Entreprises: bien évaluer le risque climatique

Le 09 février 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En rouge, les pays où il ne faut plus investir.
En rouge, les pays où il ne faut plus investir.
Standard & Poor's

Malgré l’entrée en application de l’article 173 de la loi sur la transition énergétique, entreprises et investisseurs peinent encore à intégrer le risque climatique dans leur stratégie. Un problème d’évaluation, estime un rapport du Shift Project.

Il y a un an, la direction générale du trésor publiait, en catimini, un rapport sur l’évaluation des risques climatiques dans le secteur bancaire. Un peu aride, cette étude indiquait néanmoins très clairement que l’exposition connue des banques françaises aux risques climatiques s’élevait, en 2016, à 602 milliards d’euros. Pas moins. Mais sans doute beaucoup plus. Car, comme l’écrivaient les inspecteurs des finances, les établissements bancaires tricolores «portent une attention plus poussée aux risques de transition qu’aux risques physiques».

Fragilités potentielles

Autrement dit, BNP Paribas, Société générale ou LCL surveillent davantage les risques encourus par leurs clients agriculteurs, transporteurs, hôteliers ou restaurateurs, «secteurs a priori vulnérables, dont les fragilités potentielles sont susceptibles de se répercuter dans le bilan des banques» que les dommages causés par la montée du niveau de la mer ou la recrudescence des événements climatiques extrêmes.

Ce constat peut être étendu à bien d’autres secteurs, constatent de leur côté les analystes du Shift Project. Dans un rapport, réalisé pour le compte de l’Association française de l’entreprise privée (Afep), les chercheurs du think tank créé par Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean reprennent à leur compte les conclusions de Bercy. Ils pointent d’autres faiblesses du reporting climat des entreprises tricolores.

Communiquer sur le risque climat

Malgré le fameux article 173 de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, qui demande aux investisseurs de communiquer sur le risque climat auquel ils sont exposés, banques, fonds d’investissement ou fonds de pension ne semblent pas concevoir la nouvelle réalité climatique et ses implications pour la finance: «Nombre d’investisseurs ne semblent pas avoir une compréhension fine de l’impact potentiel du changement climatique sur la stratégie des entreprises.»

La tragédie de l’horizon

En cause, «la tragédie de l’horizon», chère au gouverneur de la Banque d’Angleterre, à savoir l’incapacité qu’ont les gestionnaires à évaluer des risques à trop long terme. «Du fait de la maturité relativement courte de leurs investissements d’actifs par rapport à l’échelle des manifestations des changements climatiques, les acteurs financiers ont tendance à ne pas se projeter au-delà dans leur analyse des risques.»

Grilles de lecture

Autre écueil: chaque catégorie d’investisseur, d’analyste, d’agence de notation évalue les risques selon des grilles de lecture qui leur sont propres et qui ne sont pas forcément taillées pour apprécier la réalité du risque climatique. Les agences spécialisées dans la notation extra-financière ont, par exemple, tendance à se focaliser sur les indicateurs qui ‘parlent’ à leurs clients: combien d’obligations vertes, quelle politique RSE, etc.

Accroître l’expertise de l’extra-financier

A cet égard, le rapport du Shift Project estime que le secteur de la notation climat, à l’instar de celui du secteur de l’extra-financier[1], ne dispose pas des moyens nécessaires pour apprécier à leur juste mesure les risques climatiques. Ce qui a pour conséquence, estiment les auteurs, «de retarder la prise en compte des risques systémiques liés au changement climatique, de brider la R&D dans ce domaine, de favoriser le simplisme ou l’automatisation de l’analyse, de générer de potentiels problèmes de gouvernance qui nuisent à la confiance entre acteurs».

Commanditaire de l’étude, l’Afep annonce vouloir engager «une discussion approfondie» sur les méthodes d’évaluation avec les différents acteurs de l’analyse du risque climat. Car, non seulement le réchauffement est porteur de risque, mais il peut aussi «devenir une opportunité». Reste à le bien évaluer.



[1] Les agences de notation extra-financière évaluent les performances des entreprises dans les domaines de l’environnement, du social et de la gouvernance.

 



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