EPR : le cauchemar d’EDF continue

Le 09 octobre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les essais à chaud du réacteur normand ont débuté.
Les essais à chaud du réacteur normand ont débuté.
VLDT

 

Le troisième réacteur nucléaire de la centrale de Flamanville ne démarrera pas, au mieux, avant 2023. Mais rien n’est moins sûr.

 

C’est encore pire que prévu. En juillet dernier, le P-DG d’EDF estimait que le prototype de l’EPR français, en cours de construction à Flamanville (50), divergerait finalement en 2022: avec dix ans de retard par rapport au planning initial. Nous n’y sommes plus. Au mieux, indique désormais Xavier Ursat, l’électricien pourrait effectuer le premier chargement en combustible de son ex-fleuron à la fin de l’année 2022. Ce qui laisse augurer une mise en service commerciale vers l’été 2023.

Comment en est-on arrivé là? Après une très longue série de dysfonctionnements, la construction du premier EPR tricolore touchait à sa fin. Lorsque EDF a découvert, en 2015, que 66 soudures réalisées sur les tuyauteries du circuit secondaire ne répondaient pas au cahier des charges. L'industriel a bien tenté de démontrer, malgré tout, leur robustesse. Rien n’y a fait. Et le 19 juin dernier, le verdict de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) est tombé: il faudra refaire toutes les soudures.

66 soudures imparfaites

Un travail long et fastidieux: chaque intervention demande plusieurs semaines de travail. C’est vrai pour 58 des 66 soudures. Mais pour 8 d’entre elles, le boulot s’annonce plus ardu encore. Reliant les tuyauteries allant du bâtiment réacteur à celui des auxiliaires, ces dernières se trouvent dans l’espace séparant les deux enceintes confinant le réacteur. Un espace large de 1,6 m, quasiment inaccessible.

Les techniciens d’EDF ont planché sur trois scenarii de réparation de ces soudures «de traverse». Le premier, explique Xavier Ursat, impose d’extraire les tuyauteries par l’extérieur du bâtiment réacteur. «Il faudra démonter des équipements lourds», insiste le responsable d’EDF. Le second consisterait à intervenir entre les deux parois des enceintes: «l’espace est très restreint, Il y avait plus de risques que d’avantage», souligne le directeur exécutif d’EDF en charge de l’ingénierie et des nouveaux projets nucléaires. Troisième et dernière option: glisser des robots téléguidés dans les tubes pour araser, découper, chanfreiner et réaliser les nouvelles soudures.

surcoût de 1,5 Md€

C’est cette solution qu’a avalisée, mardi 8 octobre, le conseil d’administration de l’entreprise. Une bonne raison à cela: l'exploitant des centrales françaises a déjà utilisé ces robots made in Westinghouse. Ce qui facilite l’évaluation de la durée des opérations et de leur coût. Si l’ASN valide ce choix, probablement pas avant un an, les travaux pourraient débuter à l’automne 2020 pour s’achever dans le courant de 2022. Entretemps, EDF poursuivra les essais à chaud initiés en septembre. L’entreprise engagera la refonte des 58 autres soudures: « les soudeurs sont en formation», indique Xavier Ursat.

Plan B. Pour le cas où l'ASN ne goûterait pas l'option robotisée, EDF assure avoir prévu un plan de repli. Inconvénient, sa mise en oeuvre coûterait près de 2 Md€ et allongerait d'un an encore la durée des travaux.

Au total, le montant de ces travaux hors norme devrait s’élever à 1,5 milliard d'euros, portant le coût total du réacteur de 1.600 MWe à 12,4 milliards. Le triple du montant du devis initial.

A ce stade, il n’est pas du tout certain qu’il s’agisse là du prix définitif. Les 4 générateurs de vapeur et le pressuriseur de Flamanville 3 font, en effet, partie du lot de pièces défectueuses forgées par Framatome. EDF devra convaincre l’Autorité de sûreté nucléaire de la robustesse de ces matériels vitaux. Ce n’est pas garanti.

Il faudra aussi remplacer le couvercle de la cuve, probablement vers 2024. A moins, bien sûr, que le calendrier ne soit, une fois encore, bouleversé.  

Ce nouvel épisode de la saga Flamanville 3 intéressera tout particulièrement Jean-Martin Folz. L’ancien patron de PSA s’est vu commander par le ministère de l’industrie un rapport pour faire toute la lumière sur les ratés d’un chantier dont les premiers bétons ont été coulés en 2007. Le rapport est attendu pour les derniers jours du mois. EDF n’a pas attendu d’en lire les conclusions pour lancer un appel d’offres européen pour le génie civil de deux tranches EPR. De quoi sérieusement irriter Bercy.

 



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