L'invasion des vers géants, c'est maintenant

Le 23 mai 2018 par Marine Jobert
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Ils sont inconnus de la science officielle, mais ravagent la faune des sols. Un chercheur du Muséum les traque avec l’aide du grand public. Retour sur une espèce invasive encore peu étudiée.

 

Ils leur sont arrivés d’Ariège, du Val d’Oise, de Corse, du Lot, de Monaco, de Saint Barthélémy, de Mayotte… et pas mal des Pyrénées-Atlantiques[1]. Des photos, des vidéos, quelques spécimens de belle taille, vivants ou plongés dans l’éthanol, qui sont venus alimenter la chasse au plathelminthe terrestre, lancée il y a 5 ans maintenant par Jean-Lou Justine, professeur au Museum national d’histoire naturelle (MNHN).

Objectif: établir grâce à la science participative une carte de la répartition de la dizaine d’espèces de ces vers venus de l’hémisphère sud qui ont été recensés en France. La démarche est d’importance, car le plathelminthe terrestre -corps un peu aplati, noir avec deux vagues bandes dorées- est vorace et goûte particulièrement les vers de terre, déjà fort malmenés par les pesticides.

Le plan biodiversité fera l’objet d’un comité interministériel le 28 juin pour valider le projet interministériel et les engagements pris par chaque ministre. Il sera accompagné d’une feuille de route propre à chaque ministère pour sa mise en œuvre opérationnelle, a précisé Nicolas Hulot lors du conseil des ministres du 23 mai.

Constatant que «la littérature scientifique est très pauvre sur la répartition de ces espèces très répandues, et leur invasion dans les pays européens n'a pas été étudiée», le chercheur a donc exploité les quelque 700 signalements qui lui sont parvenus.

des vers envahissants

Parmi eux, une centaine de vers issus de deux espèces géantes à la tête en forme de marteau –les bipaliinés- et qui inquiètent particulièrement le parasitologue, qui n’hésite pas à les qualifier «d’envahissantes». «Ce sont des prédateurs qui représentent une menace pour la faune et la biodiversité des sols», insiste le chercheur. Il publie une étude qu’il a pris soin de traduire intégralement en Français «pour rendre ce travail accessible aux gens qui nous ont aidés. Un texte en anglais de 45 pages, le grand public ne le lit pas.»

Serial killers

Quelle est l’intensité de cette menace? Combien mangent-ils de lombrics? Avec quels effets? «Ces évaluations relèvent d’un travail d’écologie du sol et je ne l’ai pas fait, car ça n’est pas mon travail, explique Jean-Lou Justine, qui souligne que ces études sont coûteuses. Et de donner l’exemple d’Arthurdendyus triangulatus, qui a pris ses aises en Grande-Bretagne. Sa voracité aurait entraîné une baisse de 20% du nombre de vers de terre dans les sols, «ce qui est énorme. Les plathelminthes sont capables de tuer des vers de terre 50 fois plus lourds qu’eux».

Indifférence officielle

Pourquoi est-il le seul s’intéresser aux plathelminthes? «Cela met en évidence un aveuglement inattendu des scientifiques et des autorités face à une invasion par de grands animaux invasifs bien visibles, regrette le scientifique. Que, dans des pays développés, des bêtes de 30 à 40 cm, qui font parfois peur aux gens, puissent ainsi proliférer sans qu’aucun organisme ou scientifique ne s’en occupe -et alors que les premières preuves validées datent de 1999-, c’est étonnant.»

 



[1] Avec un total de six espèces de Plathelminthes terrestres invasifs, le département des Pyrénées-Atlantiques est clairement un point chaud de la diversité et un petit paradis pour les Plathelminthes envahissants.

 



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