Enterrée la séquestration du carbone ?

Le 27 avril 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le scepticisme ne frappe pas seulement le changement climatique. Des scientifiques critiquent aussi l’efficacité annoncée des technologies capables d’abaisser l’empreinte carbone de l’industrie, à l’instar du captage-stockage de CO2.

Testées depuis 1996, ces technologies ont un but simple : capturer le gaz carbonique des effluents d’installations industrielles imposantes (centrales électriques thermiques, cimenteries, raffineries, etc.) pour l’injecter et le stocker dans des structures géologiques profondes. Le Giec estime, dans son rapport spécial de 2005, que 20 à 40% des émissions mondiales pourraient être ainsi traitées à l’horizon de 2050.

Tout le monde n’est pas de cet avis. Dans un article publié au mois de janvier dans le Journal of Petroleum Science and Engineering, deux géologues texans démontent le discours ambiant sur la séquestration géologique du carbone. Pour Michael et Christine Economides (respectivement de l’université du Texas et de l’université de Houston), les choses sont simples : le sous-sol ne pourra absorber tout le CO2 qu’on lui promet. Pour appuyer son affirmation, le couple de scientifiques met en avant plusieurs arguments. Tout d’abord, les structures géologiques idoines (réservoirs d’hydrocarbures déplétés ou aquifères salins) seraient des milieux étanches et fermés. Dans les anciens réservoirs d’hydrocarbures, les pores des roches mères (où s’accumulent le gaz ou l’huile) sont parfois obstrués par de l’eau, de l’or noir ou du gaz non extraits. « Nos résultats montrent que le CO2 ne peut pas occuper plus de 1% du volume de stockage, voire 100 fois moins », assènent les deux scientifiques.

Milieu étanche et fermé et dont la capacité de stockage est moindre du fait de la présence de résidus d’exploitation ou d’eau, le sous-sol serait donc pratiquement inapte à stocker le gaz carbonique industriel. Pire, cette solution serait dangereuse. Les deux universitaires expliquent, en effet, que le dioxyde de carbone sous pression ne se dissout pas et, du fait de la surpression à laquelle il est soumis, il a plutôt tendance à remonter à la surface. Ce qui pourrait poser quelques problèmes en cas de fuite ou de dysfonctionnement des installations de surface.

Bref, pour ces deux auteurs, la séquestration géologique du carbone est un leurre. A moins d’y consacrer une surface considérable. Pour injecter les émissions d’une centrale au charbon de 500 mégawatts (MW) pendant 30 ans (soit 30 mégatonnes de CO2 au total), les époux Economides estiment qu’il sera nécessaire d’occuper le sous-sol « d’un petit Etat des Etats-Unis ». Si l’on tient compte du fait que plusieurs milliers de sites industriels sont candidats à la séquestration du carbone, c’est du sous-sol de plusieurs planètes dont nous aurons besoin, si les calculs de Michael et de Christine Economides sont exacts.

Ce que contestent nombre de spécialistes. « Leur hypothèse selon laquelle on injecte du CO2 dans un réservoir fermé ne tient pas la route, tempête ainsi Hervé Quinquis, en charge du programme Capture et séquestration du carbone à l’Institut français du pétrole. Cela fait plus d’un siècle que l’on sait qu’un réservoir a des extensions latérales par lesquelles l’eau peut s’échapper. » Un avis partagé par Isabelle Czernichowski-Lauriol. « Un réservoir géologique n’est pas un container fermé. Seule sa couche supérieure devra être imperméable pour empêcher toute remontée du CO2. Le scénario décrit n’est donc pas représentatif des sites de stockage déjà en activité ou en cours d’évaluation », insiste la chef de projet Stockage de CO2 au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Cette objection annihile, en grande partie, l’hypothèse Economides. Car, si un réservoir n’est pas une structure étanche et close, soumise à une surpression intolérable dès lors que l’on y injecte du gaz, ses capacités de stockage se trouvent être considérablement accrues. « De plus, rappelle Hervé Quinquis, leurs chiffres sont faux. Car, même en partant de leur hypothèse extrême, on pourrait tout de même stocker 160 milliards de tonnes de gaz carbonique. »

Isabelle Czernichowski-Lauriol indique aussi qu’en réservoir ouvert, l’augmentation de pression est atténuée. Les sites de stockage seront soumis à des normes strictes pour ne pas dépasser la pression maximale autorisée. « La directive européenne impose de contrôler la pression dans les sites de stockage de CO2. C’est quelque chose que l’on sait faire depuis longtemps. Notamment en injectant le gaz à partir de plusieurs puits et non d’un seul. »

Les experts français soulignent également que le gaz carbonique commence à se dissoudre, même durant la phase d’injection, comme en témoignent les premières opérations-pilotes, ce qui contribue à atténuer l’augmentation de pression. C’est un phénomène qui a été négligé par les auteurs texans.

Discrètement publié, le papier des Economides inquiète pourtant les partisans de la séquestration. Raison pour laquelle des experts, membres du programme européen Zero Emission Platform, envisagent de publier une réponse officielle à l’article du Journal of Petroleum Science and Engineering. Le « séquestro-scepticime » va-t-il connaître le même succès que le « climato-scepticisme » ?

Article

Rapport du Giec sur la capture-stockage du carbone

 

 



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