) du MNHN (Paris), faisait état d’une première observation en France métropolitaine, en 2013, dans une serre du Jardin des plantes de Caen. Près de deux ans plus tard, le ver n’y a toujours pas été éradiqué, et des mesures de contrôle (restriction d’accès du public, incinération des déchets végétaux) ont été mises en place afin d’empêcher qu’il n’en sorte.

A ce jour, Platydemus manokwari n’a été observé nulle part ailleurs en métropole, mais «il pourrait parfaitement y proliférer, au moins dans le sud de la France», juge Jean-Lou Justine, contacté par le JDLE. Selon d’autres travaux, il s’implanterait difficilement en dessous d’une température de 10°C, ce qui pourrait freiner sa propagation dans les régions tempérées.

La Floride, «climat parfait»

Pour Jean-Lou Justine, sa présence à Caen est certes «un problème, mais ce n’est pas encore un problème environnemental». La situation pourrait être plus délicate en Floride, où Platydemus manokwari a pour la première fois été observé, et ce à 4 reprises depuis août 2012, dans des jardins de Miami (Floride), comme le révèle la nouvelle étude publiée par l’équipe du MNHN, mardi 23 juin dans PeerJ.

Pour ce plathelminthe, «c’est le climat parfait, il se porte très bien en milieu tropical humide». Et contrairement à ses autres localisations observées -hormis Caen-, «il ne s’agit pas d’une île, il peut se propager de lieu en lieu, notamment par des camions transportant des déchets végétaux, pourquoi pas vers l’Amérique du Sud».

Escargots, limaces, lombrics…

Quel risque la présence du plathelminthe de Nouvelle-Guinée engendre-t-elle pour l’environnement? Dans les îles, elle est une menace sérieuse pour les escargots, souvent des espèces endémiques très fragiles, au risque de les faire disparaître. Si un tel risque est moins certain à l’échelle d’un continent, elle constitue toutefois «une très mauvais nouvelle», au vu du rôle écologique important joué par les escargots, explique Jean-Lou Justine.

De plus, les plathelminthes invasifs terrestres s’attaquent à d’autres mollusques terrestres. C’est notamment le cas du plathelminthe de Nouvelle-Zélande (Arthurdendyus triangulatus), adepte de températures plus froides, qui s’est implanté dans le nord des Iles britanniques, dont l’Irlande du Nord et les îles Féroé.

Friand de vers de terre, sa présence ferait chuter leurs effectifs de 20%, constituant un danger sérieux pour l’agriculture. Et à ce jour, il n’existe aucun moyen de lutter à grande échelle contre ces plathelminthes terrestres: la seule mesure efficace consiste à irriguer une plante en pot avec de l’eau chaude pendant une vingtaine de minutes.

D’autres plathelminthes implantés en France

Outre les Etats-Unis, l’article publié dans PeerJ fait état d’autres observations inédites, tout d’abord dans la zone Indo-Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna, îles Salomon, Singapour), mais aussi à Porto Rico, dans les Caraïbes. Quel risque pour les Antilles françaises? Si plusieurs espèces de vers plats y ont été observées, aucune n’a pour l’instant de rapport avec Platydemus manokwari, note Jean-Lou Justine.

Toujours grâce aux sciences participatives, 7 espèces de vers plats envahissants, Platydemus manokwari inclus, ont à ce jour été décrites en France métropolitaine. Depuis le premier cas, dans les Alpes maritimes en 2013, leur présence a été confirmée dans 50 départements, selon un état des lieux très provisoire de septembre 2014.

«Ce sont 7 invasions différentes, ces espèces n’ayant pas les mêmes exigences», explique Jean-Lou Justine. «Chacune a probablement un point d’origine et une extension, mais nous suivons cette évolution avec 10 ans de retard, il se trouve juste qu’on ne les a découvertes que récemment», ajoute le chercheur.

Quid du réchauffement climatique, souvent invoqué comme l’une des causes de l’arrivée d’espèces exotiques envahissantes? «Il n’y a pas de raison de penser qu’il joue un rôle, même si à long terme, certaines espèces de plathelminthes pourraient monter un peu plus vers le nord. Le principal facteur, c’est la mondialisation», juge Jean-Lou Justine.

Une liste européenne en fin d’année

En novembre 2014, la Commission européenne a publié son «règlement relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes». Le texte prévoit de fixer une liste des espèces, régulièrement réactualisée. Les plathelminthes en feront-ils partie? Nul ne le sait pour l’instant.

Contactée par le JDLE, Jessica Thévenot, chef de projet Espèces animales invasives au MNHN, explique que la «liste initiale», issue d’analyses de risque par espèce, est actuellement en cours de discussion au niveau européen et qu’elle devrait être publiée «en fin d’année».

[1] En cas d’observation d’un plathelminthe, vous pouvez contacter le MNHN ici.



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