Espaces verts: le «zéro phytosanitaire» en question

Le 07 décembre 2005 par Claire Avignon
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
jardin public
jardin public

Lors du salon des maires et des collectivités locales, un débat s'est tenu sur l'utilisation des produits phytosanitaires dans les espaces verts. L'expérience de Lyon a montré que se passer de la plupart des pesticides et autres fongicides devient possible grâce à des méthodes alternatives. Mais leur intérêt environnemental reste hypothétique.

La comparaison entre les méthodes biologiques ou thermiques et l'utilisation des pesticides et autres fongicides dans les espaces verts promettait de ressembler à un affrontement entre David et Goliath. La puissance du lobby des industriels des produits phytosanitaires et la force des habitudes des jardiniers contre des alternatives encore peu expérimentées. Pourtant, cette idée reçue a volé en éclats depuis que de grandes villes comme Lyon ont décidé de diminuer considérablement leur consommation de produits phytosanitaires. La ville de Lyon a même pour objectif «zéro pesticides» d'ici 2007. Instaurée en 2002, la politique mise en place a déjà permis de faire chuter la consommation de 80%. «La plus grande partie des produits que nous utilisons encore sont les désherbants dont nous avons du mal à nous passer», explique Tatiana Soulier, ingénieure en environnement à la direction des espaces verts de la ville de Lyon.

Malgré certains problèmes, la représentante de la ville de Lyon a présenté un bilan plutôt positif de son engagement. D'un point de vue financier, l'adoption de la gestion différenciée a permis de n'augmenter ni le budget, ni le nombre de jardiniers, resté à 250. Pour cela, les différents types d'espaces verts qui occupent 383 hectares, soit 8% du territoire de la ville, ne connaissent pas le même niveau de soin. Les parcs deviennent plus naturels, avec une herbe qui cesse de ressembler à du gazon anglais. Et surtout, la technique du paillage, c'est-à-dire l'utilisation de copeaux pour conserver l'humidité et la température, limite très fortement la pousse des mauvaises herbes autour des plantes et des arbres, ce qui entraîne des économies de temps et d'argent. Autre aspect du nouveau programme: la prévention. La direction des espaces verts, certifiée Iso 14.001 depuis cette année, privilégie ainsi les espèces les moins sensibles aux attaques usuellement constatées.

Quant aux méthodes dites alternatives, elles sont testées dans des projets pilotes. «La lutte biologique ne peut pas être appliquée partout car elle exige un suivi rigoureux, explique Tatiana Soulier. Nous la développons donc sur 3 pôles: les serres de production d'une capacité de 800 plantes à massif par an, les collections du jardin botanique, et les roseraies. Dans ces dernières, les oiseaux avaient disparu. Aujourd'hui, ils reviennent et jouent à nouveau leur rôle de régulateur naturel.» La ville de Lyon teste également avec parcimonie le désherbage thermique, c'est-à-dire la création d'un choc thermique détruisant les cellules végétales grâce à de la vapeur d'eau, une flamme, ou de l'eau chaude. «D'une manière générale, nous mettons en avant la méthode mécanique, dont l'aération des sols», conclut l'ingénieure.

Si l'expérience apparaît concluante, elle ne peut pas être transposable à toutes les communes, notamment les plus petites, témoigne Jean-Luc Maire, responsable des espaces verts à Longvic (Côte d'Or) qui compte 9.300 habitants. Le responsable a délaissé les produits phytosanitaires les plus dangereux, c'est-à-dire étiquetés nocif (Xn) ou irritant (Xi). Il utilise de manière systématique le paillage. N'empêche qu'il ne se voit pas se passer de tous les produits chimiques. «De toute manière, nous n'avons été démarchés par aucune entreprise qui promeuve les méthodes alternatives», indique Jean-Luc Maire.

De son côté, Gilbert Chauvel, expert des cultures ornementales pour la Direction régionale de l'agriculture et la forêt (Draf) Midi-Pyrénées, souligne que toutes ces méthodes n'ont pas encore été évaluées d'un point de vue environnemental. «Certaines techniques consomment beaucoup d'énergie, ou d'eau, estime l'expert. Dans le cas du désherbage thermique, il ne faudrait pas passer d'une pollution des eaux, à une pollution de l'air due à la combustion de la flamme.» Un point de vue intéressant mais qui devrait être pris en compte sur l'ensemble du cycle de vie. Car si le désherbage thermique consomme de l'énergie et émet des polluants, la production de pesticides aussi.




A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus