Eolien : la France se jette enfin à l’eau !

Le 03 juin 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La sous-station du futur parc éolien de Saint-Brieuc : un monstre de 3.000 tonnes.
La sous-station du futur parc éolien de Saint-Brieuc : un monstre de 3.000 tonnes.
Chantiers de l'Atlantique

Paradoxe. Alors que le gouvernement français multiplie les plans de soutien à des secteurs renforçant l’effet de serre (transport aérien et automobile), les premiers chantiers du déconfinement sont écolos. Et ils sont marins !

C’est au large de la Bretagne qu’il faut débuter la visite. A une vingtaine de kilomètres au large de Saint-Brieuc (22), loin des zones de pêche de coquilles Saint-Jacques, Ailes marines s’apprête à installer son parc éolien marin, le premier à émerger des eaux françaises.

Fruit du premier appel d’offres français (en 2012), ce parc comprendra 62 turbines Siemens Gamesa Renewable Energy (SGRE) de 8MW de puissance unitaire. Construites au Havre, les géants des mers (SG 8.0-167 DD) siglées aux couleurs de la filiale d’Iberdrola seront transportés à Brest pour y être assemblées. Le port breton accueillera aussi une usine de fabrication de fondations. Ailes Marines a confirmé, le 29 mai, sa commande de turbines. Après les avoir construites, les techniciens de SGRE les maintiendront pendant 10 ans.

L’industriel hispano-allemand est dans une bonne passe. Le 2 juin, c’était au tour du consortium constitué d’EDF Renewables, Enbridge et WPD de signer une commande de 71 aérogénérateurs SWT-7.0154. Ces machines de 7 MW de capacité unitaire équiperont le parc éolien marin de Fécamp (76).

l'usine des géants

Si elles représentent un chiffre d’affaires conséquent, ces deux commandes permettent surtout au turbinier de lancer la construction de son usine du Havre. Projet en suspens depuis plusieurs années, cet édifice sera celui de tous les superlatifs. Devant s’étendre sur 20 hectares, l’usine nécessitera la réalisation de grands travaux routiers, de confortation du quai Joannées-Couvert sur lequel elle sera bâtie et la coulée de fondations profondes. Au total, estime GTM, adjudicataire du chantier, les travaux représentent 600.000 heures de travail. Et il s’agira de les effectuer au plus vite. Car, SGRE prévoit de débuter, dès la fin de 2021, la construction simultanée des nacelles et des pâles : une première mondiale.

Iberdrola veut remettre ça. Ignacio Galán n’en reste pas là. Après avoir signé un chèque de 2,5 milliards d’euros pour le parc de Saint-Brieuc, le patron d’Iberdrola confirme ses ambitions hexagonales. Dans un communiqué daté du 3 juin, le patron d’Iberdrola annonce vouloir investir jusqu’à 4 milliards en 4 ans dans le renouvelable français et notamment dans l’éolien marin.

Pas encore construite, l’usine havraise dispose déjà d’un plan de marche bien rempli. «Les deux premières commandes représentent près de 1.000 MW de capacité sur les 2.500 MW de nos projets éoliens en mer français», rappelle Andreas Nauen, P-DG de la filiale éolienne marine de SGRE. De fait, le leader mondial de l’éolien attend d’ici la fin de l’année la confirmation des commandes de machines destinées aux parcs de Courseulles-sur-mer (EDF Renewables), Dieppe-le Tréport (Engie, EDPR, Sumitumo, CDC) et Yeu-Noirmoutier (Engie, EDPR, Sumitomo, CDC).

monstres en croissance

Si les premiers parcs éoliens marins français font la part belle à Siemens Gamesa Renewable Energy, les industriels français (ou bien implantés en France) comptent tirer quelques marrons du feu. Les géants du BTP vont enchaîner les contrats. GTM réalisera l’usine géante SGRE au Havre. Bouygues coulera le béton des fondations des éoliennes qui seront implantées au large de Fécamp. En partenariat avec GE Grid et SDI, les Chantiers de l’Atlantique construiront et raccorderont les sous-stations électriques marines des parcs de Fécamp et de Saint-Nazaire: des monstres de plus de 3.000 tonnes.  

Les monstres ne devraient pas cesser de grandir. Siemens Gamesa Renewable Energy a annoncé, mi-mai, le lancement d’une nouvelle gamme d’aérogénérateurs : les SG 14-222 DD. Promises au marché pour 2024, ces machines de 14 MW de puissance unitaire pourraient être assemblées au Havre. Elles concurrenceront les Haliade X, dont les prototypes ont été conçus, à Saint-Nazaire par General Electric.

A peine conçues, ces machines gigantesques intéressent déjà les électriciens. SGRE annonce avoir déjà reçu des pré-commandes pour environ 200 SG 14-222 DD aux Etats-Unis et à Taïwan.

EDF et l'éolien chinois

Si EDF ne connaît pas l’ancienne Formose, elle a noué de nombreux partenariats en Chine continentale depuis près d’un demi siècle. Un réseau qui fonctionne à merveille. En début de semaine, EDF Renewable a annoncé la conclusion d’un accord avec China Energy Investment Corporation (CEI). L’électricien français prendra 37,5% du capital d’une filiale commune. La co-entreprise exploitera le champ éolien marin de Dongtai IV (302 MW) et construira et exploitera celui de Dongtai V (200 MW). La Chine compte déjà 6 GW de capacité éolienne marine. Cette puissance est amenée à quadrupler d’ici à 2030.