Eolien: un bilan en demi-teinte

Le 20 novembre 2006 par Enerpresse
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Malgré une forte progression des mises en service, l’an passé, l’éolien reste et restera marginal dans la production d’électricité française.

De l'aveu même de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), la France n'atteindra pas son objectif de 2010. De nombreuses causes expliquent cet échec. Exemple choisi. Le cinquième colloque national éolien, qui se déroule à Amiens jusqu'au 18 novembre, devait être celui des bonnes nouvelles. Cela a été vrai, en partie. Dans l'auditorium de la Mégacité d'Amiens, la présidente de l'Ademe a confirmé, jeudi matin, un nouveau décollage de l'éolien français. «On était à 1.337 mégawatts (MW) fin octobre et on terminera 2006 à 1.500 MW. Cela fait deux ans de suite qu'on double» la puissance installée du parc français, composé actuellement d'un millier d'éoliennes, a-t-elle souligné.

Certes, mais le poids d'Eole dans la production électrique française est marginal. L'an passé, les aérogénérateurs ont produit un peu plus de 1 térawattheure (TWh), soit 0,22% de la consommation intérieure de courant. Et même dans la catégorie des énergies renouvelables (ENR), le boxeur du vent reste un poids mouche: il pèse à peine 1,9% des électrons produits par les barrages français. Le problème, c'est que cette situation ne devrait pas grandement s'améliorer. Ce n'est pas une surprise, mais la France ne tiendra pas son objectif de 10.000 MW pour 2010. La nouveauté réside seulement dans l'acceptation de cet échec par les pouvoirs publics. «On arrivera à 10.000 MW après 2010», espère la présidente de l'Ademe.

Pour l'horizon 2010, ce sera plutôt «entre 5.000 et 7.000MW», avance-t-elle. A quelles causes imputer un tel ratage? A l'évidence, celles-ci sont nombreuses. L'opposition de riverains ou d'associations spécialisées dans le contentieux éolien, la pusillanimité de certains industriels français, le manque de célérité dans le traitement des dossiers par certains services déconcentrés de l'Etat, une hostilité à peine voilée de certains acteurs majeurs du marché hexagonal de l'électricité. Certes, tous ces éléments existent, mais cela reste insuffisant.

Faut-il alors montrer du doigt certains niveaux élevés de l'administration? Pas impossible. Un seul exemple: le très gros projet de parc offshore dit des «Deux côtes». En marge du colloque éolien, le président de la Compagnie du vent n'a pas caché son désarroi face au manque de considération administrative dont «bénéficie» son projet de parc offshore. Jean-Michel Germa, dont l'entreprise vient de déposer sa demande d'occupation du domaine maritime, prévoit de mettre en service, à l'horizon 2012, 156 turbines de 4,5 MW chacune. «C'est un investissement de 1,4 milliard d'euros, qui va créer 2.000 postes localement pendant trois ans, et personne au sein des administrations ne semble s'y intéresser vraiment», déplore Jean-Michel Germa. «Nous avons demandé à voir les ministres en charge de l'équipement, de l'environnement et de l'industrie, les préfets de la Somme et de la Seine-maritime et personne ne veut nous recevoir.»

Autre écueil que devra franchir le promoteur: aucun texte réglementaire ne fixe encore les règles de l'équivalent maritime des zones de développement de l'éolien (ZDE). Certes, concède Jean-Louis Bal, le directeur des énergies renouvelables de l'Ademe, des marchés et des réseaux énergétiques de l'Ademe, «sa rédaction est en cours.» Mais nul ne sait aujourd'hui quand ce projet de texte se transformera en une circulaire applicable. Or, sans ZDE, un exploitant de parc éolien ne peut légalement pas vendre à EDF son courant au prix du tarif de rachat légal. Cette situation fait d'autant plus enrager les dirigeants de la Compagnie du vent que, sur place, la situation s'est améliorée.

Localement, les oppositions à ce projet de 702 MW, qui injectera à terme 2,15 TWh par an, se sont calmées. Les aérogénérateurs devraient, il est vrai, être installés à 14 kilomètres du littoral, réduisant d'autant les nuisances visuelles. De plus, les 8 communes concernées et les pêcheurs (la ferme couvrira une superficie de 73 kilomètres carrés et réduira d'autant les zones de pêche) savent que le parc des Deux côtes générera quelques retombées financières. L'article 76 de la loi de finances du 30 décembre 2005 instaure, en effet, une taxe sur la production des éoliennes offshore. Ce semblant de taxe professionnelle devrait rapporter, chaque année, aux pêcheurs locaux, à la plaisance et aux collectivités riveraines du projet quelque 8,4 milliards d'euros. Soit presque autant que le chiffre d'affaires annuel de la flotte de pêche du Tréport.




A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus