Epandage aérien: une consultation publique en plein cœur de l’été

Le 23 août 2013 par Marine Jobert
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Les babaneraies,
Les babaneraies,

Interdit, mais autorisé par dérogation, l’épandage aérien doit -un jour- être banni du territoire français. Mais ça n’est pas d’actualité. Un nouvel arrêté, mis en consultation pendant la torpeur estivale, vient organiser les conditions de délivrance des dérogations pour épandre des pesticides, que l’on retrouve en quantité dans l’air rural et urbain.

C’était une promesse de la Conférence environnementale de 2012: l’interdiction totale de toute dérogation à la réglementation communautaire interdisant l’épandage aérien de pesticides. Un projet d’arrêté ministériel, visant à «encadrer le processus d’octroi de dérogation à l’interdiction d’épandage de produits phytosanitaires par voie aérienne, dans une optique de développement de méthodes alternatives et de réduction du recours au traitement aérien», était en consultation en ligne jusqu’au 22 août. Soit trois petites semaines pour, en plein cœur de l’été, recueillir les observations sur une pratique agricole interdite, mais qui peut être contournée par une autorisation préfectorale. En 2012, «800 opérations d’épandage aérien ont été recensées en France. En majorité en Outre-mer», rapporte ainsi le site BastaMag! Objectif affiché du texte: «accompagner la sortie du traitement aérien».

 

Les bananeraies survolées massivement

Les bananeraies restent les championnes de l’épandage, puisque 80% de la surface agricole utile en banane aux Antilles est aspergée par les airs[1]. Cependant, la pratique connaît une chute massive: les surfaces traitées ont baissé de 70% entre 2008 et 2012, passant de 181.000 hectares traités à 54.500 ha pour les 4 filières principales (maïs, vignes, riz, bananes) et certaines cultures ne sont plus du tout traitées par voie aérienne (par rapport à 2010), comme le châtaignier, le blé, le colza, les feuillus et quelques productions maraîchères.

 

Des entorses à l’interdiction révisées

Le nouvel arrêté révise les deux systèmes de dérogation en vigueur. En premier lieu, les dérogations dites annuelles sont remplacées par des dérogations dites temporaires, de durée limitée à la période d'intervention potentielle[2]. En outre, la liste des cultures éligibles au contournement de l’interdiction d’épandage est révisée. En second lieu, les dérogations ponctuelles sont désormais qualifiées «d’urgence», «limitées à des circonstances exceptionnelles mieux définies». A savoir des situations «à caractère imprévisible ou exceptionnel, notamment climatique, ou lorsqu’un organisme nuisible ne peut être maîtrisé par d’autres moyens que l’épandage par voie aérienne».

 

Information difficile des riverains

«Le projet d’arrêté du ministre de l’agriculture ne fait que laisser perdurer cette pratique», déplore Hervé Hourcade, porte-parole régional de FNE dans La Dépêche. «Ces épandages aériens sont totalement incompatibles avec l'activité des apiculteurs et de leurs ruches», dénonce la Confédération paysanne dans un communiqué. «Prévoir une distance de sécurité de seulement 50 mètres par rapport aux habitations et aux points de captage d’eau est inacceptable!» juge le syndicat paysan, qui estime que l'information des riverains 72 heures avant l’épandage est «totalement insuffisante. Il faut compter au moins une semaine». L’annonce de ces pulvérisations aériennes est affichée en mairie, pas à proximité du champ. «Que ce soit aux habitants eux-mêmes de se rendre en mairie régulièrement pour avoir l'info ou aux réseaux d'apiculteurs de se tenir au courant entre eux est intolérable», estime la Conf’.

 

L’angle mort de la pollution de l’air

La présence de pesticides dans l’air ne fait l’objet d’aucune réglementation spécifique: il n’existe aucune norme, tant nationale qu’européenne, qui spécifie des limites de qualité sur le paramètre «pesticides» dans l'air, ainsi que le confirme le Commissariat général au développement durable (CGEDD) dans une parution récente portant sur les polluants atmosphériques. En 2000, l’Anses avait publié des «Recommandations et perspectives pour une surveillance nationale de la contamination de l’air par les pesticides», qui visait surtout à établir et harmoniser les pratiques au plan national. Ce vide réglementaire concerne tant les pesticides que les biocides, également en cause dans la diffusion de ces mises en cause dans la survenance de cancers, de troubles de la reproduction et neurologiques. La seule réglementation en place «vise à protéger la sécurité des denrées alimentaires produites à partir de végétaux», rappelait Atmo Picardie, lors d’une campagne de mesures des pesticides dans l’air publiée en mai dernier.

 

S’il n’existe pas de recueil systématique et exhaustif des pesticides présents dans l’air extérieur, notait en juin l’institut national de la santé et de la recherche agronomique (Inserm) dans une méta-analyse consacrée aux expositions aux pesticides, l’exposition à proximité des lieux d’épandage est néanmoins considérée comme «non négligeable», avec une variabilité saisonnière (plus faible en hiver, et plus forte au printemps et en arrière-saison). Combien sont-ils à être ainsi exposés quotidiennement, lors d’activités et usages domestiques, ou dans le cadre d’une exposition environnementale (résidence au voisinage de zones traitées par des pesticides, contamination du sol, de l’air extérieur et à l’intérieur de la résidence) et de l’alimentation? L’Inserm se garde bien d’avancer un quelconque chiffre. Mais leur nombre «est sans conteste plus important encore» que celui de la population professionnelle.

 



[1] Baisse de 60% des surfaces développées depuis 2008.

[2] Elles sont accordées pour une durée maximale de 5 mois pour le riz, 3 mois pour le maïs, 4 mois pour la vigne et 12 mois pour le bananier.

 

 



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