Epuration : des solutions pour les petites communes

Le 18 octobre 2004 par Loïc Chauveau
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L'ensemble de la population française sera raccordé dans les prochaines années à un système collectif ou individuel de traitement des eaux usées. L'habitat rural très dispersé oblige à utiliser des techniques alternatives.

La transposition des directives sur les eaux résiduaires urbaines entre dans sa phase finale. Bien que la France ait été très récemment condamnée pour des insuffisances d'épuration dans des villes de plus de 10 000 habitants, l'essentiel de la population est raccordé à un réseau de traitement des eaux usées. Selon l'Institut français de l'environnement (Ifen), 23,5 millions de logements sont reliés à un réseau d'assainissement collectif soit huit logements sur dix. Dans les zones d'habitat dispersé, la loi sur l'eau de 1992 impose aux communes de délimiter des zones desservies par un service public d'assainissement collectif et celles où l'assainissement autonome est exigé. Il s'agit de bien délimiter les agglomérations des habitations isolées pour lesquelles l'extension du réseau d'égouts serait trop onéreuse. 14 100 communes ont institué leur zonage, soit 42% des mairies concernées. Cinq millions de logements utilisent un assainissement autonome.

Cependant 600 000 logements rejettent toujours directement leurs eaux usées dans la nature. L'équipement de ces habitations dispersées relevant d'un service public pose de nombreux problèmes. Les stations d'épuration classiques à boues activées représentent souvent un investissement trop important pour des bourgs de moins de 1000 habitants. Cette technique d'épuration est très consommatrice en énergie. Et elles nécessitent un suivi technique quotidien. Elles grèvent donc les budgets de fonctionnement :"voilà pourquoi notre idée a été de rechercher une solution technique innovante, simple et peu onéreuse pour ces petites communes" expose Catherine Boutin, ingénieur au Cemagref. Cette solution consiste à reconstituer un marais filtrant grâce à un support de sables et de graviers sur lequel poussent des roseaux. Le 26 septembre 2004, un colloque organisé à Avignon par l'agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse a réuni près de 400 personnes, signe que cette technique vieille d'à peine dix ans commence à percer.

L'intérêt est d'autant plus vif que les petites communes rurales sont très souvent situées en amont des bassins versants, là où les rivières et ruisseaux sont encore de très grande qualité. "Comme les stations d'épuration traditionnelles, le marais filtrant utilise la dégradation bactérienne pour réduire la matière organique des boues, expose Catherine Boutin. Mais cette dégradation se fait naturellement par filtration à travers les couches de gravier". La boue est envoyée par une pompe sur l'ensemble de l'étendue du bassin. L'eau qui percole à travers les sables et graviers est déchargée de ses polluants par la population microbienne. La consistance du terrain artificiel est de première importance. Il faut que l'eau ne passe ni trop vite (elle ne serait pas assez dépolluée), ni trop lentement ( elle saturerait le sable et priverait les bactéries de l'air dont elles ont besoin) :"voilà pourquoi nous construisons jusqu'à trois bassins parallèles, poursuit Catherine Boutin. Il faut faire reposer le bassin tous les quatre jours pour que le gravier s'aère de nouveau et surtout pour que les populations de bactéries se réduisent. Si ces micro-organismes sont trop nombreux, ils peuvent empêcher l'eau de s'infiltrer". Les graviers sont plantés de phragmites, des roseaux dont les racines favorisent le passage de l'eau et dont les tiges agitent en permanence les boues restées en surface. Ainsi, avec peu d'énergie et une surveillance hebdomadaire attentive, on peut épurer à moindre coût les eaux usées de très petites communes avec une production minime de boues puisque le processus de dégradation n'est pas accéléré comme dans une station à boues activées. Dépositaire du brevet, le Cemagref a signé un accord de transfert de technologie avec la Société d'ingénierie nature et technique (Sint, 15 salariés, 850 000€ de chiffre d'affaires). Ces dix dernières années, cette société a implanté en France près de 300 stations à phragmites :"les projets nécessitent de grosses études en amont, détaille François Cornet, chef de projets à la SINT. Nous devons bien dimensionner l'installation et bien étudier la vitesse de filtration nécessaire pour obtenir une eau épurée". Le colloque d'Avignon a pu donner un retour d'expérience satisfaisant. Les marais filtrants fonctionnent parfaitement. Simple, économique et pérenne, le système va désormais être proposé aux pays en voie de développement.


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