Eolien marin : gros chiffres, résultats modestes

Le 25 octobre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'Haliade-X, de GE : la plus puissante éolienne marine du moment.
L'Haliade-X, de GE : la plus puissante éolienne marine du moment.
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Plus performants, plus économiques, plus efficaces, les aérogénérateurs marins sont appelés à un bel avenir, estime le dernier rapport de l’AIE.   

 

C’est sur les lieux d’un succès que l’agence internationale de l’énergie (AIE) présente sa nouvelle étude sur l’éolien en mer. Il y a plus de vingt ans, au large des côtes du Danemark, les énergéticiens danois mettaient à l’eau les premiers aérogénérateurs marins. En 2018, 15% de l’électricité danoise ont été produites offshore. Ce record mondial pourrait être battu dans les prochaines décennies.

Bénéficiant de la décarbonation en cours du secteur mondial de l’électricité (et de nombreuses subventions), l’éolien en mer a le vent en poupe. Dans le rapport qu’elle publie ce vendredi 25 octobre, l’AIE rappelle la success story de ces machines hors normes. En 2010, les électriciens disposaient d’un parc total de 3 GWe. De quoi produire 8 TWh par an. Des pouillèmes pour les statisticiens de l’énergie. Cette année-là, seule l’Europe soutire de l’électricité made in sea. Les turbines injecteront 0,2% du courant consommé par les Européens.

L'équivalent de 12% de la production française

La situation a bougrement progressé. L’an passé, la puissance du parc mondial a été multipliée par huit en huit ans. Les électriciens européens, mais aussi asiatiques produisent désormais 67 TWh/an avec les vents marins: l’équivalent de 12% de la production française.

Succès technologique et économique, le bilan énergétique et carbonique de l’éolien marin reste modeste. Les géantes des mers ne produisent, pour le moment, que 0,3% du courant mondial. Pour autant, tempèrent les analystes de l’AIE, les progrès ont été considérables. Au début de la décennie, la puissance unitaire des turbines marines tournait autour de 3 MW. Aujourd’hui, ce sont des turbines de 8 MW de puissance unitaire qui sont plantées dans les fonds marins. Culminant à plus de 160 mètres d’altitude, ces machines, dont la longueur des pales frise l’hectomètre, brassent une surface d’air 230 % plus importante que celle de la génération précédente.

Eolien en mer : les objectifs des Européens

Pays Objectifs (en MW) Année cible
Allemagne 15 à 20.000 2030
Belgique 4.000 2030
Danemark 5.300 2030
France 4.700 à 5.200 2028
Irlande 3.500 2030
Italie 900 2030
Pays-Bas 11.500 2030
Pologne 5.000 2030
Royaume-Uni 30.000 2030

Source : AIE

Plus puissantes, plus performantes (leur facteur de charge flirte avec les 50%), ces machines ont vu fondre leur coût de production. Supérieur à 200 $/MWh il y a quelques années, il se situe autour de 140 $/MWh. Et d’importants progrès restent à accomplir. Les derniers appels d’offres européens ont été remportés par Equinor, Vattenfall et EDF promettant un MWh dont le prix (sans subvention, mais hors coût de raccordement) oscillera entre 57 et 50 €/MWh. Ce n’est qu’un début.

des machines de 20 MW

Car, à mesure que diminuent les soutiens publics à l’éolien offshore, la puissance des machines ne cesse de croître. General Electric vient de mettre sur le marché l’Haliade-X de 12 MW. Et des monstres pouvant atteindre 15, voire 20 MW unitaire sont prochainement attendus par les experts. De quoi faire encore chuter de 60% les coûts de production d’ici à 2040, affirme l’AIE. «Cela ferait de l’éolien en mer l’un des moyens de production d’électricité les plus compétitifs», confirment les rapporteurs.

Message bien compris par les investisseurs (fonds de pension, assurance, banques) et les énergéticiens. De l’Amérique du sud, aux USA, en passant par l’Europe occidentale, le Japon et la Chine, une centaine de projets de parcs sont en cours de développement. Nombre d’entre eux pourraient voir le jour dès 2021. Le meilleur sera à suivre. Selon les politiques énergétiques nationales, la puissance du parc éolien marin pourrait osciller entre 165 et 225 GW dès 2030. Ces chiffres pourraient flirter avec les 560 GW au début de la décennie suivante, s’enthousiasme l’AIE. Pareille montée en puissance nécessiterait plus de 1.000 milliards de dollars d’investissements entre 2019 et 2040. Pour quels résultats finaux?

pas de solution miracle

Hors la création d’emplois (non évaluée dans ce rapport), le scénario «soutenable» de l’AIE estime que 560 GW de capacités éoliennes marines produiraient un peu plus de 5% de l’électricité mondiale. Et permettrait (au rythme actuel d’émission) d’éviter le rejet de 5 milliards de tonnes de CO2 au cours des 20 prochaines années, soit l’équivalent de 7% des émissions annoncées pour cette période. Nouvelle preuve, si c’était encore nécessaire, qu’il n’y a pas de solution miracle à la décarbonation : toutes les technologies basses carbone et les changements de comportements devront être mis à contribution. A terre comme en mer.



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